Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

Les grandes patries étranges de Guillaume Sire

« Les grandes patries étranges » de Guillaume Sire suit l’histoire de Joseph, un jeune homme tourmenté par son passé et en quête d’identité. À travers une fresque sociale, le roman explore la Seconde Guerre mondiale, la survie, les luttes personnelles, et les interactions humaines au sein d’un monde marqué par la violence. Joseph possède un don de « divination » : à la fois de pressentir les événements à venir mais aussi de retracer des histoires à travers les objets qu’il touche. Lorsqu’il emménage à Toulouse après le décès de son père, il accompagne régulièrement sa mère qui fait le ménage dans un lupanar. Mais c’est dans son immeuble qu’il fait une rencontre qui va marquer sa vie à jamais : celle d’Anima, une fillette juive qu’il se jure de protéger. « Je t’aime… je veux être avec toi… je ne veux plus te quitter…Je t’aimerai toujours. Tu ne mourras pas. Je te protègerai ». Un lien singulier se tisse entre eux. Ce récit, à la fois historique et introspectif, met en lumière les effets destructeurs de la guerre sur les individus et les sociétés.

Dans « Les grandes patries étranges», la lecture se révèle être une véritable épreuve, marquée par un style extrêmement lourd et des choix narratifs qui peinent à maintenir l’attention du lecteur. Dès les premières pages, il est clair pour moi que l’auteur s’est embourbé dans une surenchère stylistique, rendant la progression du récit fastidieuse. Les phrases alambiquées, les métaphores à outrance et les descriptions interminables étouffent toute forme de fluidité et rendent la lecture laborieuse. Le lecteur se trouve pris au piège d’un texte qui semble vouloir impressionner par sa complexité formelle plutôt que par la puissance de son intrigue ou la profondeur de ses personnages.

Au-delà du style, un autre problème majeur de « Les grandes patries étranges» réside dans ses personnages. Ils manquent cruellement de profondeur et de complexité. Ce qui aurait pu être un récit captivant sur les destinées entrelacées de figures singulières se réduit à une galerie de personnages aux psychologies superficielles et peu crédibles. Leurs motivations, leurs émotions, leurs conflits intérieurs sont à peine esquissés, et l’auteur ne parvient jamais à les rendre véritablement vivants ou attachants. On a beaucoup comparé la relation de Joseph et d’Anima à celle de Mimo et Viola dans « Veiller sur elle » ou à celle de Susanna et Daniele dans « Le paradis caché », mais je crois que l’on s’égare… Où est le romanesque ? Où est la densité des personnages ? Où est l’attachement ?

L’intrigue, quant à elle, avait le potentiel d’être attractive avec ses thèmes de la guerre, de la survie, et des luttes personnelles. Pourtant, au lieu de se concentrer sur ces enjeux forts, Guillaume Sire disperse son récit dans des sous-intrigues inutiles, ajoutant à la confusion générale. La structure du roman, entre flashbacks et passages présents, aurait pu servir à approfondir les personnages et les événements, mais au lieu de cela, elle complique inutilement la lecture. Chaque retour en arrière semble être une excuse pour ajouter des couches de texte superflues, plutôt qu’un moyen d’enrichir l’intrigue.

L’un des autres aspects pénibles de la lecture réside dans l’ambiance oppressante du roman. Alors ces périodes historiques sombres, comme celle de la Seconde Guerre mondiale, peuvent habilement jouer sur une atmosphère lourde et pesante pour intensifier le drame, « Les grandes patries étranges» échoue à ce niveau aussi. L’atmosphère du roman devient rapidement suffocante, non pas en raison des événements décrits, mais à cause du style et de la narration ! On ne ressent pas de véritable tension émotionnelle : à la place, on est confronté à une ambiance pesante qui résulte d’un texte surchargé et sans respiration.

Après avoir traîné le lecteur à travers des centaines de pages de descriptions désagréables et de personnages sans relief, la conclusion du roman ne parvient pas à redonner un sens à l’ensemble. Le dénouement arrive comme un coup d’épée dans l’eau. Il n’y a pas de réelle résolution aux conflits intérieurs des personnages ni de finalité émotionnelle satisfaisante. On referme le livre avec le sentiment d’avoir assisté à une tentative manquée de créer un récit à la fois puissant et poétique.

« Les grandes patries étranges» est un parfait exemple du piège dans lequel un écrivain peut tomber lorsqu’il privilégie la forme au détriment du fond. Guillaume Sire semble avoir voulu écrire une œuvre littéraire d’envergure, un texte qui impressionne par sa langue et son style, mais il oublie peut-être que l’essence d’un bon roman repose avant tout sur une histoire bien racontée et des personnages crédibles. Je regrette d’avoir à écrire cela, et sans doute est-ce sévère ou présomptueux, mais je n’en peux plus de ces romans où j’ai la sensation que l’auteur se regarde écrire ! En tentant de produire un texte esthétiquement ambitieux, il sacrifie l’émotion !

« Les grandes patries étranges» a été une lecture pénible. Pour moi, l’effort stylistique a totalement écrasé le plaisir de la lecture et a empêché l’attachement aux personnages et l’implication émotionnelle dans l’histoire…

Comme d’habitude, je vous recommande de vous faire votre propre avis.

VEILLER SUR ELLE, Jean-Baptiste Andrea – L’Iconoclaste, paru le 17 août 2023.

LE PARADIS CACHÉ, Luca Di Fulvio.

D’autres avis sur le roman – Babelio –

7 réflexions sur “Les grandes patries étranges, Guillaume Sire

  1. laplumedelulu dit :

    Bon, ben ça a le mérite d’être clair. Merci à toi pour la chronique et ta franchise 🙏 😘

  2. Aude Bouquine dit :

    Pour être clair, c’est clair 😉

  3. laplumedelulu dit :

    Très clair 😂

  4. Yvan dit :

    voilà un bel exemple d’incompatibilité totale 😉

  5. Anonyme dit :

    Mais que je suis heureuse de lire de votre commentaire! En lisant les avis des autres sites je ne découvre que des avis extrêmement positifs et je commençais à me demander si je n’avais pas un problème de « comprenette »! Moi aussi j’ai trouvé le style très lourd et je me suis dit que sans doute l’auteur pensait écrire pour obtenir le Goncourt avec un vocabulaire tellement hors du commun, des phrases tellement alambiquées qu’il passe à côté de l’essentiel: l’émotion que devraient nous inspirer les personnages. On a l’impression parfois qu’il est aller pêcher des idées dans d’autres livres: « La vie devant soi », « Veiller sur elle »… Merci

  6. Aude Bouquine dit :

    Nous sommes donc deux 😂
    Pareil, je ne vois que des commentaires dithyrambiques sur ce roman ( et les précédents). J’ai l’impression qu’il a écrit avec un dictionnaire des synonymes en choisissant à chaque fois le mot le plus alambiqué. Effectivement, la lecture devient tellement lourde qu’il ne laisse aucune place à l’émotion.

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