Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

Pierre vit dans sa voiture depuis 6 mois…
Depuis que sa fille de 8 ans, Lucie, a été enlevée sur l’autoroute. 
Il cherche une piste, attend que le tueur récidive, recoupe des informations, participe au microcosme de ceux qui travaillent là, dans un monde inconnu du vacancier lambda qui ne s’y arrête que quelques minutes. 
Pendant ce temps, sa femme Ingrid, se masturbe, boit, fume, et attend. 
Ca fait 6 mois pour elle aussi… Elle attend des nouvelles de son mari, tous les soirs, à 20 heures, le rapport de son homme qui chasse. 
« Je suis tout près Ingrid.
Je touche ce qu’il a touché.
Le robinet d’eau froide.
Le bouton du sèche-mains.
Le console sous la caisse enregistreuse.
Le livre sur la tête de gondole.
Dans ma poche, j’ai la monnaie avec laquelle il a payé son café.
Je suis tout près.
Je suis tout près, mais je ne sais pas où.
Il faut attendre.
Attendre encore, Ingrid.
Attendre.
Clic. »
Nous sommes le week-end du 15 août, ça bouge sur l’autoroute. 
Dans le sas autour, aussi : les parkings, les cafétérias, les toilettes. 
C’est dans ce sas que vit Pascal. C’est lui qui sert de la mal bouffe à tous ces gens de passage. C’est lui aussi qui enlève leurs gosses. 
Pierre a raison d’attendre, le kidnappeur va recommencer, en enlevant Marie, la fille de Marc et Sylvie, une famille presque ordinaire qui a décidé de partir en vacances pour recoller les morceaux d’un couple qui n’existe plus depuis longtemps.
Eux aussi vont se mettre en attente… En attente qu’on retrouve leur fille. 
Sylvie prostrée, à genoux, bible ouverte dans une chambre d’hôtel merdique à psalmodier des prières. 
Marc, dans la salle de bain, porte fermée, esprit fermé, raison fermée.
« Ebullition.
Mouvement, friction des hommes ajoutés à la canicule.
Les chemises des gendarmes sont mouillées de sueur. 
Cuisses poisseuses sous les pantalons.
Pieds humides dans les chaussettes. 
La tuile. Le scénario catastrophe.
Le bordel.
Installer la logique dans le bordel.
Ratissage, récoltes d’informations. »

Si vous respirez encore, je continue.

Contrairement aux apparences, le personnage principal de ce roman est bien l’autoroute, le sas qui l’entoure et les coulisses de ce monde souterrain. 
Car il s’en passe des choses sur les parkings,
Dans les cafétérias, 
Dans les camions garés sur les aires de repos. 
Employés, prostituées, voleurs en tout genre, chauffeurs, et même diseuse de bonne aventure.
Imaginez une ruche qui bourdonne tout autour de ce monde au final très statique et vous aurez une bonne idée de l’effervescence quotidienne… et du contraste saisissant que l’auteur décrit entre ceux qui y travaillent tous les jours et ceux qui ne font que passer. 
Le lecteur suit plusieurs autres personnages totalement névrotiques qui gravitent dans les méandres du flux quotidien des touristes. 
Tous en souffrance.
Tous en demande permanente de sexe. 
Les scènes de sexe, sourdes, lourdes, malsaines, laissent l’impression persistante de personnages constamment en rut. 

Vous respirez toujours ? J’ai presque fini !

La souffrance exacerbée et permanente de chaque être croisé au fil des pages amplifie le sentiment de malaise et de tension constants.
L’écriture, très particulière, de Joseph Incardona est l’instrument utilisé pour accentuer cette oppression. 
Les phrases sont hachées,  envoyées comme des coups de boutoir, identiques au scènes de sexe crues. Il utilise souvent des juxtapositions de mots, même pas des phrases complètes, pour compléter le tableau. 
Cela apporte une sécheresse violente au texte déjà extrêmement lourd. 
Une volonté incontestable de l’auteur de confirmer l’inhumanité de l’Humanité. 

Je reconnais là un sens littéraire extrêmement aiguisé (et même talentueux) utilisé à bon escient pour étayer un scénario volontairement très noir. Sur la forme, c’est brillant. 
Sur le fond, cela va dépendre du lectorat. Je n’ai pas eu les nerfs assez accrochés pour le supporter. J’ai craqué à 50 pages de la fin dont je ne peux dire si elle est dans la même vaine ou totalement différente. 
Je pensais le finir quand même mais en refeuilletant quelques pages pour écrire cette chronique, je sais que je ne pourrai pas. 
Cela a été trop noir pour moi, trop plombant pour mon moral mais j’en recommande la lecture et le partage des impressions à ceux qui auront le courage de s’y atteler. 

On en reparle ?









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