Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

La société des objets magiques de Gareth Brown

Gareth Brown, dont j’avais dévoré « Le livre des portes » l’année dernière, récidive avec « La société des objets magiques ». La bonne nouvelle, c’est qu’encore une fois, il ne déçoit pas. J’ai retrouvé intactes toutes mes émotions de lecture ressenties la première fois. Cet auteur possède une capacité rare à construire un monde parallèle au nôtre, invisible, mais paradoxalement tangible, qui coexiste dans l’ombre de notre quotidien sans que personne n’en sache rien. Ce roman est un ravissement à explorer, et croyez-moi, une fois plongés à l’intérieur, ce texte va vous emprisonner (pour votre bien).

Cette fois, nous ne sommes pas à New York, mais à Londres, dans le sous-sol d’une librairie, lieu de prédilection de l’auteur. Il s’en passe des choses dans ces lieux entassés d’ouvrages plus fascinants les uns que les autres. C’est là que, tous les six mois, se réunit « La société des objets magiques », composée de quatre membres seulement. La mission de chacun est transmise de génération en génération, et la vocation commune est de collecter, protéger, tenir secrets tous les objets du monde qui possèdent un pouvoir. Car oui, la puissance de certains est phénoménale.

Quand le banal devient extraordinaire

Ces artefacts sont, par exemple, capables de rendre immortel, de faire plier la volonté d’un être humain, de faire voler, de contrôler le vent. Mais, en réalité, leurs pouvoirs sont infinis. En effet, des fragments de magie ont été déposés dans des objets parfois insolites ou anodins. En la matière, l’imagination de Gareth Brown est proprement vertigineuse, puisque, pour chaque objet, il invente son histoire, ses règles propres et les dérives possibles s’il tombait entre de mauvaises mains. Autant dire que « La société des objets magiques » doit protéger leurs pouvoirs quasi divins afin d’éviter que le monde tremble.

À la tête de la Société, Frank Simpson, le doyen de l’aventure, est persuadé que ces objets sont trop puissants pour être utilisés, même à des fins nobles. Ils doivent absolument rester cachés. Frank possède l’art d’esquiver les questions… car le lecteur sent très vite qu’il ne dit pas tout. Magda Sparks, romancière, est la membre la plus récente de la Société. Sa mère, morte en mission, lui a légué son siège. Mais Magda ne partage pas tout à fait l’avis de Frank : elle voit dans certains de ces objets un potentiel capable de faire le bien.

Dès le début de « La société des objets magiques », elle est envoyée à Hong Kong pour récupérer un artefact qui vient de réapparaître. Il s’agit d’une pièce d’échecs en ivoire, dont Frank refuse de lui révéler les pouvoirs. À son arrivée sur les lieux, Magda se retrouve confrontée à Owen, un tueur solitaire, bien décidé à ratisser le monde pour posséder ces objets.

L’introduction de ce personnage, en gros le « méchant » de l’histoire, est tout à fait trépidante, car Gareth Brown ne fait pas de lui un simple rival. À travers de nombreux allers-retours dans son passé, le lecteur prend conscience des traumatismes qui l’ont conduit à convoiter ces objets, et décortique la façon dont la douleur forge parfois des monstres qu’on aurait pu ne pas être. Ainsi, « La société des objets magiques » confronte l’altruisme de Magda et l’appétit insatiable d’Owen. Ce jeu de miroirs apporte au roman des réflexions bien plus intéressantes qu’une simple plongée dans un univers magique.

Progressivement, le lecteur découvre les autres membres de la Société… et les petits secrets qu’ils cachent, notamment à l’insu de Frank. Chacun semble vouloir protéger un artefact familial sans le lui dire. Car, outre le divertissement, le vrai sujet de « La société des objets magiques » n’est pas seulement la chasse aux objets. La question centrale est de savoir qui a le droit de les détenir, qui décide de leur usage, et surtout ce que le pouvoir fait à ceux qui les gardent. En effet, que deviennent des personnes ordinaires détenant des artefacts extraordinaires ? Imaginez un peu les conséquences d’un pouvoir colossal mis entre de mauvaises mains.

À l’instar du Livre des portes, Gareth Brown table encore une fois sur l’union qui fait la force, et la nécessité de travailler ensemble, de se faire confiance pour aboutir à une vision humble, réaliste et viable du pouvoir.

Un moment de lecture hors du temps

« La société des objets magiques » est un roman de réalisme magique, d’aventure et d’apprentissage. Il traverse les continents, regorge de bonnes idées, et parvient à surprendre son lecteur. Mais ce qui le distingue vraiment réside dans sa capacité à vous faire décrocher du monde réel. Et c’est exactement le genre de lecture dont j’ai besoin en ce moment : un moment hors du temps. Entrer dans un monde qui n’existe pas, mais qui paraît plus réel que le mien est un véritable cadeau. Ce réalisme magique, cette façon de faire cohabiter le banal et l’extraordinaire sans que la couture ne se voie, est la marque de fabrique de Gareth Brown. Il la maîtrise avec une aisance déconcertante.

J’admire son imagination vraiment débordante. Chaque fois que l’on croit avoir cerné les contours de son univers, il en ouvre un nouveau pan ou glisse une révélation là où on ne l’attendait pas. Les artefacts sont d’une richesse époustouflante. Leurs natures sont pensées, cohérentes et fonctionnent avec leurs propres logiques internes (et ses propres risques). On ne sait jamais réellement ce que le prochain chapitre va réserver, et ça, c’est une vraie force.

Jusqu’à la fin, fort bien trouvée, et qui fait sourire de plaisir, « La société des objets magiques » tient toutes ses promesses d’immersion totale. Ce roman au charme envoûtant m’a replongée avec délice dans l’univers du « Livre des Portes ». Dans cet ouvrage unique, récit hybride mêlant à l’envi réalisme magique, mystère, aventure, fantastique et même une pointe de romance, tout m’a conquise. Encore une prise de risque bienvenue dans un monde littéraire qui se lisse de plus en plus.

Service de presse, chronique non rémunérée.

Traduction : Pierre Szczeciner

Titre original : The Society of unknowable objects

Editeur : Sonatine

Sortie : 16 avril 2026

480 pages, 24,90 euros

Existe au format audio pour Lizzie, lu par Amandine Barbier, 11h10 d’écoute. 

Chronique : Le livre des portes, Gareth Brown.

D’autres avis sur le roman – Babelio –

2 réflexions sur “La société des objets magiques, Gareth Brown.

  1. Yvan dit :

    Acheté hier, tu te doutes bien que je ne vais pas rater cette lecture 😉

  2. Aude Bouquine dit :

    J’avais aucun doute 😉

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