Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Ambiance totalement différente de « Toxique » pour ce second opus des enquêtes de Tomar Khan.
Ici, nous sommes bien dans du polar pur et dur !
Comme si « Toxique » avait été une préface pour poser les fondations du personnage qui va devenir récurrent.
Au risque d’en contrarier certains, même si techniquement ces 2 romans sont bien distincts, vous ne pouvez pas prendre toute la mesure de celui-ci si vous n’avez pas lu « Toxique » avant. Et puis, ce serait dommage sachant que le premier pose vraiment les choses, et que, d’une certaine manière, il a permis à Niko Tackian de libérer son écriture, comme si, il se donnait le droit d’aborder des thèmes plus sombres parce qu’il avait fini de poser les jalons de son personnage principal.

Des thèmes sombres, il y en à profusion !
Nous sommes dans un climat post-attentat (Novembre 2015 – Bataclan), donc lourd, anxiogène, période où tout le monde est un peu à cran, surtout la police.  Après la période d’amour fou du peuple envers sa police, on entre dans l’ère où l’on veut castagner du flic.
Les flics du roman vivent également leurs derniers mois au 36 quai des Orfèvres.
A l’ambiance anxiogène, se rajoute donc un brin de nostalgie…. Et moi, je suis très sensible aux ambiances…
Ils sont confrontés à la réalité des migrants, arrivés en masse, cachés aux 4 coins de Paris et à la mafia Albanaise qui envahit le territoire avec sa drogue et son trafic de femmes.

La force de cet opus réside dans l’insertion massive d’éléments réels dans la fiction.
Pas seulement au niveau des évènements que nous avons tous vécus, mais aussi par des constats de ce qu’est devenue notre société.
« L’indifférence devenait la norme, le regard vers le sol et les oreilles sourdes à la douleur des autres. »
« Des espaces publics transformés en no man’s land, perdus pour les réfugiés, perdus pour les Parisiens, perdus pour l’humanité. »
On se rapproche beaucoup du livre de Olivier Norek « Entre deux Mondes » sur plusieurs points.

Au-dela de l’enquête policière passionnante, le lecteur plonge à nouveau, comme dans « Toxique », dans des aspects plus philosophiques de certaines réflexions émanant de Tomar notamment :
– Peut-on être une victime quand est aussi un bourreau ?
– Les tares se transmettent-elles par l’ADN ?
– Peut-on échapper à sa nature ?
– Peut-on occulter le passé ?
Personnellement, je trouve qu’il faut être doté d’un sacré talent pour avoir l’art et la manière de mixer tout ça, sans en faire trop, d’un côté ou de l’autre, pour fournir un manuscrit qui soit à la fois divertissant pour le lecteur mais aussi intelligent, mettant en relief des questions fondamentales sur notre société dans son évolution, des interrogations qui taraudent une fois le livre refermé.

Je vous parle aussi de son don pour les allégories ? Des passages poétiques sublimes ? Lisez et relisez le chapitre 39.

J’aimerai aussi dire un mot sur l’évolution du personnage de Tomar. Cet opus ne répond pas à toutes les questions posées dans « Toxique ». Mais, de nouvelles interrogations arrivent, ainsi que des révélations sur son passé mais aussi sur son futur. Le personnage prend une réelle épaisseur que Niko Tackian a pris le temps de construire, avec patience.
Le personnage d’Ara, la mère de Tomar est emblématique d’une force, d’une résilience, d’un pouvoir de pardon et d’une profonde humanité qui forcent l’admiration. J’aimerai beaucoup la rencontrer dans la vraie vie, ça m’aiderait à croire encore au genre humain …

Je termine par 2 citations notées dans mon petit cahier à citation :
« Le passé ne peut être occulté. (…) dans sa compréhension réside la base d’un avenir meilleur. »
« Notre corps et notre esprit nous envoient des messages en utilisant la douleur pour nous réveiller. »
C’est l’évidence même, rien à rajouter….

PS : Pour mémoire à moi-même : ne pas oublier de demander à l’auteur ce qu’il a mis de lui-même dans ces 2 livres… RDV à Mulhouse !

2 réflexions sur “FANTAZMË, Niko Tackian – Calmann Levy

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