Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

À Hønefoss, petit village de Norvège, tout le monde se connaît. Malgré la neige qui étouffe chaque son, les âmes bruissent de secrets. Chaque changement à l’inaltérable mélodie du village est un évènement, alors un meurtre, pensez donc ! Cela va alimenter bien des conversations. Lars Lukassen est chargé de l’enquête. Il n’est pas très ému par ce crime, la victime est l’un des anciens tortionnaires de ses jeunes années. Il a bien assez à faire depuis son divorce, prendre plus de temps avec Annie, sa fille qui pleure à chaque fois qu’il la dépose à l’école. L’arrivée d’une nouvelle enseignante, Johanna contribue à cette nouvelle fébrilité qui agite les esprits. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Pourquoi prend-elle immédiatement Annie sous son aile et la défend à tout prix ? Lorsqu’un terrible accident survient lors d’une sortie scolaire, les esprits s’échauffent. De plus, à l’école, certains élèves mentionnent la présence d’une silhouette qui chuchotent des histoires terrifiantes aux oreilles des enfants… Personne ne la voit, mais tout le monde parle d’elle… Peu à peu, l’atmosphère du village change. Le récit se teinte alors de mystères, oscillant entre féerie et sorcelleries, faisant ressurgir peurs et angoisses. 

« La vertu du mensonge » est avant tout un roman d’atmosphère. À l’instar de la neige écrasante qui empêche toute précipitation, l’action prend son temps. Comme si, elle se calquait sur un pouls similaire à celui des habitants qui ne vivent pas dans cette effervescence propre aux grandes villes. En sus, une ambiance de contes traditionnels flotte dans l’air… de contes cruels aussi, ceux que l’on raconte aux enfants pas sages pour leur faire peur. L’influence des contes d’Andersen est clairement assumée par des citations avant chaque grande partie. Ainsi, « Quand nous serons à la fin de cette histoire, nous en saurons plus que maintenant » est tiré de « La Reine des neiges ». Selon le conte original, des morceaux d’un miroir ensorcelé se nichent dans le cœur d’un garçon le rendant hermétique à toute forme d’émotions. C’est un peu le ressenti du lecteur vis-à-vis de Johanna dès son apparition dans le roman. La seconde partie me fait clairement penser à « La petite fille aux allumettes » (chaque enfant devrait vivre avec quelqu’un qui prend soin de lui, même si ce quelqu’un n’est pas son « vrai » parent). Cela correspond assez bien à la relation qui se développe entre Johanne et Annie, une relation instinctive, presque viscérale. Le lecteur est plongé au cœur d’une région, s’immisce dans les familles, écoute les conversations derrière les portes, pourrait presque prendre part aux discussions. De belles descriptions poétiques de la nature offrent une vision si cinématographique que le lecteur a l’impression de faire partie corps et âme de ce village, de le voir, de le sentir respirer. C’est la grande force de ce roman.

« La vertu du mensonge » déroule bien une histoire policière en trame de fond, mais celle-ci n’est qu’un prétexte : la profondeur est apportée par ce qui lie les hommes, comment ils interagissent entre eux. Ce qui nous intéresse c’est de savoir réellement ce qui se passe dans leurs esprits. Le focus est mis sur trois personnages : Lars, Johanna et Annie. Johanna est la clé de voûte du roman. Le lecteur sent que son histoire personnelle passée est très présente dans son existence, qu’elle y joue un rôle capital sur ses réactions, ses angoisses, ses fuites… Elle est auréolée de mystères comme ceux que l’on trouve dans les contes. C’est un personnage d’une réelle complexité psychologique qui dispose d’une insondable intériorité, palpable jusque dans ses silences. Il est question ici des drames de l’enfance et de la possibilité de se libérer ou non de son passé. 

Habituellement, je suis assez mal à l’aise avec les polars nordiques. Je m’ennuie rapidement, j’ai du mal à me souvenir des noms des protagonistes, je ne parviens pas à m’y immerger totalement. Cela n’a pas été le cas ici. Cette atmosphère peuplée de contes, dont je suis friande, a contribué à me laisser plonger dans cet univers de rêveries, de fantasmagorie avec une grande facilité. Après tout, nous sommes dans une période de l’année où nous pouvons nous autoriser à prendre le temps. Ce premier roman de l’auteur fort réussi laisse présager de très bons moments de lecture à venir. 

Une réflexion sur “LA VERTU DU MENSONGE, Ellen G.Simensen – Gallmeister, sortie le 6 janvier 2022.

  1. Yvan dit :

    Je ne suis pas très friand des contes, à la différence de toi. Mais pourquoi pas !

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