Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

Sylvain Bragonard exerce un métier peu conventionnel, mais pourtant essentiel, celui de thanatopracteur : pour quelques heures, il redonne aux morts un sursaut de vie. Pour cela, inutile de se fier à une photo donnée par la famille, Sylvain possède une méthode bien à lui : Il renifle les cadavres, et par les odeurs qui s’en dégagent, il parvient à reconstituer leur personnalité. Un vrai don pour ce Bragonard, qui, a une lettre près, suivait les traces d’un parfumeur bien connu. D’ailleurs, parfumeur était bien la carrière que Sylvain envisageait avant… un terrible drame personnel. Taiseux, taciturne, peu sociable, le Bragonard est un animal triste qui préfère la compagnie des morts à celle des vivants. Mort, il l’est d’ailleurs un peu, métaphoriquement j’entends. Il n’y a véritablement que ses horribles habitudes alimentaires qui provoquent suffisamment de secousses pour que son corps réagisse encore un peu. Alors, quand Alice entre dans sa vie, c’est comme un tremblement de terre de force 8 sur l’échelle de Richter. Alice écrit une thèse sur les thanatopracteurs, elle tutoie ceux qui côtoient la mort, mais elle est bien vivante. Solaire, drôle, pleine de vie, Alice est tout l’inverse de Sylvain. Son premier objectif est de lui arracher un sourire (et ça, ce n’est pas gagné…) et de percer à jour le secret de cet embaumeur cadavérique, suceur compulsif de bonbons à la menthe, force 8 !

Lire la suite

Après avoir été licencié du jour au lendemain, Brendan, la cinquantaine se retrouve sans emploi. Pour parer au plus pressé et gagner de l’argent rapidement, il décide de travailler pour Uber. Au volant de sa voiture, les clients se succèdent, certains plus odieux que d’autres, dans ce Los Angeles labyrinthique où la richesse la plus insolente côtoie la misère la plus désastreuse. Lorsqu’il prend Élise au hasard d’une course, rien ne lui permet d’anticiper le cataclysme sur le point de bouleverser son existence. Et pourtant… les évènements qu’il va vivre vont obliger cet homme durement touché par la crise, marié et père d’une fille, à reconsidérer ses priorités et à s’interroger sur des questions essentielles.

Lire la suite

C’est parce qu’elle possède une ligne directe vers le cœur de ses lecteurs que les romans de Virginie Grimaldi nous parlent autant. 

« Il nous restera ça » est LE roman des rencontres, de celles qui changent des vies. 

Pour Jeanne, raccommoder son portefeuille 

Pour Iris, réparer son estime de soi

Pour Théo, s’offrir un toit.

Pour peu que l’on croie à la destinée, la vie, cette vieille femme facétieuse nous amène parfois sur le chemin de quelqu’un qui vous sauve. Vous sauve de quelqu’un ou de vous-même.

Lire la suite

La fratrie s’agrandit. Après écouter, regarder, toucher, un quatrième sens est mis à l’honneur dans ce dernier recueil « Respirer le noir ». Il faut beaucoup aimer les nouvelles et la littérature de genre pour s’atteler encore une fois à mettre en lumière des textes courts, un peu boudés par les lecteurs plus friands de romans. Il est vrai que se frotter à l’exercice de la nouvelle est périlleux, et qu’en peu de mots, il faut susciter un attachement immédiat au récit, aux personnages, faire naître l’émotion comme on craque une allumette, et proposer une fin originale que le lecteur gardera en mémoire. Et pourtant, quel résultat ! Le coordinateur du projet, Yvan Fauth, n’a pas ménagé ses efforts depuis le début de cette aventure. Parce que la nouvelle, lui, il y croit. Il la défend. Il veut lui redonner ses lettres de noblesse. Il m’a d’ailleurs réconciliée avec le genre, moi qui en lisait très peu. Cette année, il s’offre une affiche à faire pâlir. Il y a les fidèles, le duo Barbara Abel/Karine Giebel, RJ.Ellory, et les nouveaux dont Franck Bouysse, Sophie Loubière, Hervé Commère, Jérôme Loubry, Dominique Maisons et toute la troupe de ceux que vous allez découvrir. Une palette impressionnante de talents regroupés sous un même chapiteau.

Lire la suite

Comme chaque fin de mois, voici mon bilan lecture. Quinze livres lus en ce mois d’avril et une écoute audio. Dans l’ensemble, une très belle période de lecture, une panne de plusieurs jours quand même, quelques soucis de santé, beaucoup de lectures de romans noirs/thrillers/polars. J’ai décidé de ne pas tous les chroniquer par manque de temps, je me concentre sur les retours des services presse. Je ne sais pas vous, mais moi je n’ai jamais eu autant de retard dans mes lectures. Sans doute est-ce dû à l’arrivée tardive de certains romans, deux-trois jours avant la sortie ou carrément après la sortie, ce qui bouleverse chaque fois mes intentions de lecture. Je suis sincèrement désolée si vous m’avez envoyé un livre et qu’il n’a pas encore été lu. Je fais au mieux dans le temps qui m’est imparti et je reste sur ma ligne de conduite : chacun son tour et en savourant. Il est hors de question d’ingurgiter à la va-vite ou de lire en diagonale. Le nombre des sorties va se calmer, je vais donc avoir le temps de rattraper mon retard.  Lire la suite

Roman prophétique, imagination prémonitoire ? Christina Sweeney-Baird commence la rédaction de « La fin des hommes » en 2018, soit bien avant le début du COVID. Elle imagine un virus qui ne toucherait qu’une partie de la population. « Une souche de grippe particulièrement agressive apparue à Glasgow début novembre a touché des dizaines de milliers de personnes en Écosse. (…) Selon des rapports isolés, le virus grippal affecte exclusivement les hommes. » Les femmes sont asymptomatiques, certaines portent le virus et le transmettent à leurs fils, leurs époux, leurs pères, leurs collègues. Le récit commence par l’apparition de cette sorte de grippe, les premiers symptômes, les premiers morts et explore la lutte de l’humanité, les actions menées et les solutions mises en place. Il dresse également un état des lieux d’un monde où seuls 10 % des hommes ont survécu et où tous les aspects de la société doivent être réinventés par les femmes. Roman choral, toutes les voix sont féminines, obligées de surmonter peine et douleur de la perte pour lutter ensemble et survivre. Enfin, la question « le monde irait-il mieux si les femmes étaient à sa tête ? » est largement développée, n’en déplaise aux féministes les plus acharnées, la réponse est loin d’être aussi évidente. 

Lire la suite

Munich 1931, Angela Raubal, 23 ans, est retrouvée morte dans l’appartement qu’elle partage avec son oncle, qui n’est autre que Adolf Hitler, leader du parti national-socialiste. Le Commissaire Sauer  est chargé de l’enquête. Celle-ci semble vite bouclée, le suicide étant confirmé par le légiste, mais Sauer a des doutes… de petites choses le chiffonnent. Accompagné de son collègue Foster, une enquête sous haute tension commence durant laquelle les deux hommes seront confrontés aux « amis » de l’oncle Alfi. 

La grande Histoire dans un roman. Tous les personnages de « L’ange de Munich » ont existé, y compris celui d’Angela Raubal dite Geli, nièce d’Hitler retrouvée morte le 18 septembre 1931 à Munich. Suicide ou non ? Que s’est-il passé dans cet appartement ? Quelles étaient les relations exactes de Geli avec Hitler ? De nombreux articles de presse ont été écrits sur le sujet que je vous conseille vivement d’aller lire après avoir terminé l’écoute du roman. Personnellement, je ne savais rien de ce « fait divers » et c’est en tapant Angela Raubal sur internet que je me suis aperçue que le roman de Fabiano Massimi partait de cette réalité pour construire son roman noir historique. 

Lire la suite

L’homme de ce roman est tout ce qu’il y a de plus délicieux… Fermier de son état, bourreau à ses heures perdues, il a comme unique but dans la vie d’annihiler toute individualité. Sa victime, Thanh Dao ayant quitté ses terres vietnamiennes pour suivre la chimère d’un eldorado vers l’Angleterre l’a bien compris : il ne reculera devant rien. La briser psychologiquement est le mantra de tout salopard qui se respecte. En matière de tortures psychologiques, nous avons affaire un professionnel : sans aucune émotion, les sanctions tombent. Et si, quelques velléités de fuite traversent votre cerveau, oubliez. Il vous en fera passer l’envie. Durant ses sept années de captivité, Thanh Dao a essayé plusieurs fois de s’échapper. Il faut dire que la ferme se trouve au milieu d’une plaine qui rend toute cachette impossible. Lenn, son tortionnaire, lui mutilera si profondément le pied en guise de punition que la douleur omniprésente occupera toutes ses pensées. Il réussit ainsi à associer dans l’esprit de sa captive, douleur de la sanction avec tentative de fuite, sans qu’elle ne puisse plus jamais distinguer l’un de l’autre.

Lire la suite

Les chaises longues sont bientôt de sortie, c’est la meilleure période de l’année : celle où on peut lire au soleil ! Si vous êtes comme moi et que vous avez besoin de faire un break avec le quotidien, voici quelques titres que j’ai sélectionnés pour ce mois de mai que j’espère plus beau, plus serein et plus générateur de projets qui se concrétisent. Pas de blabla ce moi-ci (ne croyez pas pour autant que je n’ai rien à dire, bien au contraire), mais un gros cœur avec les doigts. Lire la suite

« Les dominos de la vie » est un roman de femme, écrit par une femme, pour les femmes. Cependant, je recommande aux hommes de le lire. Pour qu’ils sachent. Pour qu’ils soient présents. Pour qu’ils fassent barrage. Pour qu’ils ne laissent pas faire sous prétexte que certains actes sont perpétrés pour « notre bien ». Oui, « Les dominos de la vie » a chatouillé un passé enfoui et a fait remonter des souvenirs éprouvants. Amélie a la trentaine. Architecte d’intérieur, mariée avec son amoureux du lycée, mère d’un petit garçon, son existence a tout d’une comédie romantique. Sauf qu’elle a eu à se battre contre une tumeur. Sauf que cette tumeur n’est pas arrivée là par hasard. Sauf que ce combat remet en cause les piliers de sa vie, l’amène à réfléchir sur un quotidien un peu trop bien huilé, une absence de passion, un manque d’excitation, la disparition des battements de cœur des premières fois. Amélie doute. Amélie veut vivre plus intensément, plus fort, plus vite. De nombreuses décisions sont à prendre pour changer de vie. 

Lire la suite

Lui, il s’est baptisé Cooper, comme l’épervier, « ce rapace est une créature discrète : il lui arrive d’adopter un vol rasant puis de s’élever brusquement pour franchir un obstacle et surprendre sa proie. » Elle, c’est Finch, petit oiseau. C’est le prénom qu’il a choisi pour elle dans le grand manuel des oiseaux d’Amérique du Nord, le second livre qu’il a emporté avec lui lors de sa fuite. Ce ne sont pas leurs vrais noms. Lui seul les connaît et les a fait disparaître. Cooper et Finch sont des oiseaux migrateurs, ils ont fait leur nid au cœur de la forêt, loin de toute civilisation, loin de tout danger. Loin des hommes. La cabane qui les abrite est sommaire, mais sécurisante. Ils vivent au rythme de la nature et de ses saisons, grâce au gibier qui la peuple, et aux provisions livrées par Jake, ami fidèle de Cooper, une fois par an. Toujours le 14 décembre, à la veille de l’hiver quand il est plus difficile de se sustenter, quand il faut se préparer à hiberner. Mais cette année, Jake ne vient pas. L’angoisse de Cooper monte. D’autant que Finch grandit, interroge son père, questionne le monde et que les réponses deviennent de plus en plus difficiles à donner. « Dans ce petit monde isolé, rien qu’à nous, il règne une telle simplicité qu’il est difficile d’expliquer la complexité de la vie. La frontière hasardeuse et souvent mouvante entre le bien et le mal. » Finch ne connaît rien d’autre que la vie que Cooper a choisi pour elle, là dans la cabane, peut-être coupée du monde, mais surtout protégée de la violence de celui-ci. « Je me contenterais de dire ça : il arrive que des drames se produisent sans qu’on y soit préparé, qu’on prenne des décisions qui paraissent judicieuses sur le moment, puis plus tard, avec le recul, on aimerait pouvoir les modifier en partie, mais on ne peut plus, et voilà. » « Le silence des repentis » explore l’amour. Infini. Profond. Viscéral. D’un père pour sa fille. 

Lire la suite

Glaçant.

Voilà le premier mot qui me vient à l’esprit pour parler de la lecture audio de « Enfant de salaud ». 

Bien sûr, il y a le texte de Sorj Chalandon, âpre, fort, mais il y a aussi le choix de la voix pour le porter. Féodor Atkine sublime les mots. Dans les dialogues entre le père et le fils, il incarne ce père mythomane, falsificateur de réalité, soufflant le chaud et le froid, la vérité et le mensonge, mais aussi Emile, le fils en quête de vérité. Lorsque celle-ci claque en sortant de la bouche du grand-père « c’est un enfant de salaud et il faut qu’il le sache », le besoin de connaître la vérité s’immisce par tous les pores de la peau, s’insinue dans les moindres recoins du cerveau. Il faut savoir démêler les belles histoires racontées par le père sur la grande Histoire de celle des livres d’histoire. Le narrateur, journaliste, consacre son temps à enquêter : d’abord sur ce père, mais aussi en suivant le procès de Klaus Barbie. Sorj Chalandon a eu l’excellente idée de jouer un peu avec les espaces-temps et de placer son histoire en 1987. Le lecteur navigue entre les découvertes du passé trouble du père et l’avancée du procès. Le roman devient dense, lourd de témoignages, suffocant parfois, mais terriblement addictif.

Lire la suite

« Léonie » est le troisième livre de Marlène Charine. En trois romans, Marlène s’est fait sa place dans le paysage de la littérature de genre et s’impose parmi les voix féminines qui comptent. « Léonie » est un roman choral. Trois voix pour trois récits. Celle de Léonie d’abord, la voix phare, le cœur de l’intrigue. Enlevée par Raymond presque six ans plus tôt lors d’une soirée, elle vit ses dernières heures de séquestration au début du roman. Son kidnappeur s’écroule, victime d’une crise cardiaque. La liberté est à portée de main, il n’y a qu’à franchir la porte de cette maison qui l’a retenue captive si longtemps. Parallèlement, autre voix de femme, autre problématique, celle de Diane, vétérinaire. Six ans plus tôt, alors que son frère Loïc devait être dépêché sur l’affaire de la disparition de cette jeune femme, celui-ci a été victime d’un accident de parapente qui l’a laissé d’abord dans le coma, puis hémiplégique. Quel est le lien entre ces deux femmes ? Enfin, la voix de Jonas, nouveau flic en charge de l’affaire, se présente un peu comme un trait d’union entre Léonie et Diane. 

Lire la suite

« Dans les brumes de Capelans » suit la trilogie commencée avec code 93 grâce à son personnage récurrent Victor Coste. Pourtant, c’est bien une nouvelle ère qui s’ouvre ici. Autre lieu, autre ambiance, autre job, le Capitaine Coste est lui aussi un autre homme. Flingué. Psychologiquement cabossé. Émotionnellement verrouillé. Dans ces conditions, enclenchement du réflexe d’autoprotection. Mission ? Ne pas laisser le dehors s’immiscer dans le dedans, ne pas risquer la moindre empathie, choisir son « public », les ordures, les monstres à balader sur le Styx de la justice. « Moi, je suis juste une balance. Je pèse les âmes de ceux qu’on m’envoie. Je vérifie s’ils méritent d’entrer dans le programme. Des informations utilisables en échange d’une nouvelle vie. Nouvelle identité, nouvelle adresse. C’est le deal. » Loin, très loin de la métropole, loin du 93 et de son ancienne vie, Coste intègre une forteresse retranchée sur une falaise à Saint-Pierre-et-Miquelon «   à gauche du Groenland, à droite du Québec, juste en dessous de Terre-Neuve. » Un job facile, une légende crédible, une routine bien installée. Jusqu’à ce que Fleur Saint-Croix lui envoie Anna. Anna n’est pas une criminelle, Anna est une âme à protéger. C’est une rescapée, détenue pendant plusieurs années par un monstre qui a fait d’autres victimes. Anna est dangereuse parce qu’elle suscite des émotions et risque fort de réveiller ce qui était parfaitement enterré : un souffle de vie. 

Lire la suite

Blackwater « La crue » se déroule à Perdido en Alabama lors d’une terrible inondation qui ravage le village en 1919. Deux hommes en barque, Oscar, un notable du village issu de la famille Caskey et son employé Bray. Ils découvrent une jeune femme, survivante de ce terrible drame prénommée Elinor. Comment a-t-elle survécu, seule, dans cet hôtel ? Nul ne le sait, mais elle semble avoir une étrange connexion avec la rivière. « La crue » premier tome d’un roman-feuilleton est un tome introductif qui pose le lieu et les personnages. Cinq autres tomes doivent paraître à raison d’un tous les quinze jours comme c’était la volonté de l’auteur Michael McDowell. Le premier volume est paru aux États-Unis en 1983 et les éditions Monsieur Toussaint Louverture ont choisi de redonner vie à ces romans en les parant d’un magnifique écrin. Quelle sublime couverture dorée, tout en relief qui renvoie à l’aspect mystérieux du roman. 

Lire la suite

%d blogueurs aiment cette page :
Aller à la barre d’outils