Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Voici mon dernier article des sorties à venir avant celui d’août-septembre qui annoncera la rentrée littéraire. Ce mois de juin est plus calme qu’avril et mai, ce qui n’est pas pour me déplaire cette année. En effet, beaucoup de romans m’attendent dans ma PAL, dont quelques-uns demanderont un temps de lecture conséquent. Cependant, voici ma liste de « must read » susceptible d’être augmentée à tout moment par les lectures-découvertes des copains. Je signale la sortie de « Toucher le Noir », tome 3 dans la quête des 5 sens, coordonné par l’ami Yvan Fauth, mais aussi « La vie rêvée des hommes » de François Roux et « Le carnaval des ombres » de RJ Ellory. Sophie Loubière sort un nouveau roman à la 4e de couverture très très intrigante « De cendres et de larmes » et Nicolas Jaillet la suite du formidable « Mauvaise graine » qui s’intitule « Fatal Baby ». Lire la suite

« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » en 1991, j’avais 17 ans, Sharko en avait 30. Ce personnage que je suis depuis maintenant 11 romans, avec lequel j’ai vieilli, tremblé, cet homme que j’ai plaint, avec lequel j’ai souffert semble faire partie de ma famille de cœur tant il fait partie de moi. Avec Martin Servaz, Franck Sharko est mon personnage récurrent préféré. Je le connais comme un frère, comme un père, comme un amant. Dans ses joies et surtout ses douleurs, puisque son créateur, Franck Thilliez en a fait un écorché vif, et lui a donné plus d’épreuves à vivre que s’il avait mille ans. Avant d’être ce Sharko-là, il était un jeune homme fraîchement diplômé qui intégrait la Crim au 36 Quai des Orfèvres. Comme d’autres, qui après de longues études parviennent enfin à leur but, il arrive en ces lieux heureux, soulagé, plein de rêves et d’espoirs. Il sera cantonné aux archives (et les archives en 1991 c’était quelque chose — un peu comme nos anciennes bibliothèques à fiches) et travaillera sur les disparues du Sud parisien, affaire pour laquelle aucun suspect n’avait jamais été arrêté. 

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N’est-ce pas un peu le rêve de chacun de pouvoir retourner dans son passé pour y changer un évènement qui nous a fait souffrir au présent ou retrouver une personne qui nous a quittés trop tôt ? Kate perd son mari de façon aussi brutale qu’inattendue, lui qui était en pleine santé. Terrassée par la douleur, elle erre de son lit à sa salle de bain, de sa salle de bain à sa cuisine, naviguant entre des montagnes d’immondices, de vaisselle sale et de vêtements puants abandonnés là. Elle ne rêve que de dormir pour oublier. Un matin, elle se réveille dans sa chambre d’étudiante, en 1992, là où tout a commencé… Elle a désormais le pouvoir de changer le cours des choses en avertissant son futur mari des dangers qui le guettent. Si les intentions sont louables, il apparaît très difficile, voire impossible, de rejouer le scénario à l’identique. Les petits arrangements avec l’histoire vécue risquent fort d’avoir des conséquences pour le futur. Jouer les apprentis sorciers apporte son lot de surprises ….

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Il aura suffi d’« Une toute petite minute » pour qu’un destin soit changé à tout jamais. « Une toute petite minute », pour disparaître ensuite 20 ans en prison. Soixante secondes passées dans une salle de bain, porte fermée, en compagnie de sa meilleure amie. Mauvais endroit au mauvais moment ? Piètre karma ? Destin cruel ? C’est l’histoire de Madeline, 17 ans. Elle se trouve avec sa meilleure amie Estrella, « qui voulait dire étoile » un soir de réveillon en 1995. Ensemble, elles rejoignent la salle de bains. « Le temps prenait toute sa mesure. Une minute, ce n’est rien, pas même le temps d’une chanson. Que peut-on faire, en une minute ? se brosser les dents avant de sortir, ou faire chauffer de l’eau pour un thé ? De toutes petites choses de la vie. Mais, à la fin, lorsque cette toute petite minute était la dernière, ça devait être très très long. » Clap de fin. Vingt plus tard, Madeline sort de prison après avoir effectué la totalité de sa peine, malgré les multiples tentatives de libération anticipées de son avocat qu’elle a toutes refusées. Elle a 38 ans et n’a jamais rien vécu de la vie. Elle est restée une adolescente de 17 ans ayant migré dans un corps de femme, « Avec vingt ans de plus au compteur. »

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Dans l’épisode précédent, je lisais « Trois » de Valérie Perrin. Superbe lecture que je vous recommande chaudement. Alors ? Qu’en est-il des lectures du mois d’avril ? Quinze lectures, un abandon, une déception. Pour le reste, je continue à choisir mes lectures grâce à une main heureuse. Vous le verrez, mes lectures ont été éclectiques, chacune immersive dans son genre. Je ne saurais vous en conseiller une seule, tellement je les ai tous aimées.Pour ce mois de mai, je voudrais vous présenter quelques comptes YouTube que je suis régulièrement car celles qui les animent sont passionnantes et passionnées.

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« Entre toutes les mères » est le roman d’une génération de femmes « maudites » pour lesquelles la maternité n’est pas instinctive, ne coule pas de source, ne vient pas spontanément lors de la naissance de l’enfant. Chacune doit composer avec ses failles, se remémorer ses relations avec sa propre mère et cet héritage est extrêmement lourd à porter. Mais pour Blythe, les choses seront différentes, elle va briser ce cercle infernal, couper la chaîne des traumatismes qui se transmettent de mère en fille et avoir avec sa fille Violet des liens puissants, aimants, et tendres. Lorsqu’elle rencontre Fox, ils forment le couple parfait, ils sont en symbiose totale. La question d’avoir des enfants surgit naturellement et malgré les appréhensions légitimes de Blythe qui a connu des relations très conflictuelles avec sa mère Cecilia, elle se retrouve rapidement enceinte d’une petite fille, prénommée Violet. Les attentes de Fox sont énormes concernant la maternité et rapidement Blythe ne se sent pas à la hauteur. Son statut d’épouse disparaît pour laisser place à un statut de mère qui se doit d’être aimante, câline, attentive. Elle doit tisser avec son enfant des liens profonds. Sauf que… Violet n’est pas une petite fille comme les autres et ce lien entre elles ne se noue pas. Blythe perçoit des choses que son mari refuse de voir. Commence alors une bataille silencieuse, à coup de non-dits, de regards lourds et sombres et d’évènements angoissants.

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« Le dernier chant » nous emmène en immersion totale au centre de la Terre, reliant les hommes et les animaux par un lien presque mystique, un « hum » que certains entendent, d’autres pas. Ce hum, que Sonja Delzongle a déjà exploité dans le cadre d’une nouvelle pour le recueil « Écouter le noir » qui décryptait l’audition sous toutes ses formes, revient ici en thématique principale dans un roman. Le hum est un phénomène qui possède les caractéristiques d’un son de basse fréquence, obsédant et dérangeant, de source inconnue. Il s’apparente au son d’un moteur diesel, un bourdonnement continu ou sporadique que l’utilisation de bouchons d’oreille par exemple ne bloque pas. 

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« Jeu de peaux » est un thriller qui parle de l’art du tatouage. Autant dire que c’était loin d’être gagné. Je ne suis ni tatouée, ni en réflexion pour le faire, ni spécialement attirée par cet art, ce qui ne m’empêche pas d’admirer ceux des autres lorsqu’ils sont bien réalisés et surtout d’écouter les histoires qui les accompagnent. Juliano Rizzoni est « une star mondiale de la peinture contemporaine ».Incroyablement riche, internationalement reconnu, beau gosse aux multiples frasques racontées dans la presse à scandale, il est aussi à la tête d’un empire familial qui le place dans une situation de « happy few, où l’argent n’est pas un problème, juste une solution. » Sa signature est l’empreinte de son pouce droit qu’il plonge préalablement dans une teinte se rapprochant du bleu Klein. Un jour, il disparaît des radars. Nous le retrouvons au Japon à Hokkaido où il va suivre durant 2 années une formation complexe : l’art de l’Irezumi-so. « Un tatouage traditionnel, dont la technique violente, en contrepartie de la douleur, valorisait dans toute sa délicatesse la dimension picturale du dessin. » Mais le roman commence par une convocation de Juliano au 36 rue du Bastion par 2 enquêteurs chevronnés. En effet, dix tatouages sur peaux sont mis aux enchères. Dix tatouages réalisés sur la quasi-totalité de dix dos… arrivés chez Sotheby’s Paris… sans leurs propriétaires, mais qui valent « (…) compte tenu de leur rareté et du matériau utilisé, entre cinq et dix millions. »

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Souvenez-vous… En janvier 2019, Sarah Vaughan publiait « Anatomie d’un scandale » dont je vous avais déjà parlé sur le blog. Le roman parlait de consentement sexuel et de justice à deux vitesses. Dans « Autopsie d’un drame », changement de registre, l’auteur s’attaque aux violences faites aux enfants dans le cadre familial et développe plus généralement la thématique de la maternité. Liz est pédiatre. Lorsque l’une de ses amies Jess débarque aux urgences avec sa fille Betsey âgée de dix mois, c’est tout naturellement qu’elle prend l’enfant en charge. En effet, les deux femmes se connaissent depuis de nombreuses années, alors qu’elles suivaient des cours d’accouchement pour leurs premiers enfants. Sauf que… après une batterie de tests, il s’avère que Betsey souffre d’un traumatisme crânien et qu’incontestablement, il s’est passé quelque chose de terrible dans ce foyer que la mère ne dit pas. Comment envisager qu’une amie proche ait pu faire du mal à son enfant ? 

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Étrange et fascinant que le titre singulier de ce roman « Gamine Guerrière Sauvage ». Trois mots, noms ou adjectifs selon les interprétations pour décrire Maud, son héroïne, trois parties pour brosser un tableau précis et fidèle de son existence. Maud est née un jour sombre…. 11 septembre 2001 au moment où le monde entier a les yeux rivés sur des écrans télé quand les tours jumelles s’écroulent. « Je n’intéresse personne, ma naissance est un effondrement et ce n’est même pas le mien. » Maud vit à Tulle entre un père ex-champion d’athlétisme et une mère ex-championne de body-building. Son frère Alban incarne l’espoir sportif de toute la famille et porte sur ses épaules les regrets de carrières arrêtées trop tôt. Maud possède un signe distinctif : une main droite tranchée, dont la famille tait les origines, mais elle est aussi dotée d’une forme d’intelligence supérieure. En sus de ses résultats scolaires exceptionnels, elle possède des aptitudes uniques dans le domaine de l’informatique. Elle se fond sur le net tel un fantôme, sans jamais laisser de traces.Maud est également reine d’un territoire reculé, propriétaire de 1 km2 de terre en Antarctique, léguée par son arrière-grand-père. « Un kilomètre sur 1 kilomètre. Une part de rêve, la possibilité d’un espoir. Celui d’une terre sans maître. »

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« L’oiseau bleu d’Erzeroum » restera un phare dans la littérature contemporaine pour avoir abordé avec courage et lucidité le massacre des Arméniens par les Turques, période historique dont on sait finalement peu de choses. Ian Manook aborde deux points qui me paraissent fondamentaux. D’abord le génocide, extermination systématique d’un groupe ethnique, puis la diaspora, dispersion d’un peuple à travers le monde. Le génocide est vécu à travers les yeux de deux sœurs, Araxie dix ans, et Haïganouch six ans, témoins des massacres, des tortures et des actes de barbarie. Elles seront déportées, mais croiserons la route de Chakée qui les protégera tant que cela sera possible. La diaspora est développée grâce à ces deux fillettes, mais d’autres personnages clés les rejoindront dans ce cheminement vers la liberté, ou au moins vers de futures terres d’accueil. Ce premier tome d’une trilogie à venir (croisons les doigts) narre l’histoire romancée des grands-parents de l’écrivain, notamment celle transmise par sa grand-mère. C’est donc tout naturellement que le récit commence avec Araxie, en 1915, en Arménie Turque.

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En Mai, lis ce qui te plaît. Encore pas mal de sorties ce mois-ci, de quoi faire un joli stock pour l’été ! J’ai sélectionné 24 titres qui me font de l’œil, je verrais bien ce que j’arrive à lire ou pas. Ces deux derniers mois ont été très denses et je dois avouer que je n’ai jamais eu autant en retard dans mes lectures de service presse, et je ne compte pas ici mes achats personnels ! Je m’excuse d’avance auprès des auteurs qui attendent une chronique et des maisons d’édition qui m’ont fait confiance, mais je garde toujours à l’esprit le plaisir de lire d’abord, sans couteau sous la gorge. Je prends donc mon temps pour savourer chaque roman.

Dans cet article, vous ne trouverez pas la couverture du nouveau roman à paraître d’Amélie Antoine, ni la 4e. Je les rajouterais dès publication. Sachez qu’il sort le 20 mai, même jour que sa copine Solène Bakowski. Save the date!

Nous remonterons aussi aux origines de la carrière de Franck Sharko avec 1991, le petit dernier de Franck Thilliez que nous sommes nombreux à attendre.

Je me réjouis de retrouver deux nouveaux romans, mais pas pour les mêmes raisons : celui d’Elsa Roch, la poétesse du noir et celui d’Adèle Bréau que je trouve tellement rafraîchissante. Si vous ne les connaissez pas, je vous recommande toute leur bibliographie, du bonheur de lecture à venir.

Enfin, le prochain Valentin Musso arrive à grands pas et je me régale à l’idée de retrouver ses intrigues toujours très bien ficelées.

Je signale l’arrivée d’une nouvelle maison d’édition. Son nom est DALVA et elle aura pour vocation de mettre en avant des œuvres de femmes. Leur premier bébé s’appelle « L’octopus et moi », n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil.

En février 2021, mon groupe BlaBlaBook a eu 3 ans. Je remercie ceux qui l’enrichissent chaque jour et j’encourage ceux qui n’en font pas partie à devenir membres. Peut-être qu’un concours s’y tiendra bientôt….

Bonnes lectures à tous, partagez-les !

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Vous cherchez un roman qui « évolue en permanence à la frontière entre réalité et fiction » ? Un récit qui progresse sur une semaine en mettant la lumière sur notre société actuelle, tout en offrant une intrigue prenante, bien construite, avec des personnages emblématiques et attachants ? Je ne peux que vous encourager à découvrir « La chasse » de Bernard Minier, dernier opus en date des aventures de Martin Servaz, son héros récurrent. Une chasse à l’homme au milieu de la forêt. «La forêt recouvrait les collines, la nuit recouvrait la forêt, la peur recouvrait ses pensées. Sa peur avait un son — celui de sa propre respiration terrorisée et de son cœur qui battait —, elle avait une odeur — celle de sa transpiration et de cette chose puante sur la tête —, elle avait une couleur : noir, noir de la forêt, noir de l’âme de ces hommes, noir de sa propre peau.» Vous y êtes ? La semaine n’a même pas encore commencé…

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En littérature contemporaine, j’ai une affection toute particulière pour les écrivains qui osent cet exercice si difficile de créer des personnages que le lecteur va suivre dans le temps. Témoins d’une époque et de son évolution, plongés dans un environnement qui marque les esprits et les âmes, faits historiques, musique, odeurs, apprentissages, premiers émois, ces protagonistes ont le pouvoir d’ouvrir les portes de nos propres souvenirs et faire renaître la magie d’émotions éprouvées. En 1987, j’avais 13 ans. J’étais donc à peine plus âgée que Nina, Étienne et Adrien qui rentraient alors en classe de CM2. Nés en 1976, leurs années de jeunesse et d’adolescence sont quasiment les miennes. Leurs émotions, leurs peurs, leurs joies proches de celles que j’ai pu ressentir. Sans doute est-ce là un facteur majeur de la tendresse infinie ressentie pour eux et du coup de cœur phénoménal eu pour ce roman. Je crois que cela fait extrêmement longtemps que je n’ai pas ressenti un tel bien-être dans une lecture, des émotions si fortes et un dilemme aussi intense entre le terminer pour connaître le fin mot de l’histoire et le faire durer. «Des trois, Étienne est le plus frondeur, Adrien le plus susceptible, Nina la plus sensible.»

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Il est des livres qui font remonter des réminiscences douloureuses… des souvenirs de silence, d’interdiction de pleurer, de musellement de la parole, d’absence totale du droit à la guérison. Il est des êtres meurtris dans leur chair aux cicatrices visibles, et des êtres meurtris dans leur âme aux balafres dissimulées par des sourires de façade. Il est des êtres qui portent le visible et l’invisible parce qu’ils font partie d’eux. C’est l’été, l’heure des retrouvailles dans la maison de famille. Chacun y vient avec son bagage émotionnel. Chacun médite sous le vieux mûrier. Chacun se souvient du bal qui a changé sa vie, d’autres vont vivre le bal qui va changer leurs vies. Entre les souvenirs et la vie qui s’apprivoise, Diane Peylin ouvre les boîtes des non-dits pour tendre la main vers la guérison. Robin a souffert dans sa chair et se remet lentement d’une longue maladie, sa femme Suzanne cache une blessure dont il lui est impossible de parler, leur fille Jeanne tente de maintenir la tête hors de l’eau en regardant ses parents s’enfoncer en eux-mêmes tous les jours un peu plus. Rosa, la grand-mère vit dans le souvenir de son mari facétieux, le grand Alexandre, celui qui rendait la vie un peu plus belle par ses mots et ses farces et que l’on célèbre, chaque année, entre les murs de la bâtisse, la villa des ronces, qui garde tous les secrets. 

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