Je suis un sac en plastique, bleu, rouge, blanc volé un matin de pluie entre deux vigiles. J’accompagne Jonas Dorléon, ex-professeur d’histoire-géographie dans sa fuite de Carrefour-Feuilles avant que le quartier ne devienne un cendrier géant. « C’était ça ou mourir », puisque rester revenait à brûler vif.
Quand la maison de mon propriétaire a flambé, il a ri. Je ne le connaissais pas encore à ce moment précis de l’histoire, car un autre sac encore plus fatigué que moi l’accompagnait alors. Il me l’a raconté assez souvent, la nuit, alors qu’il parlait tout seul pour se rassurer… ce rire n’avait rien de drôle, il est sorti de lui comme on vomit. Par jet. Un débordement d’émotions qui ne demandait qu’à s’exprimer.
Au début, je n’ai pas bien compris ce rire-là, mais je le comprends mieux maintenant, après avoir traversé ce que j’ai traversé, car c’est le seul son qu’un homme peut encore émettre quand crier ne sert à rien.
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