Aude Bouquine

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La fille au pair de Sidonie Bonnec, lu par Lison Pennec Des livres audio pour l'été

Avec « La fille au pair », Sidonie Bonnec revient sur un épisode inspiré de sa jeunesse. Adolescente, elle a passé une année en Angleterre comme fille au pair. 

Dans ce premier roman très personnel, la célèbre journaliste dresse le portrait d’une adolescente qui fuit son environnement familial pour vivre une expérience d’immersion à l’étranger afin d’apprendre l’anglais. Son but est d’être suffisamment à l’aise dans cette langue pour réussir son concours d’entrée en école de journalisme. 

Si l’on pouvait imaginer un récit initiatique, « La fille au pair » est construit comme un thriller à l’ambiance sombre. 

Emmylou, 18 ans, quitte sa famille pour vivre une première expérience d’indépendance à l’étranger. C’est dans la banlieue londonienne à Hidden Grove, chez les Wilson, qu’elle pose ses valises. Cette famille plutôt aisée a deux enfants dont elle va devoir s’occuper. 

Pourtant, assez rapidement, ses tâches quotidiennes se cantonnent au ménage et au rangement, car les enfants sont très peu à la maison. Peu à peu, l’atmosphère change, car, derrière la façade de cette maison bien ordonnée, quelque chose cloche. 

La famille d’apparence si chaleureuse les premiers jours se comporte de plus en plus étrangement… Des informations capitales sur la santé des enfants lui sont cachées, la mère de famille change fréquemment d’attitude à son égard, soufflant le chaud et le froid. Emmylou, « La fille au pair » n’est pas tranquille…

La jeune fille a quitté sa famille « imparfaite » et se retrouve dans un cadre lisse où rien ne dépasse. 

Sidonie Bonnec s’est employée à déconstruire lentement l’image de la famille parfaite fantasmée : ce que l’on voit de l’extérieur n’est pas forcément le reflet de la réalité à l’intérieur. 

Elle parvient à créer une ambiance de plus en plus anxiogène en plaçant Emmylou dans cette prison dorée dont elle ne peut s’échapper. En effet, il lui est impossible de quitter les lieux, de récupérer les enfants à l’école ou tout simplement d’aller à Londres. Le quartier semble verrouillé. 

Ainsi, « La fille au pair » se transforme en huis clos psychologique, dans cet espace restreint et cloisonné où l’inquiétude finit par monter. 

Emmylou est donc confrontée à une grande solitude. Seule, dans un pays dont elle ne maîtrise pas la langue, sans contact avec l’extérieur, loin de ses repères, elle devient vulnérable. Sa confiance en elle diminue comme peau de chagrin puisqu’elle ne reçoit que peu de signes de reconnaissance pour son travail. 

Elle vit dans cette maison sans y avoir été réellement accueillie. Assignée à des tâches subalternes, elle n’est ni membre de la famille ni employée comme son contrat le prévoyait : elle flotte entre deux statuts. 

C’est dans cette atmosphère un peu poisseuse que l’intrigue s’installe et que le récit va prendre un tournant inattendu. Les impressions floues deviennent des faits, l’étrangeté de la maison, ses sons et ses odeurs, notamment, prennent corps. L’expérience idyllique se transforme en cauchemar. La direction prise par l’écrivaine est plutôt originale : personnellement, je n’ai rien vu venir. 

Si « La fille au pair » trouve ses racines dans une expérience vécue, Sidonie Bonnec évite l’écueil du récit autobiographique pour laisser une place plus large à cet état compliqué de l’adolescence. Elle retranscrit les dissonances émotionnelles de cette période de la vie avec beaucoup de justesse. 

En plaçant Emmylou « en danger », cela lui permet d’aborder d’autres thématiques, telles que les failles du lien familial, les masques en société, les dangers auxquels sont confrontées les jeunes filles dans notre société, et du silence qui entoure des événements traumatiques. 

Dans un âge déjà compliqué, il est très difficile de gérer ces moments où l’on se sent intégré et en danger, aimé et utilisé, respecté et méprisé. Cet éveil à une réalité sombre et l’anéantissement des illusions sont, en creux, les grandes thématiques de « La fille au pair».

J’ai pris le parti d’écouter ce roman en version audio, lu par Lison Pennec pour Audiolib, et je dois dire que le choix de cette comédienne est tout à fait judicieux. 

Elle a une voix de jeune femme sans être juvénile, car il fallait absolument incarner une adolescente de 18 ans, innocente, parfois un peu naïve, et sans expérience de la vie (et des dangers encourus). 

Étant donné que « La fille au pair» repose beaucoup sur l’ambiance, des impressions, des tensions, il fallait savoir les incarner sans les surjouer. (faute de quoi l’auditeur n’y croit pas) 

Il m’a semblé que Lison Pennec était vraiment focalisée sur la suggestion, plus que sur la performance. Elle a très bien saisi l’importance d’exprimer les silences, les doutes, et les malaises en travaillant sur le ressenti. Son interprétation est très fine et montre, à terme, l’évolution en maturité d’Emmylou. 

Petit plus : les phrases en anglais sont exprimées par quelqu’un qui apprend la langue et il était important que l’anglais ne soit pas impeccable. 

« La fille au pair » est un roman qui interpelle par sa spontanéité et sa subtilité psychologique. Sidonie Bonnec y décortique les zones grises d’une expérience, tout en ménageant un vrai suspense. 

Forte d’une héroïne aussi touchante que crédible, une atmosphère anxiogène à souhait, elle parvient à faire de ce premier roman un texte qui en augure d’autres du même acabit. 

Une autrice à suivre…

Editeur : Albin Michel

Date de sortie : 26 février 2025

320 pages, 21,90 euros

7 h 31 d’écoute pour la version Audiolib

Mes coups de coeur livres Audio.

D’autres avis sur le roman – Babelio –

10 réflexions sur “La fille au pair, Sidonie Bonnec.

  1. Peut-être que je l’écouterais sur NetGalley.

  2. laplumedelulu dit :

    Excellente chronique une fois de plus. Merci à toi 🙏 🥰

  3. PHILIPPE D dit :

    On surfe sur la vague de « La femme de ménage »… Il y en aura d’autres !

  4. Anonyme dit :

    Tu m’as convaincue !! Il sera l’une de mes prochaines lectures ..

  5. Aude Bouquine dit :

    C’est un peu ça oui, mais celui-ci est meilleur 😉

  6. Aude Bouquine dit :

    Merci ☺️

  7. laplumedelulu dit :

    🥰

  8. Sylvie Gasq dit :

    Je l’ai fini hier soir et, finalement, ce livre a fait « pschitt » pour moi. Malgré la tension et l’intrigue qui monte crescendo et qui tient en haleine, j’ai trouvé au final le propos assez invraisemblable.

  9. Aude Bouquine dit :

    Tu l’as lu ou écouté ?

  10. Anonyme dit :

    Je l’ai lu.

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