Après « Acide» publié en 2023, Victor Dumiot revient avec « Lola va mourir », en cette rentrée littéraire. J’ai lu ce roman en apnée, et j’ai mis du temps à trouver l’angle de cette chronique tant il m’a placée dans une situation plus qu’inconfortable. D’aucuns diront que l’essentiel est de ressentir, qu’il n’existe pas d’insulte plus blessante que la phrase « je n’ai rien ressenti ». C’est sans doute assez proche de la vérité, d’autant que le sujet du livre traite d’une thématique de société très actuelle.
Le héros de « Ne cherche pas le chaos » s’appelle Pablo, il est chilien, exilé en France depuis trente ans. Lorsque le roman s’ouvre, il vient d’apprendre que sa fille, Victoria, dix-huit ans, a pris l’avion pour Santiago sans le prévenir. Elle part chercher ce que son père a toujours refusé de lui confier : son histoire. Pablo l’a élevée dans un silence total sur son passé. Il ne lui a jamais révélé le nom de ses grands-parents, ni les raisons de son départ ni ce qu’il a vécu avant sa naissance.
Ce mois d’août a été extrêmement riche en lectures. La période s’y prêtait, mais le lieu de nos vacances aussi. Incontestablement, une île déserte et une connexion wifi instable aident à vous couper de votre téléphone. L’année dernière, même période, même lieu, j’écrivais mes chroniques le matin, je lisais l’après-midi. Pas cette année. J’ai très peu écrit, mais beaucoup lu. C’est pourquoi je suis très en retard sur mes chroniques, notamment celles de la rentrée littéraire. Pour être honnête avec vous, quand je vois cette course à qui va poster sa chronique le premier, je n’ai plus tellement envie de jouer. D’autant que, cette année encore, de nombreuses chroniques sont sorties avant la date de parution de l’ouvrage, ce qui m’agace toujours aussi fortement.
Cette rentrée littéraire est riche de textes sur la Seconde Guerre mondiale. En ouvrant « Les filles du 9 juin », je me suis demandé ce qu’il restait encore à écrire sur ce sujet qui n’aurait pas déjà été dit. Le roman raconte le massacre de Tulle. Même si je connaissais l’histoire d’Oradour-sur-Glane survenue le 10 juin 1944, je ne savais rien de celui des pendus de Tulle arrivé la veille. Maylis Besserie a construit son texte en trois blocs qui portent chacun le prénom d’une femme : Hortense, Louise, Zoé. Grand-mère, fille, petite-fille, trois générations successives qui n’ont ni le même caractère, ni les mêmes armes. Pourtant, il s’agit ici de montrer une même fracture et trois façons différentes de la ressouder.
Il y a dix ans, quatre enfants s’attribuaient un surnom entre eux, comme on scelle un pacte, « jumeaux cosmiques » pour la vie. Dans « La dernière des Wilberforce », le nouveau roman de Julia Kerninon, les deux frères Schnabel, Waldo et Adam, et les deux sœurs Wilberforce, Annabel et Olivia ont tous grandi des étés durant, sur cette presqu’île de six cents hectares où les dunes filent à perte de vue et où les criques restent désertes une bonne partie de l’année.
Avis de lecture sur « Nous aussi » d’Anne Godard (Actes Sud) : un roman qui fait du pronom « on » son sujet, sa méthode, et son piège.
En ouvrant « Nous aussi», on croit entrer dans une histoire de famille comme il en existe tant, une saga bourgeoise avec ses meubles anciens et ses étés à la montagne. On avance, sans s’inquiéter, porté par ce « on » qui nous prend par la main, nous fait asseoir à sa table, nous montre son immeuble haussmannien et son château dans les Alpes comme s’ils nous appartenaient déjà un peu. On apprend les prénoms, on apprend les usages, on apprend à plier une serviette et à peler une pêche à la fourchette. On ne se méfie de rien. On est chez nous, « Nous aussi».
Dans la fabrique du romanesque, il existe un exercice périlleux : écrire la suite d’un livre qui n’a fait aucune promesse. Après « La vie qui reste», Roberta Recchia publie « Moi qui t’aimais ». Dans le premier roman, un drame suivait une famille entière ravagée par la mort d’une adolescente sur une plage. Dans le second, un personnage secondaire, petit frère d’un coupable à peine esquissé, a visiblement continué de hanter l’autrice, tant et si bien qu’elle décide de le placer désormais en personnage principal. Ainsi, au cœur de « Moi qui t’aimais », le lecteur découvre Luca, jeune garçon de quatorze ans.
« Un sombre été» est le troisième roman de Vera Buck traduit en français chez Gallmeister. Cette fois-ci, l’autrice allemande nous emmène en Sardaigne sur les terres de Piergiorgio Pulixi.
Tout commence par l’achat d’une vieille maison que Tilda acquiert pour un euro symbolique dans le village reculé de Botigalli. J’avoue avoir pensé que, dans mon envie récurrente de quitter la civilisation, j’aurais été bien tentée, comme elle, par cette « bonne affaire ». En découvrant cette ruine, et en débutant les travaux, j’étais curieuse de ce qui se cachait derrière chaque mur. Les fissures de la bâtisse et les impacts de balles laissaient entrevoir une histoire nébuleuse et assez opaque.
Je suis un sac en plastique, bleu, rouge, blanc volé un matin de pluie entre deux vigiles. J’accompagne Jonas Dorléon, ex-professeur d’histoire-géographie dans sa fuite de Carrefour-Feuilles avant que le quartier ne devienne un cendrier géant. « C’était ça ou mourir », puisque rester revenait à brûler vif.
Quand la maison de mon propriétaire a flambé, il a ri. Je ne le connaissais pas encore à ce moment précis de l’histoire, car un autre sac encore plus fatigué que moi l’accompagnait alors. Il me l’a raconté assez souvent, la nuit, alors qu’il parlait tout seul pour se rassurer… ce rire n’avait rien de drôle, il est sorti de lui comme on vomit. Par jet. Un débordement d’émotions qui ne demandait qu’à s’exprimer.
Au début, je n’ai pas bien compris ce rire-là, mais je le comprends mieux maintenant, après avoir traversé ce que j’ai traversé, car c’est le seul son qu’un homme peut encore émettre quand crier ne sert à rien.
Certains romans nous choisissent au moment où « Exploser tout bas » reste la seule option possible. Je l’ai commencé un matin où j’étais si fatiguée de moi-même que j’avais envie de retourner le couteau dans mes propres doutes… C’est difficile de toujours porter la famille à bout de bras sans sentir que vous réussissez à la voir s’épanouir vraiment.
Claude est mariée et mère de trois filles en bas âge. Elle travaille, gère le quotidien et les imprévus de la maisonnée qui grippent l’organisation.
En réalité, à quarante ans, elle étouffe et tout craquèle à l’intérieur d’elle. Elle ne sait plus qui elle est, comment se porte son couple, ni comment continuer sans exploser tout haut.