Janvier m’a surprise. Franchement, je ne m’y attendais pas. Après avoir déballé toutes mes interrogations et ma fatigue dans un article de décembre, voilà qu’un déclic s’est produit. Ce Bilan lecture de janvier 2026 sonne autrement que ce que j’aurais écrit il y a deux mois. Plus doux, moins crispé. Le désir de lire s’est réinstallé à son rythme, sans que j’aie besoin de le contraindre ou de me forcer. Les chroniques coulent à nouveau sous mes doigts, davantage par envie que par devoir. Presque avec plaisir, devrais-je dire, car je ne veux pas mentir : cet élan reste fragile, et je le sais. Mais bon sang, il existe, et ça compte énormément.
« Douze ans après » est le troisième tome des aventures de Frankie Elkin. Cette jeune femme ne possède pas de badge de police, et aucune légitimité institutionnelle. On l’engage pour retrouver des personnes disparues. Elle se déplace sur le territoire américain, là où des laissés pour compte font appel à elle. Après Boston dans « L’été d’avant », les montagnes du Wyoming dans « Dernière soirée », nous voici sur un atoll à une heure d’Honolulu.
Dans cet opus, Frankie rencontre Kaylee Pierson, une condamnée à mort qui la supplie de retrouver sa sœur Leilani, disparue depuis douze ans. À Pomaikai, une île au large d’Hawaï, un magnat de la tech a l’intention de construire un écolodge de luxe. Or, c’est près de lui que Leilani a été vue pour la dernière fois.
« Love, Mom » fait partie de ces romans qui vous enferment dès les premières pages. Il s’apparente à ces romans-pièges, des récits qui se déguisent en consolation et qui vous offrent, en réalité, un parcours semé d’embûches. Le lecteur s’attend à pleurer une mère disparue ou se prépare à démêler quelques mystères familiaux, et voilà qu’il se retrouve face à une question beaucoup plus dérangeante : que faire des vérités qu’on ne voulait pas porter ?
Le récit commence par la simplicité trompeuse d’une enveloppe glissée entre les mains d’une jeune femme. Mackenzie vient de perdre sa mère, Elizabeth Casper, une autrice connue sous le pseudonyme de E.V. Renge. L’évènement médiatique qu’ont été ses funérailles n’a pas permis au deuil d’être intime. Tout a été commenté, disséqué et transformé. Et puis arrivent ces étranges lettres posthumes, censées tout expliquer, et peut-être réparer. Sauf qu’elles ne réparent rien du tout. Elles suscitent une curiosité intense, un désir de savoir à tout prix et déclenchent une enquête de Mackenzie pour mieux connaître sa mère.
Dans « La voie», Dan et Tamma habitent cette frontière indécise où le désert de Mojave commence à mordre sur le monde civilisé, aux abords de Joshua Tree. Là-bas, les formations rocheuses se dressent comme autant de promesses. Ils vivent leur dernière année de lycée. Dan incarne un jeune homme plein de potentiel, celui qu’on pousse vers les sentiers balisés, université, carrière stable, avenir prévisible. Au contraire, Tamma représente tout ce qui dérange les conventions, volcanique, trop bruyante, trop libre et semble vite cataloguée.
J’ai abordé « Intelligence mortelle » en sachant qu’il s’adressait aux jeunes lecteurs (à partir de douze ans). Même avec cette grille de lecture en tête, j’ai terminé ma lecture avec une certaine frustration. En effet, ce thriller technologique ne tient jamais vraiment les promesses de sa 4e de couverture. Et pourtant, les ingrédients semblaient parfaits.
Imaginez un peu… Une villa bardée de technologie, coupée du monde par une violente tempête de neige. Deux enfants, Jo et Tommy, accompagnés de Rosa, leur gouvernante. Pendant tout un week-end, ils se retrouvent seuls, car leurs parents sont en voyage.
Chaque début de mois apporte son cortège de parutions fraîches : ces couvertures qui attirent l’œil dans les librairies, ces résumés parfois tentants qui laissent entrevoir des heures de lecture, cette petite voix intérieure qui murmure qu’il faudrait « suivre l’actualité ». Pourtant, face aux sorties littéraires de février 2026, j’ai choisi de modifier ma manière d’approcher les nouveautés éditoriales. Fini les articles-catalogues qui énumèrent mécaniquement les titres du mois. Terminé aussi ce sentiment d’obligation de satisfaire les attentes commerciales des éditeurs. Ce que je recherche désormais, c’est retrouver l’authenticité de mes envies de lecture, avancer selon mon propre tempo, et renouer avec ma légitimité de simple lectrice.
Que dire « À propos de Nora » ? Nora Sheehan, treize ans, est accusée du meurtre de son frère Nico. Elle a tiré sur lui à bout portant, « une fois dans l’oeil et deux fois dans la poitrine ». Dans son premier roman, Kristin Koval creuse dans les couches du temps familial, là où les secrets anciens se transforment en failles. En effet, alors que David, père de Nora, demande de l’aide à Martine Dumont, sa voisine et avocate, le lecteur comprend rapidement qu’entre les deux familles existe une histoire commune. Les Sheehan (famille de la victime), et les Dumont partagent une rupture ancienne dont personne ne parle ouvertement, mais que tous portent comme une cicatrice mal refermée.
Dans « Fauves», Mélissa Da Costa explore un sujet qui m’a touchée de près : la violence reçue en héritage. Sous le couvert d’un récit d’apprentissage se cache une exploration implacable de la transmission de la violence, de ses métamorphoses, et de sa capacité ou non à survivre aux fuites les plus désespérées. Fuir, est-ce guérir ? Comment résister à ce legs nauséabond ? Peut-on s’en échapper ?
Tony naît dans une famille où la tendresse n’a pas sa place. Là, les mots sont remplacés par des ordres, l’affection par la peur, l’éducation par les coups. Sa mère est partie en emportant son frère, eux aussi victimes de la violence d’André, le père. Lors d’une soirée funeste, Tony prend la fuite. Pour survivre, il doit partir, s’éloigner le plus possible de ce paternel toxique.
Dans « Les enfants sont rois », publié en 2012, Delphine de Vigan interrogeait notre rapport aux réseaux sociaux. Dans « Je suis Romane Monnier », elle met à nu notre rapport au téléphone portable.
Lors d’une soirée dans un bar, Romane Monnier échange son téléphone avec un inconnu et disparaît. Thomas, à qui ce téléphone est confié, en reçoit le code lors de la récupération de son propre téléphone.
Romane, elle, ne souhaite pas récupérer le sien. Elle laisse derrière elle ce prolongement quasi organique de son existence et tout ce qu’il contient.
« Les fantômes de Shearwater » est le troisième roman traduit en français de l’écrivaine australienne Charlotte McConaghy. Après le remarquable « Je pleure encore la beauté du monde » désormais disponible aux éditions Babel, l’autrice réitère ses réflexions sur notre manière d’habiter le monde.
Dans ce texte, elle nous emmène sur l’île de Shearwater, battue par les vents et cernée d’écume. Dominic Salt y élève seul ses trois enfants dans un isolement presque total. Gardiens d’un territoire condamné, ils assistent à l’érosion progressive du monde. Lorsqu’une inconnue surgit des vagues, rescapée d’un naufrage improbable, elle bouleverse l’équilibre fragile de cette vie en marge. Car à Shearwater, les fantômes ne hantent pas seulement les ruines : ils marchent aux côtés des vivants, et chaque décision trace des sillons bien au-delà de l’instant présent.