« Moi, Anaïs Berg » commence par un prologue qui vous saisit à la gorge. Une femme reprend conscience, enterrée vivante dans son propre jardin, enveloppée dans une couverture trempée. Elle racle la terre de ses mains, remonte à la surface, récupère quelques affaires et part se réfugier dans l’hôtel le plus proche. Mais, avant de disparaître, elle a pris grand soin de recouvrir la tombe dans laquelle elle gisait. Comme si de rien n’était. Personne ne doit savoir qu’elle est encore en vie.
Puis, le roman alterne entre deux narrateurs dont les trajectoires vont, inévitablement, se croiser.
Anaïs Berg est professeure de littérature à l’université de Liverpool. Discrète, brillante, passionnée par les Beatles, elle adore son métier et ses étudiants le lui rendent bien. Elle vit avec Joe, copie conforme de l’homme parfait qui lui presse des oranges fraîches tous les matins. Et surtout, qui ne pose jamais trop de questions. La vie d’Anaïs Berg a été construite avec soin, pierre après pierre, mais sur des fondations qu’il convient de ne pas examiner de trop près. Cela fait quinze ans qu’elle vit le bonheur parfait. Quinze ans de trop ?
Car oui, dans « Moi, Anaïs Berg », la citation de Jacques Chirac « les emmerdes, ça vole toujours en escadrille » va s’appliquer. Des lettres anonymes commencent à arriver…
Lucas Maunin a quinze ans et vit à Chester. Il vient de découvrir qu’il a été adopté et qu’il est né sous X en mai 2010. Évidemment, il veut savoir pourquoi et cherche à retrouver sa mère biologique. Que s’est-il passé cette nuit-là ? Avec une ténacité digne d’un enquêteur, lors d’un passage à Paris pour les vacances, il tire progressivement les fils de son histoire personnelle.
Ces deux voix ne se ressemblent pas et, pourtant, Diane McEvoy a su apporter à chacune une saveur singulière qui rend la lecture agréable.
Lucas est extrêmement drôle. Normal, c’est un ado, avec un humour d’ado. Il a une manière bien à lui de commenter le monde avec un mélange de lucidité et de candeur qui fait sourire. Ses digressions sur les différences entre les Français et les Anglais, sur sa tante qui cuisine comme un pied, apportent ce petit quelque chose en plus pour contrebalancer la voix d’Anaïs.
Parce que dans « Moi, Anaïs Berg », Anaïs est très loin de rire. Elle est tendue comme un arc, surveille autant qu’elle se sent surveillée, contrôle chacune de ses réactions pour ne laisser paraître que ce qu’elle a décidé de montrer. Le contraste entre les deux narrateurs est assez réussi, puisque le lecteur passe d’une légèreté adolescente à une anxiété adulte qui maintient le rythme et la tension.
Derrière les ficelles du thriller, lettres anonymes, filatures, révélations progressives, « Moi, Anaïs Berg » pose quand même une question : peut-on reconstruire une vie entière sur un secret ? Et si oui, cette vie est-elle moins réelle, moins légitime, moins vraie que celle qu’on aurait eue sans lui ? Pour Anaïs, ce qu’elle a fait de son passé ne ressemble en rien à ce qu’elle est devenue. Lucas, lui, pose une question quasi symétrique : peut-on se construire sans savoir d’où l’on vient ? Ce qu’il cherche, c’est moins une famille de remplacement qu’un morceau de lui-même, une réponse à ce sentiment diffus que quelque chose lui appartient et qu’on ne le lui a pas donné.
Les deux dimensions du roman sont traitées avec justesse. Diane McEvoy a construit ses personnages avec une vraie tendresse qui se sent au fil du texte.
« Moi, Anaïs Berg » est un thriller grand public, accessible, rythmé et bien pensé. Il peut même être lu d’une seule traite. Il a reçu le Prix du Roman de l’Été décerné par City Éditions et Cosmopolitan. Ce n’est pas une distinction qui cherche à couronner une œuvre littéraire exigeante, mais une invitation à passer un bon moment de lecture, au soleil, dans un lieu de vacances.
Le lecteur est rapidement pris dans l’action, et Diane McEvoy construit ses révélations avec patience et précision. Les fils narratifs se nouent exactement là où ils doivent le faire, et la chute est à la hauteur des attentes. Il s’agit là d’un premier roman et, franchement, il vous fera passer un moment divertissant. Liverpool, ses pubs, ses rues victoriennes, l’univers des Beatles y contribuent grandement.
J’aime toujours autant découvrir de premiers romans. En matière de thrillers, j’aime être surprise, mais aussi trouver une thématique de fond. Cela est le cas ici.
« Moi, Anaïs Berg » remplit ces conditions : généreux, rythmé, habité. Pourquoi ne pas le découvrir ?
Roman reçu en service de presse – Chronique non rémunérée.
Editeur : City
Sortie : 20 mai 2026
272 pages, 18,90 euros
Existe au format audio pour Lizzie, lu par Thaïs Laurent, Loaï Rahman et Amélie Belohradsky – 5h36 d’écoute
D’autres avis sur le roman – Babelio –
Ces livres qu’on n’ose pas offrir pour la fête des Mères (et qu’on devrait).
Je l’ai acquis il y a peu.
pas pour moi 😉
Chronique bien sympa encore une fois. Merci à toi pour le partage 🙏 😘
Je pense que ta fidélité est bien plus importante que ce que je raconte 😂
Bonsoir
Vous êtes une boussole dans mes chois de lectures.
Bien, bien, bien, je viens de le commencer sur Nextory. Je teste quelques chapitres, si j’aime je continuerai. 😁
C’est la meilleure technique
C’est un premier roman 😉