Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Il est parfois nécessaire de s’éloigner des nouvelles du monde trop anxiogènes ou d’évènements douloureux qui arrivent subitement dans nos vies. Ces moments difficiles flottent dans nos cerveaux, nos cœurs sont malmenés, nos sommeils perturbés. Ce fut mon cas jusqu’à « Une chance sur un milliard » conseillé par un ami qui a pensé que c’était l’instant parfait pour le commencer. À la lecture des premières pages, j’ai pensé « il se fiche de moi », l’annonce d’une très mauvaise nouvelle au personnage principal a considérablement plombé ma recherche de paix et de sérénité : «une météorite qui s’écraserait dans une réserve naturelle»«ce n’est pas un coup de massue que j’ai pris sur la tête, mais un bombardement», «les points d’impact se multiplient», « l’onde de choc intérieure progresse », merci bien pour le champ lexical de la dévastation. Allons bon ! Quel message ce roman est-il censé me passer et comment va-t-il pouvoir devenir un livre doudou dans lequel je pourrais venir me réfugier pour fuir ma réalité ?

Toujours faire confiance à ses amis, ils vous connaissent mieux que vous-même ! Toutefois, je continue ma lecture, un peu chamboulée par l’annonce de cette nouvelle. Il suffit parfois de peu de choses pour se rassurer. Ici, ce fut l’arrivée d’un grand-père « l’ultime dépositaire de mes regards tournés vers les grands», un personnage aux traits vieillis, mais aux yeux qui témoignent de la vivacité d’esprit des êtres profondément bienveillants. Un homme que la vie a rendu philosophe « Tu sais, mon garçon, on confond souvent vivre mieux et avoir une belle vie. La durée ne compte pas, c’est l’intensité qui fait tout. Quoi que tu affrontes, n’oublie jamais qu’exister est une chance. Profites-en de toutes tes forces. » Des mots que ma grand-mère aurait pu prononcer, celle que je viens de perdre en ce 12 octobre 2020, celle qui était le dernier rempart intègre et chaleureux de ce qui reste de ma famille. 

Vous l’aurez compris, Adrien, le personnage principal de ce roman est à un moment charnière de sa vie, un moment où il doit faire la paix avec lui-même et avec les autres. Il a besoin de partir à la conquête de son propre « lui », et surtout de jouer cartes sur table avec lui-même. « Je m’en veux de m’être laissé distraire par tant de choses qui ne me correspondaient pas. J’enrage de tout ce temps gâché à trahir ma nature. À laisser-faire, à cliquer sur “accepter” sans mesurer les implications, on perd le contrôle. Quand je repense à ces couleuvres avalées, à tous ces chapeaux que j’ai bouffés, j’en ai une indigestion. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. J’ai souvent joué la facilité, suivi le courant, mais à partir de maintenant (…), c’est terminé. Je refuse tout ce qui ne me touche pas droit au cœur. »

Il y a des mots que nous avons parfois besoin d’entendre, des questions que nous devons nous poser, des réflexions qui doivent nous amener à plus d’honnêteté intellectuelle, des questionnements nécessaires qui devraient faire partie de nos pensées quotidiennes, pour vérifier que l’on ne se perd pas, pratiquer plus souvent « l’archéologie du cœur ». Pour ce faire, inutile de verser dans le pathos et transformer le roman en une espèce de bible de citations feel-good sur l’ouverture de possibles chakras afin d’en tirer la substantifique moelle du sens de la vie. Gilles Legardinier a une autre méthode, bien plus efficace à mon sens : celle du rire. Ce récit est truffé de situations cocasses et d’échanges verbaux hilarants. On se croit parfois dans un vaudeville, ou dans une pièce de théâtre de boulevard. C’est drôle, vivant, parfois tordant sur la forme et sur le fond. Malgré une situation de départ difficile, on rit énormément dans ce roman et il faut avouer que cela fait un bien fou. L’écriture est extrêmement minutieuse, les mots sont parfaitement choisis et confèrent un comique de situation remarquable. Parvenir à rire et à se laisser totalement embarquer en période de deuil était loin d’être gagné. Et pourtant, quel plaisir immense j’ai eu à me replonger dans cette histoire chaque jour ! Le besoin de cicatriser par le rire a fonctionné uniquement parce que le fond m’a apaisée.

Gilles Legardinier vous place devant des évidences que vous avez oubliées. Ce récit, émouvant met en lumière l’essentiel, perdu de vue : être en harmonie avec soi-même et faire la paix avec son passé.

Faites-vous du bien, lisez « Une chance sur un milliard », vous verrez, il mettra du baume sur vos blessures. « La question n’est pas de savoir comment on résiste à ce qui nous tue, mais de découvrir pour qui l’on veut vivre. »

7 réflexions sur “UNE CHANCE SUR UN MILLIARD, Gilles Legardinier – Flammarion, sortie le 7 octobre 2020.

  1. Yvan dit :

    Il faut toujours faire confiance aux vrais amis 😉

    1. Aude Bouquine dit :

      Règle d’or en effet : eux seuls savent 😉

      1. Yvan dit :

        ceux qui pensent qu’il n’y a pas de fond dans un livre de Legardinier se trompent tellement… Et ratent effectivement quelques bonnes tranches de rigolade

      2. Aude Bouquine dit :

        J’en ai acheté d’autres, histoire d’avoir un peu de munitions en cas de crises sévères 😉
        Je me suis rendue compte que j’avais même ses premiers polars. J’ai de quoi faire ! Celui-là est tellement drôle, qu’est ce que j’ai ri. Comme tu le dis si bien, du rire et du fond mais pour le savourer, il ne faut pas lire en diagonale 😉

      3. Yvan dit :

        il ne faut jamais lire un livre en diagonale 🙂

  2. Lord Arsenik dit :

    C’est sûr que d’entrée de jeu il te plombe le moral l’ami Gilles… mais après c’est que tu bonheur.
    A la fois drôle et intelligent… et surtout profondément humain.
    Je le dis et le répète : il devrait être remboursé par la Sécu !

    1. Aude Bouquine dit :

      Très profond
      Et tu as tout à fait raison : il devrait être remboursé par la sécu !

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