Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

Chronique presque à chaud après avoir refermé « Toxique », ouvert » Fantazmë » et laissé passer une nuit à faire des rêves délirants…
Voilà des années que je n’avais pas rêvé de mes parents. C’est un peu comme si ce livre avait ouvert les vannes des souvenirs.

« Toxique »est une enquête policière : on recherche le meurtrier d’une directrice d’école.
Mais ce n’est pas de cela que je souhaite vous parler dans cette chronique.
Un peu étrange sans doute de faire la chronique d’un polar, sans vraiment parler du polar.
Il faut bien comprendre que cette enquête n’est qu’un prétexte pour aborder quelque chose de plus profond, une émotion qui germe entre les lignes, une course perpétuelle de l’Etre humain dans un labyrinthe pour fuir ses propres démons, une bête imaginaire qui, au final, se trouve être Soi-Même.

Car ce livre parle d’abord de l’Enfance, avant tout de l’Enfance, surtout de l’Enfance.
Qu’on soit dans les baskets de Tomar Khan, le personnage principal, un flic borderline à la Olivier Marchal, ou dans celles de Marie-Thomas Petit : il est toujours question d’enfance et évidemment de celle qui laisse des traces, pas l’heureuse dont on se souvient avec tendresse, l’Autre, celle qui ne nous laisse pas tranquille, celle qui nous taraude, celle qui se terre et ressurgit pour nous faire souffrir, celle qui justement est TOXIQUE.
« Pour comprendre la forme d’un arbre, il faut voir ses racines. On pousse en fonction de nos racines. »
Une évidence exprimée par des mots simples…
Pas la peine d’en faire tout un plat et d’entrer dans tes tonnes de circonvolutions.
C’est la base. Quand on a intégré ça, on a tout compris et ça nous laisse des chances de nous en sortir.
« Ces gens, ces sociopathes (…) avaient eux aussi été des enfants sans armes, se défendant avec leurs moyens limités contre la violence du monde adulte. Il ne pouvait qu’imaginer le destin qu’elle avait pu avoir pour vriller de cette manière… »

Tomar Khan est un personnage complexe, tiraillé entre le bien et le mal, portant tout le poids de son enfance symbolisé par sa course onirique dans un labyrinthe, poursuivi par une bête. Au bout de sa course, il parvient à s’offrir un moment d’introspection nécessaire, s’asseoir sous un cerisier en fleurs. (Au Japon, la fleur de cerisier symbolise le renouveau et l’évolution de l’être humain.)
Au pied de ce cerisier, il déterre une boite dans laquelle se trouve 2 objets : une arme à feu et un miroir fêlé. En se saisissant de l’arme à feu, il peut tout arrêter en se donnant la mort. Avec le miroir, il peut se regarder en face et tenter de faire de lui une personne différente.
Tomas Khan est une personne qui se cherche, en lutte perpétuelle entre l’inné et l’acquis, cherchant à se libérer du poids de son enfance toxique, qui constamment, lui est renvoyée à la figure par son pseudo père, Jeff, dont les allées et venues ne lui permettent pas d’oublier, ni de passer à autre chose.
Il se retrouvera d’ailleurs devant un choix dont l’issue est intéressante.

Marie-Thomas évoque un autre personnage dont les souvenirs d’enfance conditionnent toute sa vie. Les relations qu’elle entretenait avec sa mère ont considérablement transformé sa personnalité. Le poids de son enfance l’a fait devenir une adulte toxique pour les autres. Toxique, car elle n’est pas parvenue à se regarder dans le miroir…

Tomar Khan et Marie-Tomas permettent tous les deux la mise en abime de l’enfance.
Quelque part, ils sont semblables mais aussi différents par leurs évolutions respectives.
(d’ailleurs avez-vous noté les sonorités semblables de leurs prénoms ??)
En tout cas, ils démontrent la toute puissance du vécu dans la formation de l’adulte.
Quand l’enfance est toxique, la vie d’adulte représente un challenge quotidien, parsemée d’embûches, tiraillée entre la volonté de faire les choses différemment et celle de les reproduire.

Je termine par partager avec vous les dédicaces de :
« Toxique »
 » A Jeanine et Arty, pour m’avoir convoqué dans cette rocambolesque aventure qu’est la vie. Un enfant n’oublie jamais qui sont ses parents. »
« Fantazmë »
« J’aimerai dédier ce roman à mon père, Arty ou Arthur Tackian, dont la mémoire s’enfuit doucement, lui enlevant bons et mauvais souvenirs pour ne laisser qu’une brume sans aucun phare pour guide. A toi papa, malgré tout. »

Je crois que tout est dit…
Je vous laisse plonger dans ce roman et vous faire votre propre opinion des messages qui y sont véhiculés.
En ce qui me concerne, cette thématique, chère à ma coeur, m’a bouleversée.
Merci Niko Tackian d’avoir ouvert votre coeur pour en transmettre la quintessence de ce que nous sommes tous, au fond de nous : des éternels enfants.

Une réflexion sur “TOXIQUE, Niko Tackian – Calmann Lévy

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