Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Alex Michaelides a fait une entrée remarquée dans le thriller psychologique en février 2019 avec « Dans son silence » (voir le lien vers ma chronique en fin d’article). Quand un roman obtient un tel succès, il n’est pas facile de relever le challenge une seconde fois, en proposant, à nouveau, un thriller psychologique. « Les Muses » met en scène une psychothérapeute, Mariana, appelée au secours de sa nièce étudiante à Cambridge. Le cadavre d’une jeune fille sévèrement mutilée a été retrouvé près de l’école. Mariana, très fragile psychologiquement, puisqu’elle vient de perdre son mari mort noyé lors de leurs vacances, décide de se rendre à Cambridge pour soutenir sa nièce Zoé. D’origine grecque, elle rencontre sur le campus un professeur qui enseigne le grec ancien. Ce dernier, très charismatique, intrigue Mariana. Lorsqu’elle apprend qu’il a créé un groupe appelé les Muses, assemblage d’étudiantes triées sur le volet, en adoration devant le mâle savant auquel il donne des cours privés, elle le place immédiatement dans la liste des suspects. Quand un second cadavre est retrouvé, le doute n’est plus permis : Edward Fosca est le coupable qu’il faut parvenir à démasquer. 

Lire la suite

Roman-fleuve, mais aussi saga familiale « Tout le bonheur du monde » raconte l’histoire de la famille Sorenson : un couple Marilyn et David et leurs quatre filles Wendy, Violet, Liza et Grace. Dans une narration qui oscille entre présent et passé, Claire Lombardo explore, grâce à une plume affûtée et un incroyable esprit d’analyse les fondations du couple, les jeunes années des filles et leurs impasses d’adultes. (l’auteur n’a que 30 ans !) Le roman s’ouvre sur un prologue qui plonge directement le lecteur dans le monde des Sorenson, à l’occasion du mariage de leur aînée Wendy, mariage qui a lieu dans la maison familiale. C’est ainsi que nous faisons la connaissance de Marilyn partie se réfugier sous le ginkgo, là où tout a commencé avec David… Elle contemple la fête de loin, s’interroge sur les années passées si vite, admire ses filles dont les plus jeunes, Liza et Grace n’ont que respectivement 16 et 7 ans. Marilyn Sorenson fait le point sur sa vie de femme et sa vie de mère. « Comment était-il possible de concevoir des êtres humains, de les créer à partir de rien, puis soudain de ne plus les reconnaître ? » Par petites touches, le lecteur découvre également les filles, si différentes les unes des autres, dans des portraits courts qui seront étoffés bien plus tard dans le récit. La fratrie se décompose en deux binômes, Wendy et Violet qui n’ont que quelques mois d’écart et dont les relations sont très tendues parce qu’elles partagent un terrible secret, puis Liza et Grace. Le roman couvre plus de 40 ans de vie, sans linéarité, mais en précisant toujours à quelle époque on se trouve. 

Lire la suite

Il n’est jamais aisé d’écrire une chronique qui soit suffisamment « honorable » pour rendre justice à un roman que l’on a follement aimé. « De cendres et de larmes » est un roman que j’ai follement aimé, de la première à la dernière phrase. Sophie Loubière a un don pour poser ses atmosphères qui deviennent de plus en plus oppressantes au fur et à mesure des pages qui se tournent. Le roman s’ouvre sur une scène d’apocalypse que personne n’oubliera : Notre-Dame en feu. Madeline est caporale-cheffe sapeur-pompier. Elle est mariée à Christian qui accepte un poste de conservateur au cimetière de Bercy. Cette famille constituée de deux adultes et de trois enfants vit dans un tout petit appartement. L’idée d’une maison plus grande est séduisante. Une maison située au cœur d’un cimetière un peu plus rebutante. Et pourtant, la famille franchit le pas, attirée comme des papillons par l’espace, le silence, le calme et plus de sérénité. Lire la suite

Le 17 janvier 2019, Laurent Philipparie sortait un roman au titre bien étrange « Lectio Letalis » dans lequel il mettait en scène un livre doté de pouvoirs mystérieux : tous ceux qui le lisaient se donnaient la mort. L’écrivain mettait en lumière l’endoctrinement sectaire, « un pouvoir capable de contrôler tous les pouvoirs ». « Reikiller» est un titre tout aussi énigmatique qui aiguise la curiosité. Il renvoie à la pratique du Reiki, cet art énergétique japonais ancestral qui permet de rééquilibrer les énergies par imposition des mains en faisant circuler celles-ci entre l’émetteur et le receveur. L’âme et le corps, à nouveau en harmonie œuvrent ensemble pour procurer du bien-être, et dans certains cas de possibles guérisons de maux très variés. Cette « énergie de l’esprit » plane sur la totalité du roman. D’abord à l’intérieur du cabaret le « Satyr Rieur» où Virginie, la patronne, le pratique presque fanatiquement, mais aussi dans les esprits de ceux qui s’y adonnent ou au contraire ceux qui le combattent. «Virginie était persuadée que la conscience générait des maladies ou des traumatismes afin de nous interpeller sur les obstacles à notre épanouissement.» Jenny, acrobate dans ce cabaret, est mariée à un gendarme, Didier. Ensemble, ils ont une petite fille, Luna, à qui l’on vient de diagnostiquer une tumeur très agressive. Pendant que Didier est plongé dans une enquête concernant la disparition de plusieurs touristes allemandes, Jenny, terrassée par la mort prochaine de sa fille est prête à tout tenter, y compris la pratique du reiki pour la sauver. Lire la suite

Nous sommes en 1944, la fin de la guerre approche, Paris est en liesse, l’espoir renaît. C’est au milieu des balles, «des vengeances, des règlements de compte entre voisins, des petites bassesses, des beaux discours, des grandes ambitions nationales et individuelles.», que Paul et Stanley se rencontrent. Le premier est français, le second américain. Il aura suffi d’un seul regard, puis d’une seule semaine pour bouleverser leurs existences respectives à jamais. Sept jours, sept nuits pour que le moment «où le corps de Stanley était brutalement entré en contact avec le sien»devienne «le moment pivot» de l’existence de Paul, un souvenir impérissable pour Stanley. « La vie rêvée des hommes » raconte les années qui passent, les vies de Paul et Stanley, séparées par un océan, mais dont les âmes resteront à jamais connectées. «Il savait indubitablement qu’il allait devoir organiser le reste de ses jours en l’honneur ou au regret de ces instants, peut-être les seuls moments de vérité auxquels il ne lui serait jamais donné de se confronter.» Le temps passe, et avec lui les années. Certaines sont clé, dans la vie de l’un ou de l’autre. Chacun raconte en alternance un pan de sa vie, sous le prisme d’une double vie organisée à dessein, forte d’un « arrangement mou » avec soi-même. Et pourtant, les deux hommes ne font pas les mêmes compromis. L’un est frondeur, l’autre plus discret. L’un refuse le consensus, l’autre se marie. L’un vit à New York, l’autre en Bretagne. Lire la suite

Cette chronique aurait pu être une succession de citations relevées dans « Le carnaval des ombres » tellement RJ Ellory possède cette virtuosité de si justement décrypter les émotions humaines. Les auteurs susceptibles de dépeindre de façon si précise la palette de ces émotions sont rares et précieux. RJ Ellory n’a plus rien à prouver de ses aptitudes de conteur et de cette magistrale aisance qui est sienne de prendre son lecteur par la main pour l’emmener dans son univers. Non seulement ce roman touche en plein cœur grâce au chemin que parcourt Travis, lui qui était tellement sûr de ses croyances, mais l’auteur installe une atmosphère impossible à quitter. On voudrait que la lecture dure toujours et que le mot fin n’y soit jamais apposé. Tels certains autres grands qui suscitent chez moi la même émotion, comme Dennis Lehane ou Stephen King par exemple, je ne comprends pas pourquoi ses romans n’attirent pas les scénaristes cinématographiques. Tout est là pour faire un grand film, digne des plus immersives productions. 

Lire la suite

« Il était une fois 11 auteurs superbes qui avaient décidé de s’engager dans l’écriture d’un recueil. Auparavant, ils s’étaient cantonnés dans des travaux bien peu passionnants. (Écrire un roman sans contrainte prédéfinie c’est tellement monotone…) Alors moi, Yvan, j’ai mis des paillettes dans leurs vies. Accompagné de ma drôle de dame éditrice de son état, je les ai sortis de leurs habitudes pour les engager et je ne le regrette pas, car se sont vraiment de drôles d’auteurs ! » Ça vous rappelle quelque chose ? Nous avons connu Charlie et ses drôles de dames, aujourd’hui venez à la rencontre d’Yvan et de ses drôles d’auteurs. Des auteurs surprenants, étonnants, insolites. 

Lire la suite

Le mois de mai, météorologiquement parlant, a été bien pourri. Le plaid chauffant est toujours sur mon fauteuil de lecture… Ce temps exécrable aura permis la lecture de 11 romans, des choix plutôt éclectiques, tous riches en émotions et en plaisir. Parmi ces lectures, je voudrais signaler la qualité des sorties chez Plon, tant au niveau polar qu’en littérature générale. La lecture du roman de Solène Bakowski m’a bouleversée pour bien des raisons, mais surtout parce que je partage un peu le secret d’Alice… Dans un autre registre, « Le bonheur l’emportera » d’Amélie Antoine va chercher un plus profond des émotions la quintessence du bonheur. Bref, si vous n’avez lu aucun de ces romans, je vous les recommande vivement. Avez-vous participé au challenge 1991 lancé sur les réseaux au moment de la sortie du dernier Franck Thilliez ? À défaut, plongez-vous dans cet opus d’un Sharko avant Sharko : il est totalement immersif !

L’été arrive doucement et après tous ces mois de marasme, de nouvelles aventures nous attendent. En août nous quitterons la France pour la Hongrie. Budapest est dotée d’une librairie française et évidemment, j’ai déjà des idées à la pelle ! En attendant, je vous souhaite d’excellentes lectures et je vous embrasse.

Lire la suite

Si comme moi vous avez beaucoup de livres et que vous êtes incapables de vous souvenir de ce que vous avez acheté, ou que vous avez des velléités de déménagement appelées plus communément « syndrome de la bougeotte », j’ai l’application qu’il vous faut : elle s’appelle BOOKBUDDY. C’est une application de gestion de livres qui permet un accès immédiat à votre bibliothèque, où que vous soyez.

Elle vous permet de scanner les code-barres de vos livres ou de les rentrer manuellement ou encore d’effectuer une recherche en ligne pour les ajouter. Ainsi, lors d’une petite escapade en librairie, vous saurez exactement ce que vous avez chez vous et éviterez d’acheter des doublons (comme moi !) 

Lire la suite

« Rendors- toi tout va bien », débute sur l’autoroute A31. Une femme roule, « loin du désastre ». Elle semble prendre la fuite. Soudain, c’est l’accident. Le film se rembobine, nous sommes à nouveau le matin de cette même journée. À Sète, devant le café du vieux port, un homme est appréhendé par la gendarmerie. Il est 6h45 du matin. Guillaume ne comprend pas ce qu’il fait dans ce fourgon des forces de l’ordre à 7h15. Au même moment, dans la maison familiale, Christelle se prépare à partir. Elle écrit et réécrit un mot à ses filles. Elle rature, jette, recommence. Elle tente de préparer leur petit déjeuner et le pique-nique pour leur sortie scolaire, mais le temps lui manque. Elle se blesse avec un couteau. Elle doit partir, maintenant, tout de suite, avant que tout le monde sache… avant que le scandale éclate. Avant que sa famille, ses voisins, ses amis apprennent la vérité.

Lire la suite

La « Rue du Rendez-vous » se meurt. Seul un irréductible vieil homme refuse d’en être chassé. Il est bottier depuis toujours et même si son atelier ne compte plus guère de clients, il est toujours là. Du haut de ses 87 ans, Marcel vit désormais seul. «Une solitude pachydermique émane du vieil homme. Il a l’allure de son magasin, harassé, en sursis.» Un soir de grève, sous une pluie battante, Alice Beausoleil frappe à la porte de la boutique pour s’abriter. Elle a 25 ans, est vendeuse en boulangerie. Dans la rue du rendez-vous, le destin leur a donné rendez-vous. Cette rencontre va délier les langues, ouvrir les boîtes à souvenirs, rendre la vue à des aveugles, et offrir à chacun un début de guérison. Sous l’orage qui tonne, Marcel raconte l’histoire de sa vie, celle de sa mère la fantasque Nini, enceinte trop jeune, leurs séparations et leurs retrouvailles. Alice écoute. Celle qui «s’assassine à petit feu» depuis deux ans, trois mois et quatre jours porte un secret qu’elle n’est pas encore prête à partager. Et si, se confier à un inconnu était plus concevable que prévu ? 

Lire la suite

Ambre, 20 ans, a une liaison avec un homme marié, père de famille, de 20 ans son aîné. Une liaison passionnelle. L’une de celle qui bouleverse une vie entière, se fait sentir plus grande, plus importante, plus désirable, une liaison qui devient le centre de son tout. Philippe espace ses visites, vient prendre quand il veut ce qu’il veut. Il a installé Ambre dans une garçonnière, lui achète lingerie et vêtements et vient satisfaire là ce que sa femme ne lui donne pas. Mais, «plus le temps passait, plus elle s’éteignait. Emmurée vivante dans le studio, sans autre espoir que sa prochaine visite.» Après une énième dispute téléphonique, Philippe débarque à l’appartement. Tout est noir. Tout est silencieux. Il trouve Ambre dans la baignoire. Elle s’est ouvert les veines. De désespoir. De lassitude. De désenchantement. Il lui sauve la vie en appelant les secours. Il est «coupable d’être à la fois son sauveur et son bourreau.» Ambre vient d’une famille où l’on ne se parle pas. «Pour se disputer, il aurait déjà fallu se parler. Or, chez les Miller, le silence était maître. Jamais un cri, jamais un mot plus haut que l’autre.» À qui se confier après une tentative de suicide ? Pour se donner bonne conscience, Philippe l’accompagne dans un hôtel au cœur des montagnes qui cherche des saisonniers. Elle y passera la saison d’hiver. Une chance de se reconstruire. Un moment pour faire le point. Une occasion de se désintoxiquer de lui. 

Lire la suite

« Le bonheur l’emportera » raconte la vie d’une famille ordinaire durant toute une année. Mois après mois, chacun narre un morceau de l’histoire, ses émotions, ses réflexions. Mois après mois, Amélie Antoine témoigne de traces laissées, renforce l’intrigue, laisse une empreinte dans le cœur de ses personnages, mais surtout dans le nôtre. Traits caractéristiques, cicatrices, morsures, lueurs, espoirs, paroles, Joachim le père, Sophie la mère et Maël le fils se livrent. Toujours dans le même ordre. Lui, elle et Maël. Le petit garçon est bien le narrateur de cette histoire, c’est autour de lui qu’elle tourne, il est toujours le dernier à prendre la parole, c’est le seul à dire « Je », et après tout, c’est le seul dont le lecteur se soucie vraiment. Ainsi, il est à la fois celui qui confie ses émotions, mais il est aussi celui qui crée le lien, entre lui et nous. Un abandon, un soulagement, une façon de vider son cœur et de nous faire confiance.

Ce pourrait être une histoire de famille banale. 

Lire la suite

Amaury Marsac est le personnage récurrent d’Elsa Roch depuis « Ce qui se dit la nuit ». Véritable raconteuse d’histoires noires dont la plume incandescente illumine les nuits les plus sombres, Elsa Roch la magicienne glisse de la poésie dans son noir à travers cet homme, terriblement humain, qui vit avec des monstres perpétuant toute sorte de -Ide.

Dans « Oublier nos promesses », elle décryptait le syndrome du stress post-traumatique à travers Jérôme, dans « Le baiser de l’ogre» elle s’était attelée à parler de la différence grâce à une princesse, Liv, Miss Butterfly. Dans « La fureur des mal-aimés », elle s’emploie à décortiquer les blessures de l’enfance, symbolisées par deux personnages dont Alex que Marsac retrouve souvent sur un banc, square du Vert-Galant à Paris. « La fureur des mal-aimés » est la rencontre de ces deux personnages-là, le flic fatigué par son métier de chien et hanté par son histoire personnelle, et Alex un jeune homme qui vit dans la rue et que «(…) l’errance bousillait à vitesse démoniaque.»

Lire la suite

«Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grande? Sauter des gratte-ciel. Prendre le risque de tomber pour s’envoler, comme disaient nos career trainers . Plus on frôle la mort, plus on se sent vivant.»

Imaginez le monde, imaginez la terre, rapprochez-vous… Vous voyez la ville qui se dresse devant vous ? Zoomez encore… Elle est séparée en deux zones par un mur : la ville et Les Périphéries. Dans la ville, rapprochez votre zoom des gratte-ciel. Vous voyez ces gens habillés de leurs Flysuit ? Ils sautent des gratte-ciel. Autour d’eux c’est l’euphorie. «Imaginez le corps dans son infinitude, immortel, s’élevant et retombant sans cesse, comme une respiration, une pulsation, et savourez cette pensée, trouvez-y refuge, puisez-y confiance. Là, à ce moment précis où vous vous retirez lentement du monde, la mort n’existe pas, il n’y a que la vie.»

Lire la suite

%d blogueurs aiment cette page :
Aller à la barre d’outils