Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

Dans la forêt de Jean Hegland Mes coups de coeur littéraires en 2024

« Dans la forêt » de Jean Hegland, nous emporte au cœur d’une expérience sensorielle intense, où chaque mot semble porter le poids de la survie et de l’amour fraternel. La relation entre les deux sœurs, Nell et Eva, est le fil conducteur de cette histoire, tissée dans un monde en déliquescence. Leur amour est palpable, vibrant, un ancrage vital dans un univers qui s’effondre.

Dès les premières pages, le lecteur ressent une forme d’intimité presque intrusive, à l’image des pages d’un journal personnel lourd de réflexions et de souvenirs intimes. Nell et Eva se retrouvent isolées dans leur maison familiale, alors que la civilisation autour d’elles se désintègre lentement. Cet isolement forcé révèle la profondeur de leur relation, faite de silences partagés, de regards échangés et de gestes simples, mais tous porteurs de sens.

« Dans la forêt », la nature joue un rôle omniprésent, presque un personnage à part entière. Cette forêt qui entoure leur maison n’est pas seulement un décor, mais un espace vivant et changeant, parfois hostile, parfois protecteur. Chaque arbre, chaque bruissement de feuilles, chaque souffle de vent semble accentuer la solitude des deux jeunes femmes, tout en soulignant leur résilience. La forêt devient un miroir de leur propre évolution, de leur adaptation et de leur lutte pour survivre.

Le récit de Jean Hegland est empreint de mélancolie, marquée par la perte de repères et l’incertitude de l’avenir. Pourtant, au cœur de cette noirceur, il y a des moments de lumière, des instants de beauté fugaces qui illuminent l’obscurité ambiante. Les souvenirs d’une vie passée, les rêves d’un futur possible, tout cela se mêle dans une danse délicate entre espoir et désespoir.

L’amour qui unit Nell et Eva est un refuge contre la folie du monde extérieur. Cet amour se manifeste dans de petites choses : une tasse de thé partagée, une danse improvisée, un sourire échangé au coin du feu. Il est leur force et leur faiblesse, un lien indéfectible qui les pousse à se battre jour après jour. Il est aussi la source de leur douleur, car dans chaque décision prise, dans chaque sacrifice fait, il y a la peur de perdre l’autre.

Le monde effondré dans lequel elles évoluent est décrit sans grande précision… L’absence de ressources, la menace constante de dangers, la dégradation progressive de leur environnement contribuent à créer une atmosphère de fin du monde. Cependant, c’est aussi dans ce contexte que leur courage et leur détermination prennent tout leur sens. Elles puisent dans les enseignements de leur père, dans les livres laissés par leur mère, dans les souvenirs d’une époque révolue, les moyens de continuer et de persévérer malgré tout.

« Dans la forêt » n’est pas seulement une exploration de la survie physique, mais aussi de la survie émotionnelle et spirituelle. La musique, la danse, la lecture deviennent des actes de résistance, des moyens de préserver leur humanité face aux menaces qui les entoure. Nell et Eva réapprennent à vivre, non pas comme elles le faisaient avant, mais avec une nouvelle conscience de ce qui est vraiment essentiel.

La fin du monde, telle que décrite par Jean Hegland, est moins un événement cataclysmique qu’une série de petites morts : la fin de l’électricité, de la communication, de la société telle qu’elles la connaissaient. Mais à travers ces pertes, il y a aussi une renaissance, une redécouverte de soi et de l’autre. Leurs âmes survivent parce qu’elles apprennent à trouver la beauté dans la simplicité, la force dans leur union.

En refermant « Dans la forêt », il nous reste un sentiment de tristesse mêlé à une étrange sérénité. La force du roman réside dans sa capacité à capturer la fragilité de la condition humaine et la puissance de l’amour fraternel. On ne sort pas indemne de cette lecture, mais on en ressort transformé, fort d’une nouvelle vision sur les liens qui nous unissent et la résilience qui sommeille en chacun de nous. Nell et Eva nous montrent que, même dans les moments les plus sombres, il y a toujours une lueur d’espoir, une étoile à suivre, un cœur à aimer.

« Dans la forêt », existe aussi en version audio chez Audiolib, lu par Maia Baran et en roman graphique chez Sarbacane. 

Traduction Sophie Aslanides.

APAISER NOS TEMPÊTES, Lu par Maia Baran – Sortie Audiolib le 19 janvier 2022. Ecouté dans le cadre de la sélection pour le prix Audiolib 2022.

D’autres avis sur le roman – site Babelio

10 réflexions sur “Dans la forêt, Jean Hegland.

  1. laplumedelulu dit :

    Jolie chronique une fois de plus. Merci à toi 🙏 😘

  2. Yvan dit :

    Il faut absolument que je le lise, j’en suis certain maintenant !

  3. Aude Bouquine dit :

    Ah ! Celui-là il est pour toi ♥️

  4. Un roman que j’ai lu il y a de cela quelques années et avec lequel j’ai découvert Jean Hegland, dont j’aime beaucoup la plume.

  5. Aude Bouquine dit :

    Je ne sais pas pourquoi j’ai attendu si longtemps ! Mais quel délice ce bouquin, franchement !

  6. Toujours dans ma pal, j’ai vu qu’ils sortaient le collector

  7. Aude Bouquine dit :

    Oui j’ai vu aussi . Une belle tentation ❤️

  8. ~ Anaïs ~ dit :

    Il me tente depuis un p’tit moment celui-ci !

    Ta chronique confirme bien mon envie 😊

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