Je suis toujours encline à découvrir de nouvelles plumes, et, devant l’engouement général, il était presque logique que je me penche sur « Ne reste que la nuit », le second roman de Rose Mallai. Nous sommes ici dans un thriller psychologique construit sous la forme d’un huis clos, et presque en temps réel.
Serge, inspecteur de police en proie à de nombreuses angoisses névrotiques, est appelé pour interroger Lila, une jeune femme placée en garde à vue. Âgée de 23 ans, elle se trouve en ces lieux pour un événement tragique qui s’est déroulé la veille, à son domicile. Le roman s’articule autour de cet interrogatoire qui s’avère une excavation douloureuse d’événements et de secrets liés à une existence difficile.
Une grande tension dramatique s’installe dès les premières pages. D’une part à cause de cette jeune femme frêle et fantomatique qui a l’air de sortir de moments éprouvants. D’autre part en la personne de Serge, dont les névroses transpirent. Implacablement, « Ne reste que la nuit » plonge dans les méandres de l’âme humaine. Ce que le lecteur croit y déceler n‘a rien d’une promenade agréable. Au contraire, des mots terribles vont être prononcés.
Lila raconte son enfance marquée par la disparition tragique de sa mère, ses relations houleuses avec son père violent et autoritaire, son lien fusionnel avec son frère Antoine. Antoine qui, attend dans la pièce voisine pour y être lui aussi interrogé.
La noirceur se déploie au rythme des confidences. L’atmosphère devient lourde et pesante. Le lecteur est ferré. Durant cet interrogatoire, la vérité arrive en pièces détachées. Le malaise du début s’amplifie considérablement, autant que les doutes de Serge. Cette fille cache quelque chose, elle semble lui livrer une version fomentée des faits.
Dans l’autre salle d’interrogatoire, Antoine s’engage dans un contre-récit. Sa version à lui est différente. Plus le temps passe, plus elle s’avère opposée. Il faut dire que ce petit frère est fragile, profondément marqué par son enfance. Il entretient avec sa sœur une dépendance affective totale. Leur relation est fusionnelle depuis qu’il est venu au monde. C’est un peu comme si, Lila était sa mère. Le témoignage d’Antoine laisse supposer qu’il « Ne reste que la nuit »… Le lien qu’il entretient avec sa sœur est peut-être plus trouble qu’il y paraît.
Dès lors, Serge perd les pédales et son sang froid. Face à deux vérités incompatibles, il ne sait plus qui croire. D’autant que son histoire personnelle est compliquée, et que certains traumatismes vécus ne sont pas réglés. Dans cette affaire, qui manipule qui et pourquoi ?
« Ne reste que la nuit » s’appuie sur une mécanique bien rodée, où la vérité est mouvante, subjective et souvent déformée. La plume de Rose Mallai est précise, efficace et bien rythmée, elle sait maintenir une tension permanente. En deux cent douze pages, il ne faut pas perdre de temps et son plan est bien huilé. On sent une volonté d’aller droit en but, tout en travaillant ses personnages, ses révélations et l’ambiance très noire primordiale à ce type de roman. L’air est saturé de mauvaises ondes, de silences pesants, de mots piégés et de douleurs tranchantes chez les trois protagonistes.
Mais… lorsque l’on est un gros lecteur de thrillers, polars ou romans noirs, comme cela a été mon cas, il est parfois difficile de nous surprendre. À un tiers du roman, je savais où l’autrice allait m’emmener et je connaissais la finalité de « Ne reste que la nuit ». J’ai déjà vu ce schéma narratif de nombreuses fois.
Ce n’est en aucun cas la faute de l’autrice, qui, je trouve, a mené son intrigue de main de maître. On sent qu’elle est aux commandes, et l’on perçoit ses intentions. Elle ne perd jamais son objectif de vue, n’en fait jamais trop et n’utilise pas une surenchère de violence pour crédibiliser son propos. Il m’a semblé que le chaos émotionnel qu’elle mettait en place était réussi et j’ai senti une vraie maitrise dans les différents tableaux qui laissent entrevoir les failles de ses personnages.
Je reconnais qu’il se dégage une vraie force de ce texte et je ne doute pas qu’il saura ravir de nombreux lecteurs. Connaissant les tenants et les aboutissants, j’ai pu me concentrer sur la manière dont elle s’y prenait pour construire son roman. Cela mérite des félicitations.
De plus, il faut bien dire que « Ne reste que la nuit » touche à l’enfance, et ce sujet, en particulier, provoque chez moi des secousses émotionnelles dont je peine à me défaire. Ce qui me rend toujours vigilante sur la manière dont elle est traitée. Rose Mallai s’attaque à des thématiques difficiles autour de la sphère familiale, telles que le deuil, la dépendance affective, l’agression sexuelle, mais elle le fait avec justesse. (ce qui est primordial pour moi.)
En finissant « Ne reste que la nuit », même si l’intrigue était prévisible pour moi, je dois admettre que Rose Mallai sait y faire et qu’elle est une autrice à suivre de près.
D’autres avis sur le roman – Babelio –
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Une belle chronique en toute sincérité comme je les aime !
Notre esprit s’affûte avec notre expérience de lecteur. Merci à toi pour le partage de la chronique 🙏 😘
On peut dire que j’ai beaucoup vu passer ce livre ces derniers temps. Je ne l’ai pas mis dans ma wishlist, mais je le garde dans un coin de ma tête.
Personnellement, je n’ai vraiment pas aimé. Cette histoire sale qui s’enfonce dans le plus sale encore et toujours est un appel au sensationnel. C’est trop, ça manque de subtilité. Comme vous j’avais compris la fin. Cependant, il y a un vrai talent d’auteur, de mise en place calculée du récit et de narration de l’introspection.
Je comprends votre point de vue.