Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Nous sommes à Neuchâtel, en Suisse. 
Une bombe explose sur la place des Halles, faisant de nombreuses victimes, dont le procureur Jemsen, sévèrement blessé, mais vivant. En plus de ses séquelles physiques, il souffre d’une importante perte de mémoire. A ses côtés, il peut compter sur sa greffière Flavie Keller qui non seulement le connait par coeur, mais connait aussi ses dossiers, même ceux sur lesquels il n’est pas sensé travailler. 
Le lecteur suit également un personnage surnommé le Vénitien, Zorro des temps modernes qui se veut être une sorte de justicier masqué. Il a une technique pour achever ses victimes assez particulière : il leur insère du verre de Murano en fusion dans la bouche pour les faire crever. 
Le prologue du livre s’ouvre justement sur cette scène, aboutie, bien décrite, totalement vraisemblable qui laisse entrevoir de belles promesses pour la suite du récit.
Parallèlement (oui, ce n’est pas fini), le lecteur prend en pitié Alba Dervishaj, prostituée albanaise de son état qui semble être victime d’un traffic d’êtres humains, organisé par un groupe d’albanais, placé sous la houlette du terrible Berti, proxénète de son état, compassion en option. 
Au milieu de ces trois groupes de personnages, gravitent deux être flous, hommes politiques pas tout à fait honnêtes, cachant leurs petits secrets et ayant des objectifs que l’on découvre petit à petit. 

Dans un premier temps, je voudrai mettre l’accent sur ce que j’ai aimé.
D’abord la construction du livre. 
Au début surtout, pas d’unité de temps. Cela veut dire que Nicolas Feuz ballade son lecteur entre présent et passé sans jamais vraiment le prévenir. C’est déstabilisant, donc intéressant mais nécessite également une lecture suivie pour savoir dans quel espace temps on est. Attention, ce n’est pas le flou artistique total, ces retours en arrière sont faits de manière subtile, il est donc possible de s’en sortir 😉
Ensuite, le rythme. Ce polar va à 200 à l’heure. Imaginez-vous, 262 pages (seulement!!), pas de temps à perdre. Donc, les chapitres sont courts, la totalité de l’histoire se déroule sur 5 jours, l’écriture est nerveuse. 
Pas de temps morts, pas de détails inutiles, pas de bla-bla au niveau de l’action.
Enfin, les twists ! 2-3 twists que je n’ai pas vu venir mais un surtout qui soulève une incohérence énorme lors des révélations finales et m’a obligée à revenir en arrière pour être bien sûre d’avoir bien lu (ou alors, je n’ai pas compris toutes les arcanes du scénario…). 
Tout cela est plutôt très bien réussi car il tient le lecteur en haleine et cela, jusqu’au bout. 
Et c’est le but d’un polar !! Objectif atteint !

Sauf que, et cela m’amène aux points négatifs, j’ai eu un problème avec les personnages.
En 262 pages, c’est compliqué de donner une véritable âme aux personnages sans que le lecteur ait l’impression qu’ils manquent de profondeur.
Car oui, les personnages manquent considérablement de profondeur. 
Impossible de s’y attacher. 
Du coup, le problème que j’y vois, c’est la vraisemblance des portraits qui y sont dressés.
A titre d’exemple, prenons la greffière, Flavie. Son histoire personnelle n’est que faiblement exploitée. Dommage, cela aurait rajouté de l’émotion dans l’histoire. 
Autre exemple : la prostituée Alba. Sans révéler son rôle final dans le scénario, les descriptions violentes de ce qu’elle subit dans le bordel où elle travaille, ses actes vis à vis d’une « collègue » transforme radicalement les sentiments du lecteur quand arrive la fin du livre. En effet, de compassion, le lecteur passe à un sentiment de haine féroce en quelques secondes. 
Etait-ce une volonté de Nicolas Feuz de bouleverser totalement les émotions du lecteur ? 
A lui de nous le dire !
Le procureur Jemsen est détesté par les flics avec lesquels il travaille sans qu’on connaisse véritablement les racines de cette haine réciproque. Ces raisons sont trop peu développées pour que le lecteur n’ait pas l’impression d’avoir affaire à un sombre con. Dommage là encore car ses motivations au final sont tout à fait louables, sauf qu’on ne les ressent pas. 
Quant au Vénitien, ses motivations à lui ne sont pas suffisamment claires pour qu’on puisse lui donner un réel crédit. Personnellement, je n’ai pas compris la véritable raison d’être de ce personnage, si ce n’est son imagination débordante en matière de meurtres et le fait qu’il ose s’en prendre à des flics.
Le seul personnage qui soit suffisamment brossé reste le proxénète Berti mais ce n’est pas vraiment un personnage central, donc il ne parvient pas, à lui tout seul, à effacer l’impression générale.
L’histoire des personnages principaux est décrite avec le  minimum syndical, peut-être pour se concentrer sur l’action  ? Je pose la question. 

Premier livre que je lis de Nicolas Feuz, mais certainement pas le dernier !
Il y a de très bons points dans ce polar, une intrigue bien ficelée avec une connaissance des codes bien maitrisée. S’il parvient à étoffer ses personnages, à les rendre plus épais, plus humains en accentuant leurs vécus, comme de petits secrets qu’il livrerait au lecteur, je lui prédis une place aux côtés des grands de la littérature noire. 
Il a un potentiel certain, peut-être est-ce dû à son métier de procureur, il faut juste rajouter un je-ne-sais-quoi d’émotion, de profondeur pour ses protagonistes, et il y sera !



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