Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

Au-delà du désert de Kristin Hannah

« Au-delà du désert », le nouveau roman de Kristin Hannah fait écho au précédent « Le chant des oubliés ». Le premier parle de la guerre en Irak, le second de celle du Vietnam. L’entrée en matière est un peu différente, car ici, quand certains mots sont prononcés, ils ne peuvent pas être repris. « Je ne t’aime plus ». 

De l’extérieur, Jolene et Michael Zarkades forment un couple que l’on envie. Mariés depuis douze ans, ils ont deux filles et une jolie maison face au détroit de Puget. Vu de l’intérieur, c’est une autre histoire. Après l’anniversaire de Jolene, et alors qu’elle espérait raviver leur couple, Michael lui annonce froidement qu’il ne l’aime plus. 

Michael est avocat, très pris par son métier. Jolene est pilote d’hélicoptère dans la Garde nationale, elle travaille donc pour l’armée, un milieu que son mari exècre. Hasard ou coïncidence, c’est au moment de cette crise conjugale que Jolene est appelée à partir en Irak. 

« Au-delà du désert » raconte ce double séisme… celui du couple et celui du départ sur le front. Il décortique la façon dont ces fractures s’entrechoquent, se nourrissent l’une de l’autre et tentent de se colmater. 

Jolene Zarkades est orpheline à l’âge de dix-sept ans de deux parents alcooliques et destructeurs. Elle s’est construite seule, à l’opposé de l’exemple qu’on lui avait donné. L’armée lui avait alors offert ce que sa famille lui avait refusé : une structure, une parole qui engage, un sens. Pilote accomplie, mère investie jusqu’à l’oubli de soi, elle porte sur ses épaules la charge mentale de sa famille et de son métier. Méticuleuse et organisée, chez elle, rien n’est laissé au hasard. Son besoin de tout contrôler, son incapacité à lâcher prise, son éternel optimisme et sa loyauté absolue ont eu raison de la patience de son mari.

Comme souvent dans ces cas-là, tout ce qu’il aimait chez elle finit par lui devenir insupportable. En amour comme dans le reste, c’est tout ou rien. Alors, quand ces terribles paroles sont prononcées, et que la mission est annoncée, rien ne l’empêche de se rendre « Au-delà du désert ». Il lui reste ses filles à protéger. Son mari, lui, devra faire avec.

Entre l’annonce et le départ, ils ont trois semaines pour tenter de réparer le mal qui a été fait. Mais, Kristin Hannah orchestre alors une série de désaccords qui ne sont pas uniquement des disputes de couple, mais des fractures de vision du monde. Michael considère l’engagement de Jolene dans la Garde nationale comme une fantaisie. Il ne voit pas en elle une « vraie soldate ». Il exige qu’elle refuse cette mission.

Sauf que cette discordance dépasse largement le cadre du simple désaccord politique sur la guerre en Irak. Elle révèle surtout que Michael n’a jamais vraiment compris l’engagement de sa femme ni le sens qu’elle accorde au mot « honneur », et encore moins ce qui l’habite. En retour, Jolene découvre que celui qui était son port d’attache ne comprend rien à ce qui la définit profondément. Le couple se déchire sur l’incompréhension de ce que chacun a considéré comme sacré, plus que sur l’amour qui s’éteint.

Alors que Jolene s’envole « Au-delà du désert », Kristin Hannah fait de Michael un mari odieux. Dans le premier quart du roman, je l’ai détesté aussi fort qu’il est possible de détester quelqu’un, car il représente très bien ce que je pourrais reprocher à beaucoup de pères de famille : il ne sait strictement rien de ce qui se passe sous son toit. Il ne connaît pas réellement ses filles ni leurs rituels. Il ne s’occupe de rien, il ne gère rien. Il est tellement largué qu’il en est pathétique.

Et puis…. Il admet être furieux. Furieux d’être laissé seul avec ses filles. Furieux de devoir improviser un rôle qu’il n’a jamais exercé pleinement. Michael n’a finalement jamais imaginé qu’il pourrait, un jour, être celui qui reste. Ainsi, on peut être un père aimant et être aussi un père défaillant quand on n’a jamais été confronté à l’ampleur réelle de la gestion du foyer. 

Heureusement, il y a Mila, la mère de Michael, dont la présence est douce et les paroles apaisantes. Elle sait ce que c’est d’attendre et de perdre. Face à Michael, elle ne mâche pas ses mots, et ne prend jamais strictement son parti. Elle aime son fils sans jamais excuser ce qu’il fait de mal.

Mais, « Au-delà du désert » est aussi un roman sur la fraternité d’armes au féminin. Tami, la voisine de Jolene est sa meilleure amie, mais aussi, pilote de guerre, comme elle. Elles se comprennent sans avoir besoin de tout dire. Et lorsqu’elles sont appelées, toutes les deux en mission, c’est tout naturellement qu’elles parlent de leurs ressentis respectifs à l’annonce de leur départ. Elles partagent un engagement dans cette sororité spécifique, elles se voient comme des soldates avant d’être des mères.

Malgré des personnages attachants, il faut être honnête : « Au-delà du désert » est un roman qui se lit avec plaisir, mais ne surprend jamais réellement. Chaque étape du récit est prévisible dès qu’on en a lu les prémisses. On sait qu’il y aura forcément un syndrome de stress post-traumatique, un retour à la vie civile difficile, que le couple traversera une crise sévère, que celles qui partent ne sont jamais identiques à celles qui reviennent.

Rien, dans la trajectoire de Jolene, ne sort du sentier balisé par des dizaines d’autres romans sur le retour de guerre. Peut-être que la seule différence est que Kristin Hannah possède une écriture qui emporte, crée des personnages attachants (ou énervants), et que la mécanique émotionnelle fonctionne. Mais, en refermant « Au-delà du désert », j’ai eu la sensation d’avoir déjà lu cette histoire ailleurs. En effet, le roman coche toutes les cases du genre. Ne vous attendez pas à un texte qui surprend vraiment, vous seriez déçu. 

Je suis à jour dans les romans traduits de l’autrice en français, qui ont pour thème central la guerre. « Au-delà du désert », fonctionne pour la qualité de ses portraits plus que par l’originalité de son intrigue. L’autrice américaine sait construire des personnages qui sonnent vrai et c’est suffisant pour ne pas abandonner la lecture. Mais si vous cherchez un roman qui vous surprendra sur le sujet de la guerre ou du retour de guerre, ce n’est probablement pas celui-là.

Achat personnel – Chronique non rémunérée

Traduction : Matthieu Farcot

Titre original : Home Front

Editeur : Charleston

Sortie : 4 juin 2026

580 pages, 22,90 euros

Existe au format audio pour Lizzie, lu par Hélène Pierre, 15h15 d’écoute

Découvrez : Le Chant du rossignol, Kristin Hannah.

D’autres avis sur le roman – Babelio –

3 réflexions sur “Au-delà du désert, Kristin Hannah.

  1. laplumedelulu dit :

    Merci pour le partage, j’en ai d’autres à découvrir de l’autrice. 🙏😘 Donc il attendra le format poche

  2. Aude Bouquine dit :

    Voilà. Les autres sont meilleurs

  3. Merci pour cet avis sincère. Je pense la découvrir avec un autre de ses romans, même si , après, le thème du retour de guerre n’est pas ce qui me botte le plus en fiction.

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