Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

Cette année, je vous propose un classement thématique pour vos achats de Noël. Après « Les grands romans anglophones », « La famille terreau d’émotions », « L’amitié, chemins de vie », voici une nouvelle rubrique « Les romans engagés ». La littérature est un formidable moyen pour aborder des sujets de société sous le prisme du roman. Ne vous y trompez pas, vous refermerez souvent les ouvrages que je vous propose ici tracassés et préoccupés. Même s’il s’agit de thématiques de société, les auteurs se sont donné le mot pour déclencher un éventail d’émotions, de la plus douce à la plus furieuse, souvent en suscitant la révolte et l’embrasement des tripes. Voici donc ma sélection toute personnelle des « romans engagés ».

Manon morcelée, Manon fragmentée, Manon racontée par ses proches.
À travers ces multitudes de voix qui relatent les évènements de son existence, c’est bien Manon qui parle, qui retranscrit pensées, mots, actes de ceux qui l’ont fréquentée durant ces quelques mois de son adolescence. C’est encore la Manon du « futur » qui converse avec celle du passé pour mieux décrypter celle qu’elle est devenue et comment elle l’est devenue. Manon Fargetton, auteur de « Tout ce que dit Manon est vrai » décode l’adolescence, les relations avec les autres, les hommes qui attirent les jeunes filles dans leurs filets, mais dresse également le portrait d’une mère qui ne se détourne pas.
Un roman puissant, une construction audacieuse, une écriture authentique et de l’émotion… beaucoup d’émotions. 

« Entre fauves » questionne l’ (in)/humanité et notre société.
Qui de la proie ou du prédateur saura déjouer les pièges des forces en présence ?
« Entre fauves », titre bien choisi pour décrire l’atmosphère du roman. Les fauves ne sont pas simplement les félins, ils représentent surtout les chasseurs, ceux qui chassent le fauve, mais aussi ceux qui chassent les chasseurs de fauves. Qui est prédateur ? Qui est proie ? Peut-on être chasseur et être chassé ? La puissance du roman, dans sa construction, dans l’écriture de Colin Niel réside dans cette inversion, oh combien intelligente, précise et subtile, des forces en présence. Le final est magistral et terriblement déstabilisant de par ce qu’il implique pour la psychologie de l’un des personnages. La lente progression alternative dans les pensées des deux personnages principaux conduit le lecteur à s’interroger sur leurs vies, leurs buts, leurs failles et permet de mesurer à quel point les choses peuvent être différentes de ce qu’elles semblaient être au départ. Colin Niel nous happe, offrant au fil des pages la possibilité d’une île, d’un terrain d’entente, d’une amnistie, laissant présager une direction très claire de la fin du roman. L’auteur est semblable au joueur de flûte d’Hamelin : il vous charme et vous emporte vers un dénouement que vous n’aviez pas anticipé.
Faisons un point sur notre humanité : que reste-t-il de beau ? De respectable ? De défendable ? À quoi conduit la haine lorsque nous sommes poussés par un idéal ? Défendre la nature, prôner la nécessité d’une harmonie entre l’homme et la terre peut-elle se faire sans devenir un éco terroriste ? La lutte silencieuse est-elle suffisante ? Ce roman éclaire les consciences et compare les points de vue, intensifie les réflexions sur notre monde actuel. Un autre récit citoyen qui confronte aussi nature et culture, évolution et déclin de notre civilisation. Une nourriture spirituelle indispensable dans un monde où le « mieux » est l’ennemi du « juste ». Notre monde se résume bien à devoir demeurer « Entre fauves ».

Sombre et sublime.
Deux adjectifs pour définir ce remarquable premier roman qu’est « Entre toutes les mères » de Ashley Audrain.
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la maternité sans oser le demander, avec en trame de fond, une petite fille mi-ange, mi-démon.
De l’émotion à l’état brut pour ce roman noir qui aborde avec sincérité la femme qui devient mère, les relations mère-fille, les questionnements, les sentiments et les pressentiments.
Du grand art que je recommande vivement.

« Les Bordes » est le récit intime et intimiste d’une mère.
Tout en introspection, ce roman dévoile les émotions, les ambivalences, et les peurs liées à la maternité.
Aurélie Jeannin signe ici un roman puissant et profond qui ne peut que parler à nos cœurs de mères….

De l’audace dans la thématique, du sublime dans la construction, de l’émotion pure dans l’écriture.
« Nos corps étrangers » de Carine Joaquim est une lecture qui fait cogiter, une expérience de relecture inédite, mais surtout une valse aux émotions.
Un fond profond, une plume bouleversante…

« Quand c’est moi qui poste un truc, y a tellement personne qui réagit que ça me fait douter de ma propre existence. »
Ainsi s’exprime Garance, 15 ans, « internée sur internet » dans « Elle a menti pour les ailes », roman noir sociétal.
Grandeur et décadence d’une adolescente adoptée par une meute de loups affamés, adulée puis honnie par l’intermédiaire des réseaux sociaux.
Ce premier roman, brillant, éclairant, touchant écrit par Francesca Serra a obtenu le prix littéraire 2020 du journal Le Monde.
Une lecture en apnée, ponctuée de sueurs froides et de coups de chaud tant le sujet est d’actualité…  Ce roman regroupe à lui seul la somme des possibles de tout ce qui peut très mal tourner lorsque l’on autorise ses enfants à s’inscrire sur les réseaux sociaux. Un engrenage qui se transforme en tsunami. L’ignorance de ce qui se trame vraiment dans les chambres de nos adolescents…

Chronique d’un magnifique coup de cœur.
« – parce qu’il y a ceux qui méritent de crever et ceux qui le méritent, oui, mais un peu moins. La nuance est fine et fragile entre les très coupables, les coupables, les uns peu moins coupables et les pas trop coupables : la Justice, dans son immanence, saura faire le tri. »
« Ce qu’il nous faut de remords et d’espérance » remet la peine de mort au cœur des débats.
La force de frappe de Céline Lapertot réside dans le choix minutieux des mots qu’elle emploie, dans la rythmique de son phrasé, dans les anaphores qui martèlent son propos.
Ce récit est brillant, magistral et exceptionnel.

Je suis vraiment heureuse qu’un auteur ose encore écrire un tel livre dans une époque où s’exprimer sur des sujets polémiques devient tabou.
Il y a eu les deux romans de Grégoire Delacourt « Mon Père » et « L’enfant réparé », le film de François Ozon « Grâce à Dieu ». Il faudra désormais compter sur le roman de David Lelait-Helo. J’ai mis 6 heures à lire « Je suis la maman du bourreau ». Six heures pour 200 pages, tellement chaque mot est à sa place, tellement chaque phrase résonne par ses implications. La façon dont il développe son propos, les espoirs d’une mère, les blessures d’une victime, le silence de l’Église, l’absence de justice des hommes force l’admiration, tant ce texte est juste et ses répercussions vertigineuses. Il a parfaitement relayé les tenants et les aboutissants du sujet sur des points que je n’avais même pas envisagés, et a su développer pour la plupart des protagonistes, une empathie qui était loin d’être acquise. Ainsi, il nous est donné l’opportunité de comprendre, de ressentir, et surtout de compatir.
Si l’empathie a tendance à nous faire défaut, voici un roman qui la remet au centre de notre humanité. Même quand le sujet est terrible.
« Rien n’est pire qu’une promesse brisée. », mais qu’en est-il quand toutes vos certitudes s’écroulent ?

Nous sommes tous « Né sous une bonne étoile ». Simplement, parfois, nous avons du mal à la trouver.
Aurélie Valognes démontre avec beaucoup de sensibilité et de réalisme comment un système scolaire peut détruire un enfant, mais aussi le reconstruire. « Les mots ont un pouvoir. Ils consolent, blessent, réparent. En ce sens, l’école peut être une arme de destruction ou de construction massive. »
Gustave, je te serre fort contre mon cœur de maman et j’embrasse tous celles et ceux qui croient encore à leur métier d’enseignant.

« De mort lente » est un roman citoyen, une photographie de notre époque, un chant moral et éthique.
Michael Mention y livre une déclaration de guerre par la prise de conscience. « Le pire dans la vie, ce n’est pas le temps perdu, mais le temps gâché. »
Ne gâchez pas le vôtre, lisez-le !

Une plume singulière pour un roman fort et poignant.
Louise Mey enferme le lecteur dans la tête de « la deuxième femme » et l’entraîne dans un tourbillon d’émotions.
Sacrée performance littéraire !

Prendre le temps de respirer et de penser pour ne pas « Disparaître ». C’est ce que vous propose Mathieu Menegaux dans son dernier roman.
Une analyse juste, pertinente et édifiante du rouleau compresseur qu’est l’entreprise 2.0.
Un roman d’utilité publique.

Dans  » Enfermé.e« , Jacques Saussey témoigne de la difficulté d’être transsexuel.elle
Par de multiples aspects, il évoque la souffrance, la violence, la cruauté, l’incompréhension.
Son héroïne, Virginie, est bouleversante de force et de détermination.
Un livre choc qui réveille les consciences.

« Et le mal viendra » est un thriller engagé qui met en lumière nos contradictions.
Jérôme Camut et Nathalie Hug vous embarquent au cœur d’une prise de conscience et d’un projet un peu fou : changer le monde.
ENORME COUP DE CŒUR !!!

« Les derniers jours des fauves », récit aux intonations d’anticipation dont nous avons pourtant l’impression de connaître et les protagonistes et les situations. Des petits arrangements entre amis, aux coups de pied bien sentis pour changer les destins, Jérôme Leroy dépeint une société, la nôtre sans qu’elle le soit tout à fait, des hommes politiques, les nôtres sans qu’ils le soient tout à fait, des problématiques sociétales auxquelles nous faisons déjà face, sans qu’elles le soient déjà tout à fait.
Difficile de ne pas faire de rapprochements avec ce que nous vivons et pourtant, j’ai été détachée de ces réalités pour plonger pleinement dans cette fiction qui décrypte les arcanes du monde politique et de ses luttes intestines, pas tout à fait les nôtres, et complètement les nôtres à la fois.
C’est brillant, redoutable, parfaitement exécuté dans la narration et la construction. « Un fauve reste un fauve, surtout en politique. »
Magistral !

« La petite menteuse » est un roman judiciaire à l’ère du #MeToo au titre très explicite, qui interroge à la fois la psychologie de celle qui accuse et le statut de victime.
Lisa a menti, elle a fait condamner un homme. Comment vivre avec ce mensonge à l’heure du procès en appel et surtout, pourquoi a-t-elle menti ?
Un roman courageux, extrêmement troublant qui génère une ambiguïté des émotions et vient titiller nos cœurs de mères et de femmes.

Derrière les sourires se cachent parfois de terribles orages…
Pour raconter pourquoi Élisa part, Emma Deruschi nous offre un chœur de voix : celles de femmes qui, pour quelques minutes ou quelques heures ont traversé sa vie.
« La femme que nous sommes » rassemble ce petit bout de chacune que nous portons en nous.
Un texte d’une intensité folle, vibrant, tragique et sublime. Voilà un remarquable premier roman qui a toutes les qualités d’un grand roman. De vraies qualités narratives, un talent de construction, un auteur qui sait doser son intrigue, adapter son écriture au message qu’elle veut faire passer, une galerie de personnages très attachants qui servent admirablement bien le propos, une thématique de société actuelle et l’essentiel pour moi, un immense éventail d’émotions. Je ressors extrêmement émue par cette lecture, en gardant à l’esprit de constamment regarder l’autre, car l’invisible évidence  est toujours cachée quelque part…

La vie de Paul est une succession de dates clés : 13 janvier 1984, 23 mai 1984, 14 juillet 1984, 17 mai 2003. En ce 17 mai 2003, Paul épouse Ana, LA femme de sa vie, celle qui comble tous ses vides et toutes ses attentes. En ce jour béni, où joie et émotions prennent toute la place, une surprise tellement bien intentionnée lézarde les murs de cette bâtisse émotionnelle si patiemment construite. Les années 1983 et 1984 reviennent tapisser les émotions enfouies de Paul… et avec elles, le beau qui touche au sublime, mais aussi le tragique qui tutoie le funeste. L’insoutenable et le sublime. Deux mots qui définissent la plume de Sophie de Baere.

Il a eu les conséquences de la violence verbale dans « Trancher ».
Il y a le silence, les non-dits, les stratégies d’évitement dans « Pas ce soir », l’histoire d’une femme qui déserte le lit conjugal, vue par les yeux de Monsieur.
Il y a le désir de Monsieur, ses fantasmes qui deviennent des obsessions, une vie qui tourne désormais autour de l’absence de sexe.
Amélie Cordonnier décrypte ce moment phare où les enfants ont quitté le nid, où l’on se retrouve à deux, où les attentes de l’un ne sont pas forcément les attentes de l’autre.

« La vie rêvée des hommes » est l’histoire d’une rencontre : celle de Stanley et Paul, en 1944.
Il aura suffi de quelques jours, et de quelques nuits pour que ces deux hommes s’aiment durant des décennies.
À travers eux, François Roux explore des années de lutte pour la défense des droits homosexuels.
Un roman bouleversant, tendre et cruel, profondément bienveillant, humaniste et empathique.
L’amour n’a ni sexe, ni frontière, ni code, ni loi.

Mathieu Menegaux a l’art et la manière de frapper là où ça fait mal.
« Femmes en colère » se lit en apnée et se termine en PLS… surtout lorsqu’on est une femme et que l’on découvre la vérité de Mathilde qui n’a pas subi « le bon viol ».
Il fallait bien une chronique écrite par une hystérique féministe en ce jour de sortie, car « parfois, voyez-vous, le destin a besoin d’un coup de pouce. »
Un roman puissant qui déclenche un raz-de-marée d’émotions, révolte et rage en priorité.
Dans tous ses livres, Mathieu Menegaux porte la voix des femmes et « Femmes en colère » ne fait pas exception.

« Impact » est une onde de choc. Certainement le roman qui m’aura le plus fait cogiter cette année. Un texte de première nécessité, une nourriture spirituelle essentielle qui risque de vous heurter de plein fouet par la force du propos. Olivier Norek signe ici un brûlot sociopolitique à la fois effrayant et remarquable, car sous la plume romanesque, se cachent de douloureuses vérités sur l’avenir de notre planète. « Nous ne respectons aucune des promesses faites aux générations futures. » À lire de toute urgence !

L’AMITIÉ, CHEMINS DE VIES : Mes coups de coeur à offrir.

LA FAMILLE, TERREAU D’ÉMOTIONS : Mes coups de coeur à offrir.

LES GRANDS ROMANS ANGLOPHONES : mes coups de coeur à offrir.

11 réflexions sur “LES ROMANS ENGAGÉS : Mes coups de coeur à offrir.

  1. laplumedelulu dit :

    Merci pour la sélection Aude. Entre toi et Yvan, j’en perds la tête. 🙏😘

    1. Aude Bouquine dit :

      Si avec tout ça, personne n’offre de livres à Noël, je rends mon tablier !

      1. laplumedelulu dit :

        Je n’ai lu que « nos corps étrangers » offert par Ma Complice Anne Sophie. « Enfermé.e » à sa sortie. Impact est dans ma pal. Mon Père Noël est complètement bigleux. Vais lui offrir des lunettes, ça ira peut être mieux après 😅🥰

  2. Yvan dit :

    Voilà effectivement des lectures avec du fond et de la force. Que les messages passent !

    1. Aude Bouquine dit :

      Et surtout que ça continue !! L’humain deviendra peut-être un peu moins c..

      1. Yvan dit :

        ou pas…

  3. Céline dit :

    J’avais bien aimé « La deuxième femme » 🙂
    Beaucoup sur ta liste me tente.

    1. Aude Bouquine dit :

      Louise Mey sort un nouveau roman en janvier 😉

  4. PHILIPPE D dit :

    De cette sélection, je ne connais pas grand-chose !
    « Impact » qui a été plus qu’un coup de coeur pour moi; je dirais plutôt un coup de poing.
    « Né sous une bonne étoile » que j’ai bien aimé.
    J’ai lu du David Lelait, mais je ne connais pas ce titre.
    Les autres me sont inconnus et ma PAL est trop importante pour que je fasse de nouveaux achats.
    Merci pour ces idées.

  5. DESSAGNES dit :

    Très bons choix
    J’en ai lu quelques uns surtout Menegaux et « de mort lente » et quelques autres
    Bonnes lectures

    1. Aude Bouquine dit :

      Bonnes lectures à toi aussi ❤️

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