Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Ils habitent dans la même copropriété : elle, en bas, lui au deuxième étage. Elle vit en couple depuis quatre ans, projette de se marier. Il est marié, père d’une petite fille de 2 ans. Ils se croisent, ils se jaugent, ils se cherchent, ils s’attirent comme des aimants. Pourquoi ignorer l’évidence ? Faut-il céder à la tentation ? « Plus tard, ils se diront que c’est à ce moment-là que tout a commencé. Ils se diront qu’il était vain de lutter. Il y a des histoires contre lesquelles on ne lutte pas. »

On ne meurt pas d’amour est un roman sur la passion dévastatrice, celle où les moments de bonheur intense flirtent avec l’envie de crever, celle qui n’épargne ni ceux qui jouent, ni les pièces rapportées. Une banale histoire d’adultère me direz-vous… On a déjà lu ce genre de récit cent douze fois.

Sauf que… Il faut un peu de talent pour que le lecteur adhère à cette histoire qui n’est finalement pas la sienne, encore plus pour qu’il consente à replonger un peu dans ses souvenirs, et autorise ainsi que la mémoire de ses entrailles se réveille…

En faisant le choix narratif de ne donner aucun prénom, c’est il ou elle, Géraldine Dalban-Moreynas autorise l’identification de chacun, et favorise les réminiscences d’un passé peut-être enfoui.

J’ai aimé cette passion qui commence par l’écrit, des sms envoyés, des sms reçus, le pouvoir de choisir les mots qui vont faire naître une relation. C’est beau les mots quand ils sont bien choisis, ça réveille le corps endormi dans une vie engourdie.

Presque chaque fin de chapitre mentionne la date. Cette mélodie métronomique parfaite, qui permet d’estimer le temps où le cœur et le corps exultent, permet aussi la datation du moment où les choses commencent à s’enlaidir. Si l’amour dure 3 ans, la passion, combien de temps dure-t-elle ?

L’auteur décrit avec force émotions ces moments où les amants vivent hors du monde et hors de temps, où rien n’existe plus, où seuls les rendez-vous, clandestins, volés, soustraits comptent, où les instants les plus banals deviennent magiques, où l’amour, lentement, s’immisce sous les pores de la peau, quand dans les vies des autres « elle sent les tensions qui flinguent le quotidien émerger, les frustrations de l’un contre l’autre, de l’un envers l’autre, de l’un à cause de l’autre ? »

Parce que les amants sont d’abord humains, et qu’il est difficile de mettre son cerveau sur pause, d’autres émotions font rapidement leur apparition : le manque, l’absence, la dépendance, la peur. C’est le retour à la réalité. Et la réalité, c’est moche, ça tord le ventre, ça fait vomir, sans empêche de dormir. Dans cette histoire adultérine, il a « mon homme » et « ma femme et ma fille ». La réalité les fait passer de deux à cinq et même si « les histoires secrètes sont toujours romantiques », leurs histoires respectives changent la donne. « Ce n’est que le début de l’enfer ».

J’ai aimé l’écriture simple, sans fioritures qui laisse la part belle aux émotions, les positives, comme les négatives, la passion qui terrasse tout sur son passage, et vient s’écraser en se vidant de sa substance pour laisser place à la souffrance et au néant. Je pourrai écrire que l’auteur dénonce la lâcheté des hommes… « Il est prêt à tout, à tout piétiner, tout renier. Et il renie. Il donne le premier coup de poignard à celle qu’il disait aimer, pour sauver sa peau. » Je ne crois pas que ce soit de cela qu’il s’agisse. Il y a chez « il », plus d’égoïsme que de lâcheté. « Il » a une analyse différente de la situation, il prend les décisions avec sa tête, quand « elle » les prend avec ses tripes. Je ne suis pas parvenue à le détester…

Si la fin est attendue, elle clôt superbement cette histoire passionnelle. À s’en arracher les tripes… La justesse des mots, des procédures, le silence glacé et glaçant font tomber toutes les promesses faites, tous les mots écrits, tous les instants volés.

On ne meurt pas d’amour, non, mais on pourrait. Moi, je pourrais…

Cela pouvait-il finir autrement ? Non, bien sûr que non. C’est toute la beauté de leur histoire.

 

7 réflexions sur “ON NE MEURT PAS D’AMOUR, Géraldine Dalban-Moreynas – Plon, sortie le 22 août 2019

  1. Yvan dit :

    Pas mon envie de lecture, mais tu en parles avec une telle passion que tu vas en convaincre beaucoup ! 😉

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  2. sonia dit :

    Je le note merci ! Bonne journee bises

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    1. Aude Bouquine dit :

      Bonne journée à toi aussi 😉

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  3. Toujours aussi agréable de te lire Aude 😉

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    1. Aude Bouquine dit :

      Merci 😊, c’est très gentil. Mais quand les livres sont bons, c’est facile 😉

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