Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

« Les grands embrasements naissent de petites étincelles » Cardinal de Richelieu. Il y a 3 ans, Charlie disparaissait dans un terrible accident de voiture en Colombie : une chute de plus de 20 mètres de haut. Charlie était chercheur et pianiste. Depuis sa disparition, Phoenix, sa fille a renoncé à ses études de musique, incapable de poursuivre cette passion commune sans lui. Son seul contact avec le piano réside encore dans les cours qu’elle donne au Gais-Lurons, une maison de retraite dans laquelle vit sa grand-mère, Sandra. Trois ans que le prénom de Charlie n’est plus évoqué, 3 ans qu’on tente d’oublier celui qui semblait avoir une vie ailleurs et une maîtresse répondant au prénom de Séréna. Le jour de l’anniversaire de sa mort, Sandra supplie sa petite fille de penser à lui et de lui rendre un dernier hommage. Phoenix récupère alors les affaires de son père stockées à la cave, un carton estampillé « à oublier ». Le contenu de ce carton va radicalement changer sa vie.

Se plonger dans un roman de Julien Sandrel provoque toujours un plaisir intense parce que j’ai chaque fois un peu l’impression de rentrer chez moi. Vous voyez ce que je veux dire, ce lieu privilégié où parmi tous les endroits de la terre, vous vous sentez protégé, et à l’abri ? J’aime la façon dont il humanise ses personnages, en leur donnant une âme pétrie de doutes et de certitudes, dont il les investit toujours d’une mission, la façon dont ils grandissent au fil de leurs découvertes. Ils sont tendres, terriblement attachants, et les témoins d’une absence de linéarité de la vie. Derrière les convictions se cachent toujours des secrets bien gardés, le vernis lisse de chacun finit par se craqueler lentement, et les émotions bien planquées tout au fond de l’âme, par exploser.

Le prénom de l’héroïne Phoenix n’est pas anodin : elle est celle qui renaît de ses cendres. En voyageant sur les traces de son père, c’est non seulement l’histoire de ce dernier qu’elle va mettre à nu, mais c’est surtout elle-même qu’elle va trouver. Sa route est celle de la résilience, mais aussi celle des choix. Comme son père avant elle, il lui faudra décider de faire partie d’un système ou non, de cautionner ou pas, d’être ce qu’on appelle plus communément un lanceur d’alerte. Certes, ce roman met en avant la valeur des liens familiaux, l’amour filial, l’amour qui rend téméraire, capable d’entreprendre et de se dépasser, mais pas seulement. Ce roman est aussi militant. L’idée est venue à l’auteur lors de la lecture d’un article de presse où des ouvriers de l’autre bout du monde avaient glissé des messages de détresse dans les vêtements qu’ils fabriquaient.

Julien Sandrel a choisi de développer ici une thématique qui ne peut laisser indifférente : le mieux est-il l’ennemi du bien ? Vaste sujet… Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour nourrir la planète ? « Pour s’insensibiliser à la détresse humaine, il faut la déshumaniser. », et lorsque cette détresse se situe à l’autre bout du monde, qu’on n’en a nullement conscience ou alors qu’on ne l’entrevoit qu’à travers un poste de télévision, qu’elle engendre quelques insignifiants dommages collatéraux, on peut allègrement se targuer de ne pas être responsable mais d’œuvrer pour le bien de la communauté. La bonne conscience est parfois un bel écran de fumée.

Chacun peut se retrouver dans ce roman comme faisant partie d’une forme de lâcheté ordinaire. « Un écureuil entrain de mourir dans votre jardin peut être plus pertinent pour vos intérêts à cet instant précis que des gens en mourir en Afrique. » Marc Zuckerberg. Favoriser les intérêts économiques avant les intérêts humains reste une énorme problématique de notre société. Sous couvert de bienfaits nécessaires, l’entreprise a tendance à justifier les dommages collatéraux comme inévitables lors de phases de grands changements.

Avec ce troisième roman, Julien Sandrel poursuit son envie de développer des thématiques fortes telles que la famille, l’amour filial, la quête existentielle, mais il prend un chemin plus citoyen en abordant des problématiques de notre temps. Cela rend son roman vivant, bien ancré dans une époque. Un troisième opus très réussi, prenant, aux personnages éminemment attachants transcendés par une réelle volonté d’agir, un courage de passer à l’acte en devenant des habitants du monde.

6 réflexions sur “LES ÉTINCELLES, Julien Sandrel – Calmann-Lévy, sortie le 26 février 2020.

  1. Yvan dit :

    J’ai ressenti les mêmes sensations et mêmes émotions que toi à cette lecture ! Beau livre, qui fait du bien, divertit et fait réfléchir.

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    1. Aude Bouquine dit :

      Faut savoir se faire du bien parfois 😉
      Ah oui ! Et se fiche la paix aussi !( ça n’empêche pas de réfléchir 🤔 ;-))

      J'aime

  2. Je viens juste de le commencer 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Aude Bouquine dit :

      Très bonne lecture dans ce cas 😉

      Aimé par 1 personne

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