Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Hello darkness my old friend… Quelque part en Amérique du Sud, proche de Santiago, personnage emblématique du célèbre « Le vieil homme et la mer », un homme sans prénom emmène son fils à la pêche, car «(…) l’homme avait appris à pêcher à sept ans, et le garçon ferait de même, et le temps de le dorloter était révolu.» Pourtant, l’homme sait que cet apprentissage comporte des risques, que la prudence la plus totale doit être observée et que nulle distraction ne peut venir entraver ce moment où, ensemble, ils seraient plongés au cœur du fleuve. «Le fleuve leur donnait tant de choses, mais le fleuve n’était pas à prendre à la légère.» Quelque chose de terrible se produit en ce lieu, laissant la scène collée sur la rétine de l’homme, la pêche n’avait pas été si mauvaise… Jeremy Robert Johnson navigue alors dans les méandres d’œuvres qui ont marqués le roman noir, « Simetierre » pour la thématique du deuil et « Moby Dick » pour celle de la vengeance, mais s’approprie totalement son texte pour en faire un ovni littéraire.

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Ceux qui connaissent les écrits de Nicolas Beuglet savent qu’il s’appuie toujours sur des faits réels pour construire ses romans. Pour ceux qui l’ignorent, Nicolas Beuglet se base toujours sur des faits réels pour construire ses romans. J’insiste aussi lourdement parce que, lorsque vous décidez de vous plonger dans l’un de ses récits, vous savez qu’au bout de la chaîne, il y a une thématique ou un fait divers dont il va vous parler et dont vous ignorez l’existence. C’est à mon sens, sa marque de fabrique qui le rend un peu différent des autres écrivains de thrillers et qui vous incite, instinctivement, à bien regarder où vous mettez les pieds en avançant dans la lecture. Il ne va pas vous parler de chat disparu de mémé Lucette, même si c’est sûrement un fait divers avéré. Non, il va creuser un peu plus profondément, impliqué qu’il est par les problématiques de notre monde. Je vous renvoie par exemple à sa nouvelle « Ça n’arrivera pas » pour vous faire une idée de ses préoccupations…

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Glaçant, « La femme qui n’aimait plus les hommes » raconte l’histoire de Jeanne, personnage fictif, photographie parfaite d’une femme qui ne peut pas dire « Je ». Si Jeanne a une carrière brillante, mariée à un éditeur de renom, évoluant dans un microcosme privilégié, elle a pourtant au fond d’elle un monstre tapi dans l’ombre, sur lequel elle a posé des centaines de pierres pour l’empêcher de bouger. Son mari, Gabriel, prénom d’un ange salvateur, est pourtant une sacrée ordure. Respecté autant que craint, pavanant dans ses costumes Armani, il règne sur le milieu littéraire autant que sur sa femme, en prenant toujours bien soin de ne laisser aucune trace… comme s’il avait intrinsèquement senti qu’il pouvait s’autoriser à la battre sans que jamais elle ne riposte. En ce mercredi 7 novembre 2018, Jeanne se réjouit d’annoncer à son époux une merveilleuse nouvelle, mais la réaction de celui-ci ne sera pas celle attendue. Violence des mots, violence des gestes. Jeanne connaît parfaitement l’enchaînement du cercle infernal, mais quelque chose se réveille, le mur savamment construit en elle chancelle. «Longtemps, elle avait voulu guérir. Puis elle avait arrêté. Le jour où elle avait compris qu’on ne guérit pas d’être morte.» Jeanne se souvient de ce mercredi de décembre 1987 où tout a commencé, ce moment où «(…) elle, Jeanne avait basculé dans la nuit».

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Bonjour à tous les lecteurs, 
Le mois d’octobre est décidément un mois que j’adore au niveau des sorties littéraires parce qu’il y a un peu plus de noir !
Voici ma sélection non exhaustive des romans qui me font envie. 
Bel automne et bonnes lectures à tous.

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Roger a l’ambition qui raye le parquet. Nommé ministre, il a l’avidité de la réussite chevillée au corps : il se doit d’apporter sa pierre à l’édifice. Pour asseoir « son règne », il lui faut trouver un sujet à sa mesure, un sujet qui gardera une place particulière dans l’Histoire. Roger est un homme frustré depuis l’enfance, quand, le jour de ses 10 ans, son père qu’il voyait peu est revenu à la maison avec un cadeau un peu particulier : un frère de 5 ans plus jeune. En effet, le monsieur avait une double vie et son autre compagne, décédée, lui a laissé son fils qu’il décide de ramener dans le foyer familial. Ce frère imposé deviendra le réceptacle de toutes les jalousies, et de toutes les haines de Roger. Entre eux, il n’y aura jamais de relations fraternelles. Devenus adultes, Roger fera de la politique, Nicolas de la musique. Si un fossé familial les sépare, le fossé des idées sera plus profond encore. Ils n’ont rien en commun. 

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Antoine, 63 ans est un veuf inconsolable. Voilà 3 ans déjà que sa femme Victoire 56 ans est décédée. Il l’aimait éperdument et sans elle, il ne vit pas, il survit. « Il ne faut pas mourir de son vivant, disaient-ils. Rectification : je ne me meurs pas de mon vivant, je vis comme un mourant. Trois ans que Victoire est morte. Je n’arrive pas à surmonter cette épreuve. » En se rendant fréquemment à la bibliothèque, il fait la connaissance de Madame Duparc. Solaire, lumineuse, pétillante, dégageant une incroyable joie de vivre, Madame Duparc fait tomber les réticences d’Antoine à retomber amoureux. Elle porte le même prénom que l’héroïne du roman de l’abbé Prévost sur lequel Antoine travaille : « Manon Lescaut »

Manon est une femme mystérieuse qui cache bien des secrets, elle refuse de vivre dans « la norme », la tristesse ou le passé. « Je n’ai rien rompu du tout, Antoine. On ne rompt pas avec le passé, c’est le passé qui rompt avec vous. » Elle est le soleil qui permet à Antoine de sortir de sa nuit. Antoine est bouleversé dans ses certitudes, déstabilisé par cette femme qui n’est pas sans lui rappeler Victoire, troublé par la liberté de son corps, ébranlé par son naturel, son appétit, ses avis tranchés. Une histoire va naître entre eux. Une histoire d’amour ? Chacun jugera. Une histoire où ensemble, ils se guérissent l’un l’autre, partagent, réveillent à la vie des corps endormis. Antoine se voit offrir « Cette merveilleuse chance qu’un autre vous aime quand vous ne vous aimez plus. »

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Dimanche 5 septembre 2021, « Aude Bouquine » a eu 4 ans. Le temps est passé si vite. L’occasion m’est donnée de remercier celles et ceux qui me suivent avec fidélité, partagent, et achètent des livres que j’ai aimés. Seuls, nous ne valons pas grand-chose, ensemble nous pouvons faire de grandes choses, comme créer une dynamique autour de la lecture, mettre en avant un roman dont personne ne parle, ou dénicher des pépites rares. 

« Aude Bouquine» c’est maintenant 425 articles publiés et un blog en constante évolution, ce dont je suis fière. Sa création correspond à un moment charnière dans ma vie où j’avais besoin d’un nouveau défi à réaliser. Merci aux maisons d’édition qui m’ont fait confiance.

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« Lorsque le dernier arbre » est une saga familiale qui s’étend sur 130 ans. Quatre générations s’y succèdent, entre 1908 et 2038. Roman familial, mais aussi roman d’identité, le récit se construit autour des cernes d’un arbre. Pour chaque cerne, une époque. À chaque époque, différents personnages qui appartiennent tous à la même famille : les Greenwood, titre originel du livre. « Lorsque le dernier arbre » débute en 2038 sous le forme d’une presque dystopie, pas si dystopique que cela, puisque les recherches en cours prouvent que dans seize ans, les arbres, poumons du monde seront en grand danger (ils le sont déjà). Puis, le lecteur va à rebours, 2008, 1974, 1934, et 1908 pour faire la connaissance des ascendants des protagonistes rencontrés. Des clés sont données, des liens sont faits, mais il appartient au lecteur d’imaginer ce qui rapproche ou ce qui sépare ces êtres dans la première partie du livre en tout cas. 

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Quelques mots pour vous parler de ce bilan du mois d’août et de mes 12 lectures faites entre 2 cartons, 2 maisons et 2 semaines de vacances. Oui, tout va par paire ce mois-ci ! J’ai eu 2 (encore !) énormes coups de cœur. D’abord, place particulière pour « Notre part de nuit» qui figurera, sans conteste, dans mes meilleures lectures de l’année. Puis, dans un autre genre, « Lorsque le dernier arbre », récit singulier et magnifique qui narre les racines d’une famille sur 130 ans. Cependant, dans mes 10 choix de romans de cette rentrée littéraire, que de fabuleux moments de lecture ! Tous différents, tous intéressants, certains même très originaux dans leur construction. Une toute petite réserve pour l’un des romans, mais l’assurance d’un beau potentiel à venir. Évidemment, cette rentrée est marquée par la sortie du dernier roman de Jérôme Loubry « Les sœurs de Montmorts ». Il y a eu multitude de chroniques écrites sur ce roman, très positives et honnêtement, je ne sais pas ce que je pourrais dire de plus pour vous convaincre de le lire. Vous passerez un très bon moment de lecture et ressortirez avec la délicieuse impression de vous être fait berner. Assez de blabla, le bilan c’est par ici 👈, vous connaissez le chemin. Je vous embrasse 😘 Lire la suite

Fabrice se rend à contrecœur au Grand Rex avec sa petite amie Juliette. Entre eux, rien ne va plus, mais la lâcheté de Fabrice l’empêche de mettre fin à cette relation qui ne lui apporte plus aucune satisfaction. «Ils étaient assis côte à côte, leurs bras se touchaient, pourtant au fossé les séparait. La somme de tous leurs désaccords, de tous ces malentendus qui font les vies à deux.» Dans cette fosse des âmes, le fossé du couple se creuse. Dans la pénombre du cinéma, d’autres âmes viendront les rejoindre quand détonnent les premiers coups de feu. La fosse des morts s’agrandit et parmi elles, l’âme de Juliette. Fabrice réchappe de cet attentat. En proie à la culpabilité du survivant, il traverse l’existence tel un fantôme, jusqu’à sa rencontre avec Clarisse en charge de l’enquête. «L’écouter, c’était comme reprendre son souffle, la promesse d’émerger de la fosse. Elle était douée d’un appétit pour la vie.» Jusqu’à sa disparition… Commence alors une lente descente aux enfers alimentée par deux traumatismes successifs. Il devient tout à tour rescapé, coupable et fugitif. Persuadé que la disparition de Clarisse est la conséquence de l’enquête qu’elle menait sur l’attentat, Fabrice décide de la reprendre. 

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Winter is coming!
C’est la rentrée ! J’espère que tout ira bien pour vous en ce mois de septembre encore chamboulé.

Pour vous donner quelques nouvelles, je suis bien arrivée à Budapest où mon petit coin lecture est installé. J’ai emporté quelques cartons de livres que je veux lire dans les prochains mois : ceux de la rentrée littéraire et d’autres, plus anciens, dont je ne pouvais pas me séparer. Il y aura des relectures, mais aussi du temps pour mettre en avant des romans dont on n’a pas forcément assez parlé. 

Voici une liste non exhaustive de propositions de lecture pour le mois de septembre à laquelle viendront sûrement s’ajouter les découvertes et coups de cœur des copains : ils sortent tous ce mois-ci.
Je vous souhaite un très bon mois de septembre, essayez de rester zen, bienveillants et unis. Je vous embrasse. Cœur avec les doigts❤️

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Dans « Les dents de lait », le lecteur pourrait faire un parallèle vers une fable, ou un conte. On pourrait également placer le récit dans un futur proche, presque post-apocalyptique. Focus sur une région plongée dans le brouillard, où la terre n’est que sécheresse, une région qui semble presque morte. Une communauté vit sur ces terres, en totale autarcie. Personne n’entre sur son territoire, personne n’en sort. Elle s’est assurée de cet état de fait en faisant sauter le seul pont susceptible d’amener un étranger jusqu’à eux. «Imagine si tout le monde faisait ce qui lui passe par la tête sans réfléchir une seconde à l’impact que ça a sur les autres et aux conséquences que ça entraîne. Dans la région, on s’aligne sur les autres, on s’adapte, c’est comme ça. C’est la seule raison pour laquelle on s’en sort encore relativement bien. Ici, on ne pense pas d’abord à soi, on pense à la communauté, à la région.» Cette communauté se protège du reste du monde tout en restant prisonnière d’elle-même, une forme d’incarcération volontaire où l’Autre représente forcément un danger. Jusqu’au jour où, Skalde découvre une enfant aux cheveux roux dans la forêt et la ramène à la maison. Cette petite fille, qui a toutes les caractéristiques d’une sorcière, déclenche la peur, puis la haine de tout le village. Comment est-elle arrivée là ? Que veut-elle ? D’où vient-elle ? À travers elle, ce sont de multiples certitudes qui s’effondrent, un combat entre celles qui se prennent à rêver d’un ailleurs et ceux qui prônent l’inertie et le maintien du repli sur soi.

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« True story » est le roman d’une rumeur concernant une agression sexuelle qui se serait déroulée à l’arrière d’une voiture, perpétrée par deux étudiants sur une jeune fille prénommée Alice. Les deux garçons concernés par cette affaire, très populaires au sein de leur équipe de Lacrosse se vantent d’avoir abusé d’elle. Alice se retrouve alors montrée du doigt, moquée, parfois défendue, mais elle est surtout totalement perdue, car elle ne se souvient de rien. Que s’est-il réellement passé dans cette voiture ? Sur une période de 15 ans, et à travers de nombreux supports narratifs différents, Kate Reed Petty retrace les tranches de vie de ses protagonistes concernés par la rumeur, mais aussi celles de personnages satellites impliqués de près ou de loin dans cette affaire. Dans notre société, et dans les écoles américaines (puisque c’est ici le lieu de l’action), les affaires de viol sont rapidement étouffées, surtout lorsqu’elles mettent en cause des garçons sportivement doués et promis à de brillantes carrières, ou carrément tues.L’auteur s’efforce de dénoncer cette « culture du viol » dans les lycées, ces attitudes qui normalisent ou encouragent le viol. Sa manière de le faire est singulière.D’abord, elle utilise un schéma narratif peu commun en utilisant tous les « genres » littéraires à sa disposition. Ainsi, vous trouverez par exemple dans « True Story » une partie du récit flirtant avec du fantastique, des brouillons de candidature pour entrer à l’université, des morceaux de pièces de théâtre écrites durant l’adolescence. L’auteur joue avec les temps, les lieux, les personnages et les styles. Cet assemblage de genres narratifs qui peuvent laisser le lecteur un peu perplexe durant la lecture finit par créer un vaste patchwork. Une fois les pièces assemblées, le lecteur entrevoit, petit à petit, ce qui se rapproche le plus de la tangibilité des faits laissés d’abord à sa libre appréciation, puis de l’authenticité des conduites pour aboutir à LA vérité crue et sans fard. 

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Rendez-vous au cœur d’un voyage d’une semaine dans lequel chaque jour comporte sa propre coloration. Lundi bleu, mardi noir, mercredi orange, jeudi jaune, vendredi vert, samedi rouge, dimanche blanc. À chaque jour suffit sa peine, à chaque jour son lot de pièges et d’embuscades, de représailles et de sanctions. Elle, dont nous ignorons le prénom est mariée depuis plus de dix ans avec « mon mari », dont le prénom est également inconnu. Sa vie ressemble à une pièce de théâtre perpétuelle où elle joue son rôle à la perfection, parfaitement rodée au planning de « mon mari », ne laissant entrevoir d’elle que ce qui est digne d’être aperçu. Elle ressemble à ses enfants qui jouent sur des carrelages damiers : s’ils sautent sur les cases blanches tout va bien, s’ils tombent sur les noires « mon mari » ne l’aime plus. « Je sais que nous passerons notre vie ensemble. Je suis la mère de ses deux enfants. Je ne peux rien espérer de mieux, et pourtant le manque que je ressens est immense et j’attends de lui qu’il le comble. Mais avec quelle maison, avec quel enfant, avec quel bijou, avec quelle déclaration, avec quel voyage, avec quel geste pourrait-il remplir ce qui est déjà plein ? »

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« C’est cela notre époque, présent indéfini sans passé ni avenir, continuité sans interruption, sans égarements, surtout sans oiseaux. (…) Octobre s’achève encore dans la canicule. » Ainsi s’ouvre, après quelques pages « La riposte », sur un monde dévasté que l’on pourrait envisager de dater vers 2030, quand cette terre fatiguée aura décidé de se débarrasser des humains devenus persona non grata. Jonas, infirmier à domicile, prodigue ses derniers soins avant de partir vers un ailleurs qui ressemble fortement à un nouvel eldorado situé dans le nord du pays. En attendant, il opère ses derniers soins à des patients qui finissent tous par y rester. Tous s’éteignent dans la douleur. Tous meurent. Les médicaments se font rares, Jonas est confronté à d’énormes pénuries et doit faire preuve d’imagination pour les soulager au mieux. L’un de ses patients, Jean-René représente tout ce que Jonas exècre, il « avait des leviers de pouvoir sauver les choses » et n’a rien entrepris. Et pourtant, Jonas fait fi de ses émotions même s’il a conscience qu’à sa naissance « le match nous opposant à la planète était plié : défaite à domicile pour tout le monde. » Les petites doses de morphine administrée afin d’apaiser le corps de ses malades ne parviennent pas à apaiser son esprit revanchard qui fustige tous ceux qui ont brillé par leur inertie. Dans 2 semaines, il partira… voir si l’herbe est plus verte ailleurs, si l’air est plus respirable. « Pour nous comme pour ce monde, il n’y aurait pas d’issue, à quoi bon reconstruire si tout est détruit ? »

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