Marie Neuser, la « Délicieuse » m’avait éblouie avec son roman éponyme en 2018. Il aura fallu attendre sept longues années pour la retrouver avec « L’île où je ne suis pas morte ». Je l’écris d’emblée, ce texte renifle des plaies et a soulevé les planches vermoulues de ma mémoire, comme un exutoire. J’ai lu énormément de livres sur la violence familiale, mais celui-ci possède une résonance singulière. Dans mes relents d’enfance meurtrie, dans mes souvenirs crasseux, il est toujours là, celui qui, quand il entrait dans la maison, faisait taire toute vie. En me plongeant dans ce livre, j’ai entendu ses pas, ses mots si blessants, senti ses poings aussi. Il n’existe aucune guérison pour effacer les abjections que l’on a connues enfant, mais il existe des romans, et la force des mots pour caresser des plaies à vif.