Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

En bref, ce roman évoque l’histoire des Etats-Unis de février 1965 à octobre 1971, période éminemment riche en évènements qui ont marqués l’avenir d’une des plus grandes puissances mondiale.
Il est construit en 2 parties :
– partie 1 : What we want (ce que nous voulons)
Bobby Stills et Huey Norton fondent le BPP, Black Panther Party, ils ont des rêves, des espoirs, des besoins de liberté et d’égalité.
A leurs côtés, Eldridge Carlson rédacteur en chef du journal du BPP et Fred Carlson dirigeant de la cellule de Chicago. Ensemble, ils font un rêve, pour reprendre la célèbre phrase de Martin Luther King, un rêve qui abolirait les différences liées à la couleur de peau, qui mettrait les blancs et les noirs sur un pied d’égalité, qui ferait cesser la ségrégation une fois pour toute.
Cette partie se fonde sur les grands leaders des années 60 : Kennedy, Malcom X, MLK parallèlement à la création du BPP.
– partie 2 : What we believe (ce que nous croyons)
Cette partie est une histoire dans l’Histoire. Le lecteur suit 3 protagonistes, chacun dans un rôle différent, qui, d’une certaine manière, contribuent à L’Histoire en marche.
Charlene, jeune idéaliste militante qui veut donner un sens à sa vie en combattant auprès des noirs opprimés.
Neil, flic blanc qui chaque jour est confronté à la violence ordinaire de son métier mais aussi de la rue.
Tyrone, ex-taulard noir, infiltré dans le BPP pour le compte du FBI contre sa volonté.

Cette partie relate aussi de grands faits historiques : la guerre froide, le Vietnam, les assassinats de hautes figures de l’état, le Klu Klux Klan, mais surtout comment le BPP a gagné des batailles, en a perdu d’autres et a réellement été une « béquille » pour sa communauté.

Ce livre est un témoignage d’enfants du siècle, ceux qui de 65 à 71 ont combattu ou subi les évènements d’un peuple qui créait son Histoire et qui avait décidé de prendre son destin en main.
C’est aussi un reportage journalistique sur des problématiques dont nous avons presque tout oublié… Et pourtant, c’était il y a à peine 50 ans. Il y a encore une cinquantaine d’années, aux Etats-Unis, les noirs étaient toujours persona non grata, on les attaquait encore dans les rues, on les arrêtait à tour de bras, on les condamnait sans raison :  ça s’appelait le délit de sale gueule.
J’ose le parallèle avec le monde américain d’aujourd’hui : Trump a succédé à Obama, après la lumière et l’espoir, la nuit et la désillusion. Les batailles raciales sont présentes plus que jamais, les inégalités sont creusées, la menace de guerre plane toujours au dessus de nos têtes… Les choses n’ont pas tellement changées…

Le roman de Michaël Mention m’a donnée des frissons, les mêmes que ceux que je peux ressentir en regardant « Mississippi Burning », « Malcom X », « Selma », « Hidden Figures », ou dans un registre plus général « 12 years of slave » ou « Le majordome » : la révolte, l’écœurante réalité d’un peuple honni pendant des siècles.

Il reste que Michaël Mention est un formidable conteur, passionné d’Histoire, qui par le prisme de 3 personnages très différents, nous fait entendre les cris d’un peuple vivant dont le pouls bat pour un besoin profond de reconnaissance. Ce pouls, est rythmé par une sacré playlist de morceaux collectors que l’auteur a eu l’intelligence de nous donner à la fin du livre. La musique entêtante résonne donc à chaque page, entre les cris, les larmes et le sang, comme un film qui se déroule sous nos yeux.
Il faut que je vous dise à quel point j’ai aimé le personnage de Neil que je trouve extrêmement bien dépeint, du début à la fin, dans son évolution, sa façon de combattre des traditions familiales, une certaines éducation qui va de paire avec une mentalité très présente alors dans de nombreux foyers. Ce personnage est d’une puissance rare et le message qu’il véhicule est vraiment d’un réalisme dérangeant.

Ce genre de romans n’est habituellement pas ma came.
D’abord, parce que ça me renvoie à une réalité qui me dérange et me met mal à l’aise,
Ensuite, parce que je ressens alors de la honte à être blanche,
Enfin, parce que j’ai l’impression que notre société est plongée dans un marasme qui ne permet plus qu’on veuille se battre, VRAIMENT se battre pour une cause.
Parce que nous nous révoltons derrière nos postes de télé et que ça ne fait pas avancer les choses, et que comme pour le livre d’Olivier Norek sur les migrants (« Entre deux Mondes »), on ferme les yeux sur une réalité qu’on ne veut pas voir.

Je prédis à Michaël Mention de beaux romans à venir s’il persévère dans cette volonté de vouloir transmettre des choses essentielles de notre Histoire.
C’est un roman qui a du sens, dans lequel il y a des messages, dans lequel on vibre de joie ou de honte, un roman d’émotions pures qui vous transpercent le cuir qu’est devenue notre peau. Et surtout, il nous renvoie à la notion première de ce que doit être l’Homme avec un grand H : un être complexe, qui se doit d’évoluer en ayant la connaissance de son Histoire. Parce que ça sert à ça aussi de connaitre l’Histoire : en tirer les leçons pour devenir meilleur.

Merci pour ces quelques heures de lecture, fines, intelligentes, empreintes d’émotions qui m’ont certainement rendue plus humaine.

Une réflexion sur “POWER, Michaël Mention – Stéphane Marsan

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