Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

 

Mati a 9 ans. Elle a perdu sa maman. Ce décès rejaillit sur toute la famille, surtout sur son papa qui ne s’en relève pas. Un soir, Mati ne rentre pas de l’école. Évidemment, le pire est envisagé. Pensez-vous, une enfant qui disparaît, c’est forcément une tragédie. Comment imaginer que cette disparition partait d’une bonne intention ? Impossible alors d’arrêter l’enchaînement des événements tragiques qui vont se succéder, fera grandir cette petite fille d’un seul coup et condamnera un équilibre familial déjà profondément fissuré.

Comment rester insensible à cette histoire imaginée par Solène Bakowski ? Difficile par son injustice, intense d’émotions opposées qui s’affrontent, allant du sentiment de profonde iniquité, au besoin terrifiant de vengeance, en passant par un besoin viscéral, maternel, de protéger l’enfant qui souffre, victime de décisions d’adultes qui la dépassent, mais confrontée à des conséquences qui la percutent de plein fouet.

Mati est une victime à bien des égards. Victime d’un drame familial qui a profondément perturbé sa famille, victime d’une décision cruelle prise bien avant sa naissance, victime d’une grand-mère toute puissante dans son royaume, victime du silence de son grand-père qui laisse faire, victime de la société qui voit d’un très mauvais oeil une amitié jugée contre nature, victime de la propension de l’être humain prompt à juger sans savoir, victime de la pitié générale qu’elle ne mérite pas.

Plusieurs personnages sont dépeints de manière profonde et sensible, et font la part belle à la plume de Solène Bakowski.

Mati d’abord, perdue dans une fourmilière parentelle qu’elle n’intègre pas toujours, dans des secrets familiaux qu’elle suppute sans parvenir à les toucher du doigt. Petite fille silencieuse qui constate que sa maman souffre d’un mal mystérieux, que son papa s’enfonce lentement vers le même genre de mal, sans que rien ne puisse arrêter sa propagation. Petite fille courageuse qui cherche à comprendre, et qui souffre tellement de ne pas être assez importante ou digne d’être aimée.

« Plus rien n’a de sens pour ce petit être déboussolé qui se convainc, jour après jour, qu’elle ne mérite l’amour de personne. »

Rémy, autiste, est brillant de cette aura qui, justement, fait sa différence. Inadapté au monde dans lequel il vit. Innocent des sentiments que ses actes peuvent provoquer, inconscient qu’une bienveillance intrinsèque peut être mal interprétée. Beau portrait d’un être pur par ses intentions, donner de l’espoir, et redonner le sourire à une petite fille qui en manque cruellement.

La grand-mère est toxique à souhait, fondamentalement méchante, inhumaine, sadique, responsable de la faillite émotionnelle familiale. Le lecteur apprend à la détester, elle est odieuse, on lui mettrait bien quelques claques pour lui remettre les idées en place, on lui dirait bien ses quatre vérités !

Le point commun de ces personnages réside dans la façon immensément crédible dont les tempéraments sont dépeints, une vraie justesse de discours en fonction de l’âge ou du sexe, une mise à distance des uns, dans les yeux des autres permet d’apporter cette vraisemblance nécessaire à l’histoire de chacun. Enfin, l’habilité de l’auteur à confronter les générations, l’innocence de Mati 9 ans, face à la perversité de sa grand-mère accentue des vérités que nous adultes, avons oublié.

« Qui sont ces adultes qui mentent et accusent sans preuve ? Qui sont ces grands qui vous abandonnent, seule ? Alors comme ça, on peut relater n’importe quoi ? » 

Encore un livre supplémentaire lu cette année qui traite de la toxicité familiale et met en lumière la façon dont un être humain peut évoluer lorsqu’il grandit dans un contexte similaire. A contrario, et cette partie-là, m’a vraiment touchée, le lecteur se retrouve également dans la tête de quelqu’un qui ne voit le mal nulle part, une personne dont le seul but est de rapprocher une fillette de sa mère. Et c’est de manière presque logique, sans méchanceté aucune, que la solution finale envisagée devient plus une ode à la joie qu’une raison d’être triste. C’est de manière brillante que Solène Bakowski oppose l’être humain mauvais de nature, à celui bon par nature.

Le roman pose aussi la question du secret familial. Dans quelle mesure peut-il rester secret ? À quel moment explose-t-il au grand jour ? Quels sont les sentiments particuliers qui contribuent à sa mise en lumière ? Quels dégâts peut-il faire au sein d’une famille et plus encore dans la tête d’une petite fille de 9 ans, assaillie d’émotions qu’elle ne comprend pas et qu’elle ne maîtrise pas ?

Enfin, je voudrais remercier l’auteur d’avoir si bien compris et décrit le processus de dépression par le biais d’une lettre magnifique que Karine a écrit à sa fille… Comment ce mal insidieux qui ronge jusqu’à la plus petite motivation comme celle de se lever le matin provoque le changement total dans l’être profond d’une personne.

« Comment t’expliquer le cancer qu’est la dépression, sa façon insidieuse de prendre possession de ce que tu es…(…) Mais les jours passent et le malaise se transforme en boule au fond de ta gorge et de ton ventre. Les nuits sont de plus en plus courtes, les journées de plus en plus longues, tu te lèves moins vite puisque tu n’en vois plus l’intérêt, l’avenir s’émousse, la vie s’affadit. (…) Pourtant, tu luttes. Contre toi-même, en permanence. Tu luttes pour pouvoir te relever. Tu luttes contre ta propre faiblesse et ton incapacité à rendre aux autres l’entrain qu’ils essaient de t’insuffler. Jusqu’au moment où, autour de toi, on s’épuise de te voir si épuisée. »

Il y a matière à discussion dans ce livre. Il est riche d’idées, riche de thématiques au final simples, mais largement compliquées par l’homme. J’ai aimé cette petite combattante du quotidien qu’est Mati, une innocence qui ne connaît pas la résignation, ni le découragement, mais aussi, une petite fille vengeresse qui ne pardonne pas qu’on lui ait pris l’essentiel. C’est tendre et dur, bienveillant et cruel, innocent, mais pas dénué de représailles.

Ce n’est jamais tout blanc ou tout noir chez Solène Bakowski, c’est tout en nuance, c’est psychologiquement travaillé, avec habilité. Je l’ai découverte dans le projet d’écriture à quatre mains lancé avec Amélie Antoine. C’est drôle parce que dans mon esprit, elles forment un vrai duo. Elles ont pourtant chacune leur univers. J’ai eu de la chance de découvrir l’une grâce à l’autre !

 

Exercice difficile que celui de faire des choix…

J’ai longtemps pesé le pour et le contre, tenté de mettre au point la méthode parfaite pour faire ce choix, relu mes chroniques, celles des autres, rouspété sur les livres encore dans ma PAL que j’aurai dû lire avant la fin d’année.

Mon choix s’est construit sur des notes que j’avais données, au fur et à mesure sur Babelio : 5/5 donc. Il n’y aura pas d’ordre chronologique, sauf pour mon premier choix qui aura été le coup de coeur absolu de l’année. Ces livres sont ceux que j’offrirai si je devais faire des cadeaux de Noël et si je vivais en France. Lire la suite

Samedi 19 janvier 2013, un inconnu tente d’enlever Claire sur un parking de supermarché. Orpheline de mère, son père, Bertrand est tué sur le coup en s’interposant.

Mardi 22 mars 2016, Gustavo, marié et père de deux enfants est tiré de son lit par la police. Tentative d’enlèvement et homicide volontaire sont les charges retenues contre lui. Suit une lente descente aux enfers pour Gustavo et sa famille. La violence de la garde à vue, la presse, les réseaux sociaux, c’est tout en processus que décortique Mathieu Menegaux dans ce livre. Lire la suite

Dans les vapeurs de brume, au coeur de la Suisse surgit le Val Sinestra. Un château, menaçant, encerclé de montagnes dont il semble impossible de s’échapper. Vingt-neuf août 1942, un chargement humain pénètre dans « l’oeil du cyclone », des femmes, des enfants, un homme, « une cargaison humaine » livrée à travers les Grisons, jetés là pour fuir la guerre mais empreints de l’espoir fou d’être guéris de leurs tares ou de leurs maladies, par un mystérieux médecin qui semble faire des miracles. C’est au milieu de cette forêt, en pleine nature, que la forteresse orchestre ses plus viles intentions, dans ses sombres boyaux qui ne comportent que de mystérieux tableaux qui laissent perplexes, ou terrorisés. Lire la suite

Et si la fin du monde était programmée pour le 21 décembre 2012, 4h44 du matin ? Léo est un homme ordinaire, il délaisse souvent sa famille pour son boulot. Il ne voit plus ce qu’il a sous ses yeux, ne mesure plus sa chance, il avance avec le troupeau humain qui a le nez dans son quotidien, sans trouver le temps de le lever pour analyser sa façon de vivre et revenir aux fondamentaux. Au matin du 19 décembre, Léo est en retard. Il a un rendez-vous important. Il neige. Il est stressé. L’accident de voiture est aussi inévitable que mystérieux. Lorsqu’il se réveillera à l’hôpital, tout aura changé. Accusé de meurtre, sa quête pour tenter de comprendre ce qui lui est arrivé va le plonger dans une réalité stupéfiante. Lire la suite

A Lyon, un homme sauvagement assassiné est retrouvé dans une église : ses poumons ont été percés et sa langue coupée. La capitaine Laura Esposito est nommée sur l’affaire. Très vite, on lui met entre les pattes le lieutenant Milan Dacourt de la PJ de Dijon : le cadavre supplicié est en fait celui de son ami d’enfance, Sébastien. Très vite, la compagne de ce dernier est retrouvée morte elle aussi, pendue à un arbre. Trop de coïncidences pour penser que ces décès sont le fruit du hasard… Parallèlement, en Belgique, deux hommes en quête de sensations fortes, découvrent le cadavre mutilé d’une jeune femme dans un vieil asile psychiatrique abandonné. Son visage a été entièrement arraché et ses entrailles tailladées. Le commissaire Hugo Adami voit dans ce crime des réminiscences d’une vieille affaire et la traque impitoyable d’un tueur que l’on surnommait alors « Le Borgne ». Ces deux affaires sont-elle liées ? Comment ? Dans quel but ? Rapidement, d’autres meurtres sauvages seront perpétrés, tous viendront à la conclusion que ce n’est pas un tueur en série qui sévit, mais plusieurs. « Nous ne sommes pas face à un tueur en série, mais à une série de tueurs.  » (phrase d’accroche du livre). Lire la suite

Le roman s’ouvre dans le cabinet d’un psy, Gabriel Meyer, à Strasbourg à la période de Noël. Un patient, Chris Waechter, la quarantaine, le menace d’une arme à feu pour l’obliger à écouter son histoire. Pour ce faire, il lui faut remonter aux années 80, en 1986 plus précisément, alors qu’il avait 17 ans. Il vivait à Gambstett, petit village alsacien entourés de 3 fidèles amis : Alain, Simon, et Caroline. Lors d’une nième après-midi à « zoner »,  ils décident de chacun confier leur plus grand secret, celui qu’on ne révèle à personne, celui qui une fois prononcé ne permet aucun retour en arrière possible. Ainsi, Chris révélera le don particulier qu’il possède, mais ce sera sans compter la révélation de Caroline, terrible, innommable qui changera pour toujours la vie du groupe. Après cette journée, plus rien ne sera comme avant : ils auront tous grandi, d’un coup d’un seul, confrontés à l’injustice et à la cruauté du monde des  adultes. C’est un pan entier de l’histoire familiale qui va s’ouvrir, évoquant la mobilisation forcée des alsaciens par l’armée allemande et envoyés sur le front russe : ceux que l’Histoire appelle les « malgré-eux. » Lire la suite

La famille Spencer décide de quitter New York pour s’installer à Mahingan Falls, petite bourgade de Nouvelle-Angleterre. Ce déménagement est l’occasion rêvée pour changer de vie, laisser derrière eux l’agitation d’une vie citadine, et profiter du calme de la campagne pour revoir leurs objectifs de vie futurs. Leur tranquillité va être de courte durée puisque l’été que vont passer Tom, Olivia et leurs 3 enfants dans leur nouvelle maison regorge de phénomènes inexpliqués, de morts aussi soudaines que brutales, et de peurs jugées intrinsèques qui viennent hanter leurs nuits. Petit à petit, ils vont découvrir la véritable histoire de cette maison et comprendre les drames qui s’y sont déroulés. Parallèlement, des éléments récurrents comme la peur des animaux à se rendre en forêt, ou de glaçants cris d’épouvante vont venir s’ajouter à ses révélations et leur ouvrir les yeux sur des réalités insoupçonnées. Lire la suite

Bruno Hamel, médecin,  voit son univers s’écrouler lorsque sa fille Jasmine âgée de 7 ans est retrouvée violée et assassinée. Alors que son épouse Sylvie tente de vivre son deuil et de se reconstruire, Bruno, lui est assommé par la violence de la nouvelle.
C’est une simple hypothèse prononcée par un policier  préjugeant d’une sanction pénale de 15 ans qui va le faire basculer de l’autre côté.
« Mais il ne restera pas en prison pour le reste des ses jours ?
C’est long 25 ans, Monsieur Hamel. Même 15 ans. Pour demeurer en prison jusqu’à la mort, il faut avoir fait quelque chose de vraiment… »
Quand le meurtrier de sa fille apparait à la télé, un sourire crâneur sur son visage, les jeux sont faits : Bruno va s’occuper de son cas. Il kidnappe le tueur et projette de le torturer puis de le tuer au bout de 7 jours. Oeil pour oeil, dent pour dent.
Il s’enfonce alors dans une sourde descente aux enfers alimentée par une haine grandissante, une violence interne insoupçonnée et une envie incommensurable de vengeance. Lire la suite

Les gares, comme les aéroports m’ont toujours fascinée. Il y a ceux qui partent et laissent sur le quai des mains qui se pressent, des sourires parfois, des pleurs souvent, et ceux qui se retrouvent, s’étreignent, rient très fort ou hurlent de joie.

Ce livre est un joli livre sur les départs.
Quatre personnes prennent un train pour Rennes : deux femmes, deux hommes.
Les motivations de ce voyage sont différentes pour chacun, mais le voyage en lui-même est le moment où, seul, confronté à soi-même, chacun refait le chemin de sa vie et analyse les décisions prises, les choix bancals, les regrets, les espoirs. Lire la suite

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