Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

Romane 39 ans, médecin et assez hypocondriaque sur les bords, vit une existence sans surprises, et sans excitation. Elle a quitté le domicile familial, celui de son père quelques mois auparavant, à un âge avancé où normalement ses paires ont quitté le nid depuis longtemps. Une dame qu’elle connaît bien lui demande ce qu’elle faisait à Marseille quelques jours plus tôt, et pourquoi elle sortait alors d’un cabinet de pneumologie. Un sosie en somme. Ébaubie par cette révélation et mue par une curiosité inexpliquée, à quelques heures de ses vacances et malgré une phobie manifeste pour les transports, Romane décide de se rendre dans la capitale phocéenne. Son voyage devient une étonnante plongée dans son histoire personnelle qu’elle pensait figée depuis son enfance. Ce voyage est aussi une rencontre.

D’aucuns penseront que c’est encore une histoire pleine de bons sentiments, à la sauce cul-cul la praline, dégoulinante de bonnes intentions et d’émotions mièvres. Que le style est somme toute simple, pour ne pas dire simpliste. Que la littérature c’est autre chose, plus proche de Balzac ou de Zola, qu’il manque du style et de la profondeur. Que l’intrigue est grossière pour ne pas pas dire caricaturale. Bref que ce roman ne casse pas trois pattes à un canard et que vraiment le lectorat à majorité féminine mérite mieux.

Je ne parlerai pas des autres, je souhaite vous parler de mon ressenti lecture à moi.   Après une lecture précédente douloureuse parce qu’elle renvoyait à une tranche de ma vie personnelle, j’ai décidé d’aller vers quelque chose de plus léger (n’entendez pas banal), un roman dans lequel je ne m’identifierai à aucun des personnages, que je pourrai lire avec plus de détachement, mais avec plaisir.

Julien Sandrel possède une écriture fluide mais surtout bienveillante. Il fait preuve d’une grande mansuétude envers ses personnages. Ses voix féminines sonnent joliment juste et la sensibilité qui se cache derrière le texte est contagieuse.

Il a choisi de traiter ici le thème de la gémellité en réunissant deux sœurs qui s’ignorent et que tout oppose.

Ainsi Romane incarne un certain comique de situation, faisant sourire et parfois même rire tant sa vie est gouvernée par des travers qui la dépassent totalement et ont complètement pris possession de sa personne. Romane est en vie mais ne vit pas. Elle semble coincée dans une réalité noyée par des blocages insensés dont elle ne comprend ni le sens ni l’origine.

Juliette mord la vie à pleines dents. Libraire passionnée, elle est aussi mère d’une petite fille. Elle transmet sa joie de vivre, son ultra positivisme à son entourage qui se délecte de ce rayonnement constant. Cette exhalation communicative en fait un personnage haut en couleur qui contraste avec celui de sa sœur.

Le roman va prendre deux trajectoires majeures.

D’abord, les deux femmes vont aller à la quête de leurs origines. Pourquoi ont-elles été séparées ? Comment l’une a-t-elle pu ignorer l’existence de l’autre pendant presque 40 ans ? Qui a menti et pourquoi ? La quête de la vérité va révéler de sacrées surprises. Une belle occasion pour Julien Sandrel d’explorer le thème du traumatisme familial, d’une certaine « secrétomanie » concernant les racines, de l’importance des choix de chaque individu dans son chemin de vie, mais aussi de l’abandon.

Enfin, la rencontre de Romane et Juliette va être la rencontre de deux univers diamétralement opposés qui vont se connecter. Et si, cette rencontre permettait une sorte de fusion ? La possibilité de prendre le meilleur de l’une et de le transmettre à l’autre ? La possibilité de grandir ? L’éventualité de voir les choses différemment de celle étriquée devenue une habitude, et la perspective de faire la lumière sur toutes ces obsessions devenues handicapantes ? L’occasion ici pour Julien Sandrel d’évoquer la vie, la mort, la maladie, la problématique du don d’organes.

En alternant des passages légers et d’autres, plus graves, Julien Sandrel parvient à un bel équilibre romanesque, empreint de sensibilité dans sensiblerie, et ouvre une brèche qui laisse la part belle à l’Emotion. Je revendique ce roman d’utilité publique qui permet au lecteur de sortir, pour quelques heures du marasme d’une vie quotidienne souvent pesante et dénuée de toute magie. Une parenthèse bienvenue, quelques heures hors du temps…

Une réflexion sur “LA VIE QUI M’ATTENDAIT, Julien Sandrel – Calmann Lévy, sortie le 6 mars 2019

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