Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

« C’est cela notre époque, présent indéfini sans passé ni avenir, continuité sans interruption, sans égarements, surtout sans oiseaux. (…) Octobre s’achève encore dans la canicule. » Ainsi s’ouvre, après quelques pages « La riposte », sur un monde dévasté que l’on pourrait envisager de dater vers 2030, quand cette terre fatiguée aura décidé de se débarrasser des humains devenus persona non grata. Jonas, infirmier à domicile, prodigue ses derniers soins avant de partir vers un ailleurs qui ressemble fortement à un nouvel eldorado situé dans le nord du pays. En attendant, il opère ses derniers soins à des patients qui finissent tous par y rester. Tous s’éteignent dans la douleur. Tous meurent. Les médicaments se font rares, Jonas est confronté à d’énormes pénuries et doit faire preuve d’imagination pour les soulager au mieux. L’un de ses patients, Jean-René représente tout ce que Jonas exècre, il « avait des leviers de pouvoir sauver les choses » et n’a rien entrepris. Et pourtant, Jonas fait fi de ses émotions même s’il a conscience qu’à sa naissance « le match nous opposant à la planète était plié : défaite à domicile pour tout le monde. » Les petites doses de morphine administrée afin d’apaiser le corps de ses malades ne parviennent pas à apaiser son esprit revanchard qui fustige tous ceux qui ont brillé par leur inertie. Dans 2 semaines, il partira… voir si l’herbe est plus verte ailleurs, si l’air est plus respirable. « Pour nous comme pour ce monde, il n’y aurait pas d’issue, à quoi bon reconstruire si tout est détruit ? »

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Dans la famille Gauthier, Anna est pharmacienne, Hugues est chargé des affaires culturelles de la ville…Ils sont les heureux parents de Léo, lycéen comme les autres, ni premier de la classe, ni dernier, qui, comme tous les adolescents vit au rythme des copains, des fêtes, des examens. En ce week-end de mai 2010, des coups sonores sont frappés à la porte de la maison familiale aux premières lueurs de l’aube. Les gendarmes viennent arrêter Léo sans en préciser la raison. Le climat social de La France est tendu : le mouvement des gilets jaunes a repris de l’ampleur depuis le mois de janvier, Notre-Dame a pris feu en avril, le Rassemblement National arrive en tête des élections européennes de la fin mai. Dans ce contexte explosif, Léo s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Ses parents, fort bien installés dans la société civile, reconnus, appréciés, voient leur vie bien rangée exploser en plein vol lorsque le feu des projecteurs se braque sur eux. C’est alors que les tessons fichés dans le cœur et le corps d’Anna recommencent à voir le jour… d’abord insidieusement, puis de plus en plus douloureusement.

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En commençant « Tout ce que dit Manon est vrai », je m’attendais au récit d’une fieffée menteuse, manipulatrice, un peu intrigante, cherchant à embobiner son monde à grand renfort de mensonges et de demi-vérités. Il s’avère que Manon est simplement une jeune fille de son âge, en pleine adolescence, des émotions qui la terrassent comme des tsunamis, des hauts qui touchent les étoiles, des bas qui avoisinent les bas-fonds. Manon est douée. Très douée. Elle travaille sur un storyboard de BD en croquant les dessins et en écrivant les textes. À cette occasion, elle est approchée par Gérald, directeur de collection et éditeur. Marié à Viviane, cela ne l’empêche pas d’être extrêmement clair sur ce qu’il ressent. Manon, flattée, entre dans ce jeu, happée par les messages de Gérald, suspendue à sa BD. Autour d’elle gravitent plusieurs personnages : sa mère Pascale, son père Antoine, ses frères Louen et Tristan, quelques amis, puis Luc. 

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Nous avons tous « Notre part de nuit ». Chez certains, cette partie est plus puissante que chez d’autres, plus opaque, noirceur plongée dans des ténèbres sépulcrales. Au cœur de l’Argentine, un père entraîne son fils dans une cavale pour des raisons obscures. Juan est né avec une grave malformation cardiaque. Il a déjà subi plusieurs opérations et cela depuis son plus jeune âge. Chacune semble le laisser plus affaibli. Son fils Gaspar, enfant au début du roman, pleure le décès de sa mère Rosario, écrasée par un bus. Celle-ci fut la première femme argentine à avoir obtenu un doctorat en anthropologie à Cambridge. Le couple formé par ces deux êtres est tout sauf singulier. Juan est « le Médium » d’une organisation appelée « L’Ordre » qui a pour but de nourrir « l’Obscurité ». Il est susceptible d’«(…) entendre le son des couleurs», il est «capable d’entendre pousser les plantes», il sait parler grâce à la méthode du pishogue, une forme de communication secrète. Plus dérangeant, il voit les morts. Gaspar les voit également… Ce « don » dont le père ne veut pas parler frappe également le fils. Le jeune âge de celui-ci permet à Juan de raconter des histoires, de tenter de l’embobiner, de dédramatiser. «Je te jure qu’ils ne peuvent rien te faire. Ce ne sont pas des hommes et des femmes, ce sont des échos.» Ce cerveau malléable peut encore croire à ce que lui dit son père, mais ses entrailles savent qu’il est « spécial ».

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Bolivar est un pêcheur sud-américain. Accompagné d’Hector, ils prennent la mer malgré une violente tempête annoncée. Bolivar cherche à fuir quelqu’un ou quelque chose et c’est sous le joug de cette menace qu’il prend cette décision irraisonnée. Très vite, l’océan se déchaîne et ils se retrouvent au cœur de la tempête du siècle, prisonniers de l’océan Pacifique. Pour survivre physiquement, un seul objectif nécessaire : boire et manger. Pour résister psychologiquement : conserver à tout prix la flamme de l’espoir. « Un court instant, il prend conscience d’une sensation de vacuité alors que la gueule de l’océan s’ouvre juste derrière eux. Et alors la mer devient ciel. » Tour à tour unis et désunis, Bolivar et Hector, seuls face à leur propre conscience, questionnent leur foi, leurs espérances, leurs attentes, le but de l’existence, et l’imminence de la mort.Lorsque tout ce qui faisait le sel de la vie disparaît, à quoi se raccrocher ? Comment savoir qui l’on est vraiment ? Ce que l’on peut supporter ? Comment notre esprit fonctionne en situation de stress intense ? Où trouver la force de combattre quand tout semble vain ?« Le monde est plongé dans un vaste silence. On n’entend que la mer qui porte le vent sur son dos. »

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« Hors de toi » est l’histoire d’Alice, à différents moments clés de son existence, tous âges confondus, racontée par tranches de vie non chronologiques. Dans ce récit narré à la seconde personne du singulier, le « tu » est un « je » qui ne veux et ne peux pas exister. Alors, quand « je » est un autre en qui il est impossible de se reconnaître, qui suis-je ? La thématique principale de ce roman, « qui est Alice ? » nécessite des plongées dans le passé, quand Alice avait 15 ans, 5 ans, ou 7 ans. De nombreuses périodes phares susceptibles d’avoir construit ce « je » que chacun cherche à découvrir se succèdent en mélangeant passé et présent. 

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J’étais pourtant bien motivée à lire et faire baisser ma PAL… Échec complet, si ce n’est 3 romans dont je vous parlerais peut-être un jour ! Les sirènes de la rentrée littéraire m’ont invitée à venir voir de plus près ce qui se trame dans les sous-sols des éditeurs. S’agissant de sous-sol, j’y ai fait une merveilleuse découverte, chez un éditeur du même nom : « Notre part de nuit », sortie prévue le 19 août. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas été aussi suspendue à une lecture d’un roman de plus de 600 pages… avec « Les somnambules » peut-être, qui dans le même genre, ouvre un univers narratif singulier et surfe sur les hautes sphères de l’imagination. Lire la suite

J’ai découvert Anne-Gaëlle Huon lors de l’apéro des Caro du 24 juin (replay disponible, lien en fin d’article) et grande était mon envie de découvrir cette auteur pétillante, positive, au sourire lumineux et aux yeux brillants. Albin Michel m’avait envoyé « Ce que les étoiles doivent à la nuit », mais j’ai décidé de suivre les conseils de Caroline Vallat, libraire, et de commencer avec le premier « Les demoiselles ». Il s’ouvre sur la mention de « Liz Clairemont, la chef préférée des Français», personnage que le lecteur découvrira dans le second tome. Pour l’heure, nous remontons le temps grâce au témoignage de Rosa, au soir de son existence lorsque «les doutes nous tiennent compagnie et les étoiles sont peu loquaces.»

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Déménagement oblige, je m’y prends très en avance pour préparer la rentrée littéraire d’août. Cette année, j’ai décidé de faire une sélection très précise des romans qui me font vraiment envie en espérant pouvoir les faire acheminer jusqu’à Budapest, lieu de ma future villégiature. C’est la première fois que je vais habiter dans un endroit où je ne maîtrise pas la langue et cela promet quelques bons fous rires !

Voici donc ma sélection toute personnelle de 34 titres à lire au bord du Danube (ou pas). N’hésitez surtout pas à partager vos envies de lecture avec moi, vous connaissez ma curiosité.

J’ai pris contact avec la librairie française de Budapest dont j’attends la réponse. Mon but est de réunir la communauté française autour d’un club de lecture et pourquoi pas d’organiser des dédicaces d’auteurs français sur place. On a bien le droit de rêver… Les chroniques c’est bien, mais faire les choses en live c’est mieux !

Le mois de juillet sera consacré au rattrapage de mon retard en service presse et celui d’août à la rentrée littéraire. En septembre, j’aurais une meilleure idée de ce qui se passe et surtout de comment ça se passe.

Je vous souhaite à tous un très bel été, de belles lectures et de jolies parenthèses. Lire la suite

Voici mon bilan lecture du mois de juin, mois officiel de la main heureuse ! J’ai lu 9 livres, dont huit excellentes lectures et une déception. Si vous me suivez sur Babelio, vous constaterez que six d’entre eux peuvent se targuer d’avoir reçu 5 étoiles, ce n’est pas si souvent le cas ! Lisez-les, conseil d’amie !

Pour revenir sur LA polémique du mois qui frise les oreilles sur les réseaux sociaux, à savoir, si tu lis beaucoup, tu lis mal (oui, faut oser), tu lis en transversale (mais bien évidemment), tu n’as pas de vie (ben non… tu en as une toi ?), tu n’as pas d’enfants (j’ai vendu les miens et à un bon prix), tu ne respectes pas le travail de l’auteur (c’est vrai que ne plus pouvoir s’arrêter de lire un roman c’est l’insulte suprême). Je répondrais tout à fait aimablement, avec un brin de cynisme quand même « Si tu n’as pas d’autres causes perdues à défendre ni de plus grandes préoccupations dans ta vie que de savoir combien de livres les gens lisent et comment ils lisent, tu ferais peut-être bien de regarder à quoi ressemble TA vie, ça t’occupera ! » Comme disait Chuck Wendig dans les somnambules « Vos préjugés sont vos fenêtres sur le monde. Nettoyez-les de temps en temps, ou la lumière n’entrera pas. » ou encore, mais c’est un petit peu plus direct, accrochez-vous : «Sans déconner! Il y a des gens qui ne sont que des déchets, alors ils rencontrent d’autres déchets et commencent à constituer une décharge. Et c’est encore plus facile avec Internet. » Je vous laisse méditer….

Cette affaire tout à fait passionnante des bonnes âmes qui hantent les réseaux étant réglée, voici donc mon bilan mensuel, avec comme d’habitude, les liens vers mes chroniques. 

Je vous souhaite un bel été les amis, ne lisez pas trop, ou alors en cachette avec la lampe de poche sous la couette, sans le dire à personne. Très bonnes lectures à tous, lire rend officiellement moins débile. Je vous embrasse. 

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« Les somnambules » a été publié en juillet 2019 aux éditions Del Rey. Son auteur Chuck Wendig, né en 1976 est auteur d’œuvres de science-fiction, de fantasy, de thrillers horrifiques, de quoi vous donner un aperçu assez précis de son imagination fertile. Vous pouvez le suivre sur son blog « Terribleminds » qui allie pensées, conseils d’écriture et actualités personnelles. Les éditions Sonatine publient son roman en mars 2021, et je peux vous dire qu’elles ont rudement bien fait ! 2019, le monde tourne toujours à peu près rond… mais Chuck Wendig, lui, imagine qu’un mystérieux virus plonge les États-Unis dans le chaos. « Le virus s’est déjà propagé à grande échelle ; il ne s’est pas encore montré au grand jour. » Ce virus frappe tout le monde, homme ou femme, jeunes ou vieux, sans distinction de race. Il se manifeste comme un gros rhume, puis une vilaine grippe. Pour le détecter, des tests sont pratiqués à l’aide d’écouvillons que l’on pousse au fond du nez. 2019, le monde tournait encore à peu près rond, mais l’auteur lui s’était lancé dans la rédaction d’un texte visionnaire, prophétique, annonciateur d’un fléau colonisateur des corps et des esprits… Début 2020, la réalité dépasse la fiction : le monde est placé en quarantaine, frappé par un virus qui tue, oblige à des choix impossibles, restreint les libertés, et touche tous les pays sans distinction de race ni de sexe.

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Et pourquoi ne pas s’autoriser à rêver à d’autres cieux et d’autres lieux la tête dans les nuages ? C’est ce que propose le mystérieux Mark Miller, un pseudonyme somme tout assez classique pour un auteur qui souhaite garder l’anonymat, dans « Minuit! New York ». L’intrigue est elle aussi assez traditionnelle : deux unités de lieu, Paris et New York, un homme et une femme amenés à se rencontrer, un secret chez l’un, des menaces pour l’autre. Dit comme ça, cela peut apparaître assez banal, mais il faut bien avouer que ça fonctionne et qu’une fois commencé, le lecteur brûle de connaître la fin. Si vous lisez la 4e de couverture, vous vous rendrez compte que ce qui est proposé dans ce livre est fidèle à ce que vous y trouverez. Il n’a pas de mensonges sur la marchandise, pas de tentative d’escroquerie, c’est un livre qui mélange romance et suspens et qui m’a beaucoup fait penser à un autre auteur à ses débuts…

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Alex Michaelides a fait une entrée remarquée dans le thriller psychologique en février 2019 avec « Dans son silence » (voir le lien vers ma chronique en fin d’article). Quand un roman obtient un tel succès, il n’est pas facile de relever le challenge une seconde fois, en proposant, à nouveau, un thriller psychologique. « Les Muses » met en scène une psychothérapeute, Mariana, appelée au secours de sa nièce étudiante à Cambridge. Le cadavre d’une jeune fille sévèrement mutilée a été retrouvé près de l’école. Mariana, très fragile psychologiquement, puisqu’elle vient de perdre son mari mort noyé lors de leurs vacances, décide de se rendre à Cambridge pour soutenir sa nièce Zoé. D’origine grecque, elle rencontre sur le campus un professeur qui enseigne le grec ancien. Ce dernier, très charismatique, intrigue Mariana. Lorsqu’elle apprend qu’il a créé un groupe appelé les Muses, assemblage d’étudiantes triées sur le volet, en adoration devant le mâle savant auquel il donne des cours privés, elle le place immédiatement dans la liste des suspects. Quand un second cadavre est retrouvé, le doute n’est plus permis : Edward Fosca est le coupable qu’il faut parvenir à démasquer. 

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Roman-fleuve, mais aussi saga familiale « Tout le bonheur du monde » raconte l’histoire de la famille Sorenson : un couple Marilyn et David et leurs quatre filles Wendy, Violet, Liza et Grace. Dans une narration qui oscille entre présent et passé, Claire Lombardo explore, grâce à une plume affûtée et un incroyable esprit d’analyse les fondations du couple, les jeunes années des filles et leurs impasses d’adultes. (l’auteur n’a que 30 ans !) Le roman s’ouvre sur un prologue qui plonge directement le lecteur dans le monde des Sorenson, à l’occasion du mariage de leur aînée Wendy, mariage qui a lieu dans la maison familiale. C’est ainsi que nous faisons la connaissance de Marilyn partie se réfugier sous le ginkgo, là où tout a commencé avec David… Elle contemple la fête de loin, s’interroge sur les années passées si vite, admire ses filles dont les plus jeunes, Liza et Grace n’ont que respectivement 16 et 7 ans. Marilyn Sorenson fait le point sur sa vie de femme et sa vie de mère. « Comment était-il possible de concevoir des êtres humains, de les créer à partir de rien, puis soudain de ne plus les reconnaître ? » Par petites touches, le lecteur découvre également les filles, si différentes les unes des autres, dans des portraits courts qui seront étoffés bien plus tard dans le récit. La fratrie se décompose en deux binômes, Wendy et Violet qui n’ont que quelques mois d’écart et dont les relations sont très tendues parce qu’elles partagent un terrible secret, puis Liza et Grace. Le roman couvre plus de 40 ans de vie, sans linéarité, mais en précisant toujours à quelle époque on se trouve. 

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Il n’est jamais aisé d’écrire une chronique qui soit suffisamment « honorable » pour rendre justice à un roman que l’on a follement aimé. « De cendres et de larmes » est un roman que j’ai follement aimé, de la première à la dernière phrase. Sophie Loubière a un don pour poser ses atmosphères qui deviennent de plus en plus oppressantes au fur et à mesure des pages qui se tournent. Le roman s’ouvre sur une scène d’apocalypse que personne n’oubliera : Notre-Dame en feu. Madeline est caporale-cheffe sapeur-pompier. Elle est mariée à Christian qui accepte un poste de conservateur au cimetière de Bercy. Cette famille constituée de deux adultes et de trois enfants vit dans un tout petit appartement. L’idée d’une maison plus grande est séduisante. Une maison située au cœur d’un cimetière un peu plus rebutante. Et pourtant, la famille franchit le pas, attirée comme des papillons par l’espace, le silence, le calme et plus de sérénité. Lire la suite

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