Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Pietro Gerber est un psychologue pour enfants, spécialisé dans l’hypnose. Cette méthode est utilisée comme recherche de vérité sur ces très jeunes esprits. On l’appelle l’« endormeur d’enfant ». Lorsqu’une collègue australienne lui propose de rencontrer Hanna Hall, et d’en faire sa patiente, Pietro Gerber n’est pas très à l’aise. Hanna n’est plus une enfant, c’est une adulte. Or, les adultes ne font pas vraiment partie de sa patientèle. Sauf que… Hanna est persuadée d’avoir tué son petit frère dans sa prime jeunesse. Cette idée l’obsède. Cette idée la terrifie. La main un peu forcée, Pietro accepte cette mission singulière. À chaque séance, les révélations sur le passé d’Hanna deviennent de plus en plus angoissantes. Son histoire personnelle a même parfois des résonnances avec le passé de Pietro. Qui est réellement cette femme ? Qu’a-t-elle vécu ? A-t-elle un lien avec son passé ? 

« La maison des voix » est un one shot. Il est principalement construit sur un face-à-face : celui de Pietro et d’Hanna. Le début, essentiellement consacré aux rendez-vous entre les deux protagonistes dégage une atmosphère très intimiste, voire intime. Il faut donc se laisser un peu de temps pour apprivoiser les personnages. Rassurez-vous, le suspens monte crescendo, au rythme de révélations assez fortes pour donner au récit les points d’accroche dont il a besoin et relancer cette histoire somme toute assez confidentielle. Le lecteur est un intrus, caché au fond d’un placard, découvrant au fur et à mesure des aspects fascinants de la personnalité de Pietro, mais aussi d’Hanna. J’ai adoré cette sensation !

Comme souvent chez Donato Carrisi, la psychologie est au cœur du roman. Les méandres du cerveau restent un excellent terrain de jeu pour l’auteur et il prend du plaisir à nous perdre sur des chemins de traverse. Sont explorés ici : la mémoire défaillante, le traumatisme et la façon dont il est géré, la création des souvenirs. Dans un récit parfaitement équilibré, entre passé et présent, le lecteur avance entre conscient et inconscient, entre réalité et fiction, entre vrai et faux. L’hypnose permet de lever les barrières que le cerveau a érigées tels des murs d’une forteresse et autorise l’ouverture de certains verrous notamment ceux des secrets de famille. Vous ne vous êtes jamais demandé d’où viennent vos souvenirs d’enfant ? Sont-ce les vôtres ou ceux que l’on vous a racontés ? Le temps passant, souvent, on ne fait plus la différence… les histoires racontées par nos proches deviennent nos propres souvenirs alors que, si l’on y réfléchit vraiment, ils ont été implantés dans nos cerveaux par les mots des autres. C’est un peu ce qui se passe dans « La maison des voix »… Peu à peu, les certitudes s’amenuisent, les réelles convictions diminuent, une brèche s’ouvre lentement dans les synapses du subconscient. Progressivement, les cartes se brouillent, les forces en présence changent de rôle, les influences s’inversent. Tout se transforme et ça en devient jubilatoire !

Autant vous dire que la construction du roman est totalement réussie, l’association passé-présent fonctionne admirablement bien. Il en résulte une vraie dynamique addictive. La fin est habilement amenée, si bien que vous vous surprenez encore à vous être laissés manipuler par l’auteur. Un très bon moment de lecture qui vous embarque sur les chemins tortueux de la construction de soi…

Je remercie les éditions Calmann-Lévy de leur confiance.

3 réflexions sur “LA MAISON DES VOIX, Donato Carrisi – Calmann-Lévy, sortie le 4 novembre 2020.

  1. 🤩 Il est dans ma PAL, celui-ci, ta chronique donne très envie de le découvrir 🙂

  2. Yvan dit :

    On pourrait croire ce genre de thème et ce genre d’histoire usés jusqu’à la corde. Sauf que Carrisi a encore réussi son coup, c’est ça le talent !

  3. Alors ça, c’est tentant…

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