Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Avril 1976, Phnom Penh, Cambodge. La nation toute entière vit au rythme des enlèvements, tortures et crimes commis par le régime en place. L’Angkar, organisation révolutionnaire demande fidélité, respect et obéissance au parti. Janvier 2019, Brest, Champey est en proie à de terribles cauchemars qui la transportent au Cambodge. Elle rêve de bombardements, de sang, de tortures. Pourtant, adoptée dès son plus jeune âge, elle n’a jamais connu le pays qui l’a vue naître. Le mystère de ses origines reste entier. Mère d’une petite Mau âgée de 6 ans, Champey lui ment sur ses origines. Elle dissimule avec beaucoup de détermination l’identité de son vrai père et lui en invente un plus honorable. « Peut-on vivre dans le mensonge ? Dans une mystification idyllique de son passé ? Ou bien doit-on se confronter à la vérité, si terrifiante et cruelle soit-elle ? »

Dans « Angkar », Christian Blanchard explore le mystère des origines par le prisme de deux survivantes, deux rescapées de la vie. Si le conscient se barricade pour ne pas souffrir, l’inconscient ne laisse pas Champey tranquille. Elle porte en elle le cauchemar de sa naissance et traîne les stigmates de ce pan de son histoire personnelle. Perturbée par ces nuits douloureuses et exténuantes, sa curiosité s’empare peu à peu de son quotidien, obsédée par les mystères cachés de sa naissance. Et pourtant, intéressant paradoxe, Champey cache la véritable identité de son père à sa fille, refusant toute authenticité le concernant, créant un faux album photo, racontant des anecdotes tronquées.

Cette confrontation, et cette mise en perspective auraient dû être le point d’ancrage du roman. L’histoire du Cambodge et la prise de pouvoir des Khmers rouges, le décorum qui permettait de donner une âme au récit. La transmission épigénétique, le cœur d’une longue quête sur le chemin de la vérité. Les cartes étaient fort bien posées, les ambivalences dans les actions éminemment intéressantes, les affres psychologiques telles que « pourquoi reproduit-on ce qui nous fait souffrir » énoncées. Les connexions, les interactions entre l’histoire personnelle de Champey et la vie de sa fille laissaient supposer de beaux axes de réflexion sur ce qui fait que vous sommes qui nous sommes. Les retours en arrière, en 1976 sont très réalistes et fort réussis. L’histoire du Cambodge est peu connue et la raconter offre un voyage dans le temps dont le lecteur ne se lasse pas, même s’il sert principalement à raconter des abominations. Lorsque Champey se rend dans le centre de détention S-21 au Cambodge pour remonter le fil de son histoire, le lecteur est comme suspendu à ses émotions.

Et puis, malheureusement, le soufflet retombe. Christian Blanchard donne à la seconde partie de son roman une direction particulière à laquelle je n’ai absolument pas adhéré. Les thématiques psychologiques captivantes abordées plus haut font place nette à des scènes d’actions pures dont je ne vous parlerai pas. Les réponses attendues n’arrivent qu’en toute fin de roman, presque jetées là comme un cheveu sur la soupe, dans une incompréhensible précipitation, sans développement particulier, et sans épaisseur. Le temps accordé pour aborder les vrais aspects spirituels du travail de mémoire et encore plus de la mémoire génétique est trop expéditif. Pour moi, tout va trop vite, et les choses ne sont pas traitées en profondeur.

Voilà une semaine que j’ai achevé ma lecture et ce compte-rendu me torture depuis lors. J’aurais aimé écrire autre chose… Si la première partie du roman est habilement menée développant une vraie psychologie des personnages, la seconde partie m’a perdue dans des circonvolutions que je juge dommageables pour le roman. Cela reste mon avis et il n’engage que moi. Je suis persuadée que ce récit ravira les lecteurs avides d’histoires qui mêlent aspects introspectifs et scènes d’action. J’aurais préféré que Christian Blanchard reste sur sa ligne de départ et développe cette double mise en abîme de recherche des origines pour la mère et la fille, afin de dégager de vrais axes de réflexions. N’hésitez pas à vous faire votre propre idée et parlons-en.

Je remercie des éditions Belfond et Netgalley pour leur confiance.

#Angkar #NetGalleyFrance

4 réflexions sur “ANGKAR, Christian Blanchard – Belfond, sortie le 13 février 2020.

  1. Yvan dit :

    Un ressenti personnel et sincère, merci Aude

  2. Lord Arsenik dit :

    C »est mon premier Christian Blanchard et j’ai été totalement emballé. C’est vrai que j’aurai apprécié que la quête d’identité de Champey soit davantage développée, mais j’ai trouvé le revirement de situation plutôt bien mené. En tout cas ça m’a donné envie de lire ses autres romans.

    1. Aude Bouquine dit :

      Lis son précédent que j’ai vraiment adoré !

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