Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Voici enfin le troisième roman de Jérôme Loubry. Après « Les chiens de Détroit » qui mettait fidèlement en scène cette ville du Michigan laissée à l’abandon, « Le Douzième chapitre » qui évoquait un drame de l’enfance resurgissant des années plus tard, l’auteur nous emmène ici dans un voyage passé-présent en 1949, 1986 et 2019. Le roman s’ouvre sur un professeur de faculté qui commence son cours sur une thématique particulière : le refuge Sandrine. Rapidement, le lecteur est emporté en 1949, sur une plage, théâtre d’une découverte macabre. Puis, toujours aussi promptement, il est propulsé en 1986 où Sandrine, jeune journaliste pour un quotidien local se voit confier la rédaction d’un article concernant d’étranges croix gammées dessinées sur des vaches. Je m’arrête là, la quatrième de couverture en dit beaucoup trop.

Si les premières pages peuvent sembler assez cryptiques et nécessitent une certaine concentration, peut-être aussi le dessin d’une timeline, ne vous laissez pas décourager : cette mise en situation est absolument nécessaire pour asseoir le récit et permettre un déroulé précis, minutieux et méthodique. Jérôme Loubry sait où il va et si vous le laissez vous embarquer, le voyage risque fort de vous plaire. Je recommande vivement une lecture suivie, si possible à un moment où vous n’avez pas d’obligations pour vous permettre d’entrer rapidement dans l’histoire et de suivre avec attention l’évolution de l’histoire de chaque personnage.

Le jeu passé-présent est le schéma narratif que je préfère dans un roman noir/thriller/polar, mais c’est aussi un exercice bancal pour qui ne maîtrise pas le procédé. Ainsi, une période ne doit pas prendre plus d’importance que l’autre ni lasser le lecteur en la rendant moins intéressante. Ce n’est absolument pas le cas ici. Le dosage est parfait et suscite la soif d’en découvrir plus. Personnellement, j’avais ouvert 2 fiches, l’une pour 1949, l’autre pour 1986 et j’y avais noté des mots clés, des phrases importantes, des évènements marquants. Posées l’une à côté de l’autre il est impressionnant de constater à quel point le souci du détail dans l’avancée des deux intrigues est soigné et précis. L’auteur instille dans l’esprit du lecteur des éléments qui prennent un sens tout particulier à la fin : une horloge, une chanson, un poème, un slogan publicitaire.

Ce roman est découpé en 3 parties. La première a été pour moi pure délectation : une vraie ambiance, de belles mises en situation, le début d’une intrigue bien mise en place qui présageaient de belles promesses. Je dois avouer que j’ai eu de sérieux doutes en attaquant la seconde partie… Je ne peux en évoquer les raisons sans dévoiler l’intrigue, mais une sorte d’agacement, voir un gros problème de crédibilité dans le récit surjoué d’un personnage m’a franchement inquiétée. J’ai vu venir un plantage magistral, la chronique d’une mort annoncée pour un roman qui avait si bien commencé. Je me suis même noté des pronostiques dans le scénario, anticipant une direction qui m’obligerait à me pendre. (oui, je suis allée jusque là !)

Sauf que ce n’est pas du tout comme ça que les choses se sont passées ! Jérôme Loubry  m’avait préparé un final que je n’ai pas vu venir, et une troisième partie formidable, bien pensée, totalement axée sur une thématique relevant de la psychiatrie dont j’ignorais même l’existence (en même temps, si j’étais psychiatre, j’aurais commencé par travailler sur moi-même !) Les ficelles de l’intrigue sont savamment et progressivement tirées pour créer une perte totale des repères du lecteur qui se retrouve perdu dans les méandres de deux histoires qu’il tente désespérément d’assembler. La thématique axée autour de l’humain au sens propre fait de ce roman un récit d’une profonde densité, avec de vraies problématiques soulevées sur la nature profonde de l’homme et ce qu’il est, au fond, capable de faire. Comment gérer la souffrance lorsqu’elle est trop violente, comment gérer les blessures profondes quand elles vous empêchent de vivre ? Vous le saurez en lisant « Les Refuges ».

Pour ce troisième roman, complètement différent des deux précédents, Jérôme Loubry transforme l’essai : le premier était pour moi la découverte d’une plume dans un lieu cher à mon cœur, le second démontrait l’habileté à sortir d’une certaine zone de confort en abordant un thème lié à l’enfance, le troisième signe une formidable capacité à construire une intrigue alambiquée, mais impeccablement dominée par une plume d’un véritable auteur du noir. Le plaisir de lecture fut immense, les tentatives de démêler l’écheveau vaines, la fin déconcertante et vertigineuse. Excellent cru, vous l’aurez compris, qui laisse présager une belle montée en puissance pour le suivant !

7 réflexions sur “LES REFUGES, Jérôme Loubry – Calmann- Lévy, sortie le 4 septembre 2019

  1. couriretlire dit :

    Une vraie claque ce livre…je me suis laissée complétement embarquée.

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    1. Aude Bouquine dit :

      Pareil. Lu presque d’une traite !

      Aimé par 1 personne

  2. J’ai hâte de le découvrir !

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  3. Laurence D dit :

    prévu en lecture semaine prochaine

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  4. Ne me reste plus qu’à le lire 😉

    Aimé par 1 personne

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