Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Voici un primo roman qui devrait marquer cette rentrée littéraire tant il prend aux tripes ! Une fois encore, je suis plus que jamais convaincue qu’il reste beaucoup à découvrir chez les romanciers qui ont décidé de prendre leur courage à deux mains pour écrire des textes d’une telle densité. « Ce qu’il faut de nuit » est un texte oppressant, au commencement singulier puisqu’il évoque une passion familiale : le foot. Autant dire que ce n’était pas gagné, tant ce sujet ne m’intéresse pas. Rapidement, on comprend qu’il ne s’agit là que d’un prétexte pour asseoir une unité familiale dont la tendresse, l’amour et l’écoute sont les fondamentaux, dans une région où, finalement, il y a peu de choses à faire : la Lorraine.

Si j’ai été un peu décontenancée par le langage propre à cette région, traversant ça et là des expressions jamais entendues auparavant, il apparaît très vite que l’atmosphère engendrée par les premiers mots prend tout son sens par la suite. Les trois protagonistes ont leur musique propre et même sans la force de la rhétorique, ils savent se lire. Cette aptitude réellement perçue comme un don en début de roman, devient vite une prison cruelle où chacun s’enferme peu à peu, car si le silence peut être synonyme de compréhension tacite, il peut rapidement devenir un fossé qui s’apparente à une tombe creusée à coup de non-dits. L’étouffement généré par ce manque de communication se répand tel un brouillard opaque fermant les bouches et les âmes par la force du mutisme.

Laurent Petitmangin raconte à merveille comment les choses peuvent rapidement nous échapper, dans une bulle où tout devrait pouvoir être dit : la famille. Être parent c’est pouvoir guider son enfant et l’aider à choisir le bon chemin sur le carrefour des décisions. Parfois, le choix des « bonnes décisions » nous échappe, malgré le ciment domestique, et l’enfant élevé devient un étranger, un être impossible à comprendre en dépit des efforts entrepris pour en faire un « homme bien ». Si un parent peut montrer la voie, il n’a aucune prise sur les actes ou les idées. Le roman démontre combien les différences d’opinions brisent définitivement le chemin de la quiétude, de la communication, et peut sévèrement égratigner l’amour que l’on porte à son enfant.

« Ce qu’il faut de nuit » pour se remettre sur les rails, c’est l’amour. Le souvenir de l’enfant petit, l’affection sans limites, la possibilité de mettre ses griefs de côté pour avancer. Il faut avoir vécu la nuit pour retrouver le désir des couleurs.

En refermant le livre, une question demeure : à quel moment aurait-il été possible d’éviter la tragédie annoncée ? Quels mots aurait-il fallu prononcer ? Quels gestes aurait-il fallu faire ? Laurent Petitmangin nous laisse orphelins des réponses qui nous permettraient à nous, parents, de nous prémunir de ce cataclysme subodoré, hors de contrôle, mais inévitable, ce pressentiment latent qui augure une catastrophe sans aucune clé pour parvenir à l’éviter. Ce n’est pas de sa faute, c’est la cruauté de la vie qui nous laisse sans mode d’emploi.

Ce roman réaliste, d’une extrême sensibilité, bouleversant attise les questionnements et montre que l’amour est un sentiment fluctuant, velléitaire, mais combien il peut aussi faire tomber les barrières du désenchantement. Et cette idée, au fond, si simple, m’émeut.

Je remercie la Manufacture de livres pour sa confiance.

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