Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Valérie Gans est une auteure que j’affectionne particulièrement. Si vous ne la connaissez pas, je vous recommande chaudement sa trilogie : « Le bruit des silences », « Des fleurs et des épines» et « Le chant des lendemains ». Le dernier roman que j’ai lu d’elle s’appelait « Emprise » et m’a littéralement fait froid dans le dos. Ses thèmes de prédilection sont : le couple, la famille, l’éducation des enfants, la place de l’homme et de la femme dans la société actuelle. Une large partie de ses écrits est consacrée à tous les aspects psychologiques des thématiques citées. « Père au foyer » continue sur cette lancée puisque Valérie Gans a choisi d’inverser les schémas courants et traditionnels selon lesquels Madame reste à la maison à s’occuper des enfants et Monsieur part travailler. Ici, Axelle adore sa vie de femme active, ses projets, ses déplacements, son job et Louis affectionne le temps passé à s’occuper de ses 3 enfants et de la maison. 

Au début de leur couple, ils ont passé « cet accord », chacun était consentant et le vivait avec sérénité. Sauf que… un matin, Axelle demande le divorce par avocat interposé et pour Louis c’est le choc : « Apprendre son divorce par recommandé, c’est un peu fort de café. » Cette nouvelle fait ressortir de petites blessures longtemps tues, mais fait aussi naître la prise de conscience du rôle de chacun aux yeux de la société. Axelle est une femme, elle se persuade que le combat est gagné d’avance. «L’attaque est d’autant plus facile pour une femme qu’elle a l’opinion de son côté, les juges de son côté.» Louis, bien que sous le choc, «Comment est-il possible qu’en quarante-huit heures, la femme qu’il a le plus aimée au monde soit devenue l’ennemi?», se réfugie chez son frère Xavier qui a construit un schéma familial « classique » : il travaille et sa femme Stéphanie s’occupe du foyer. Ensemble, ils vont confronter leurs points de vue. Louis va se rapprocher de Stéphanie qui va lui « enseigner » à réclamer ce qu’une femme aurait exigé à sa place.

J’ai d’abord envie de vous parler de cette fichue vie quotidienne qui éteint souvent même les feux les plus ardents. Entre boulot, enfants, rendez-vous divers, obligations, difficile de garder du temps pour s’occuper de l’autre et lui faire sentir qu’il reste toujours le point d’ancrage de sa vie. Triste constat que ce « Plutôt qu’ensemble, ils vivent côte à côte. », mais affligeante réalité qui grappille peu à peu du terrain, cancer silencieux des couples qui se pensaient indestructibles. Valérie Gans décortique les émotions profondes de chacun et pointe du doigt le fossé qui s’est creusé dans leurs esprits. Pour Axelle : «Mais elle lui en veut à présent. De ne pas avoir de vrai métier. D’être toujours fourré à la maison avec les enfants. De n’avoir aucun sujet de conversations hormis le quotidien et l’éducation. De vivre à ses crochets. De ne pas être un homme, en somme, dans le rôle que l’on attend de lui. Chasseur cueilleur. Décisionnaire. Entrepreneur. Rassurant.»  Pour Louis : «Il a beau réfléchir, il ne se souvient pas quand Axelle lui a demandé comment il allait, lui. C’était toujours les enfants, à commencer par les deux aînés.» Autant vous dire que cela risque fort de vous faire réfléchir sur votre propre couple, même si vous n’êtes pas dans la problématique du schéma inversé. 

Louis est donc l’homme à la maison, celui qui a sacrifié sa carrière pour laisser celle de sa femme s’épanouir, à qui l’on reproche maintenant une forme d’invisibilité. Axelle devient l’homme qui fait bouillir la marmite et réclame son droit de sortir de cette spirale familiale qui ne la fait plus rêver. Sauf que… la société et la morale sont bien présentes. Une mère n’abandonne pas ses enfants, un père ne peut pas avoir leur garde. Comment faire ? Prendre des cours de « se mettre dans le corps de l’autre pour les nuls. » et tenter de faire valoir cette fameuse égalité des sexes que nous, femmes, réclamons tellement ?

Si le roman remet bien en question les décisions prises, la place de chacun, son rôle, ses ambitions, il aborde aussi ce qui se passe en cas de séparation quand un couple n’a pas adopté les règles « traditonnelles » de vie. Un homme au foyer devra-t-il se battre plus qu’une femme au foyer pour conserver la garder de ses enfants ? L’égalité homme-femme est-elle respectée quand les schémas traditionnels sont inversés ? Louis va devoir apprendre à être une femme « comme les autres » comprenez la majorité silencieuse de celles qui ont renoncé à leurs carrières pour s’occuper de leur progéniture. Sur les bons conseils de Stéphanie, sa belle-sœur, il prend conscience des enjeux « En réalité, Louis, il est un peu comme moi, non ? C’est la femme au foyer. Et la femme au foyer, qu’est-ce qu’elle fait quand son mari veut divorcer ? Elle demande une pension, la garde des enfants. Et elle s’attribue la maison… »

« Père au foyer » est un roman tout à fait fascinant dans lequel l’empathie ne va pas forcément là où on l’attendrait. Valérie Gans est parvenue à renverser les tendances de la compassion puisque j’ai cordialement détesté le personnage d’Axelle alors qu’en tant que femme, j’aurais dû être encline à me positionner de son côté. Sans doute une façon habile de nous faire comprendre que ce n’est pas le sexe du personnage qui provoque l’empathie, mais son rôle. «Peu importe qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, celui qui gagne le plus doit maintenir le train de vie de l’autre. Et la maison, les enfants reviennent à celui qui s’en est toujours occupé, moi ça ne me choque pas.» Ce roman interroge le couple, la famille et le droit de ne pas fonctionner comment tout le monde… à condition de respecter les règles du jeu jusqu’au bout. «(…) de même que certains hommes ont tout à fait le droit d’être pères au foyer, certaines femmes l’ont également de ne pas s’intéresser aux enfants. Sans qu’on les juge pour autant. Rien n’est inscrit dans le marbre, à l’heure qu’il est.»

Valérie Gans apporte un éclairage tout à fait intéressant sur une situation familiale inhabituelle où chacun avait pourtant choisi son rôle jusqu’à ce que… Un roman qui devrait faire parler !

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