Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Tout commence en 36 483 avant Jésus-Christ, sur la péninsule ibérique. Gnva chef de famille, cherche à protéger coûte que coûte sa femme Chta et son fils Bvé des destructeurs, notamment de Draka leur chef emblématique. Malheureusement, Bvé, impuissant assiste au massacre de sa famille. À Ajaccio, en février 2020, Vannina Aquaviva, capitaine de gendarmerie, mais aussi « mazzera acciaccatore », chasseuse d’âme se réveille après un nième cauchemar terrifiant. Il faut dire qu’elle a un don : des prophéties lui annoncent régulièrement la mort de proches sans qu’elle puisse savoir qui va mourir. Vannina est appelée sur les lieux d’un crime sordide, au fond d’une grotte où elle découvre « un amas de carcasses orné d’un enchevêtrement de membres sectionnés et d’ossements de toute taille. », une cage thoracique cisaillée, un cœur arraché, de la cervelle cuite… Quel est le rapport entre ces hommes venus d’un âge lointain, et ce crime qui frappe la Corse ? « Une chasse à l’homme » débute (et vous verrez que ces guillemets prennent tout leur sens) à travers le monde et les âges.

Fabrice Papillon signe ici sa deuxième fiction. Après « Le dernier Hyver », nous voici dans « Régression ». Si les deux romans fonctionnent sur la même mécanique, une construction passé-présent où le lecteur fait connaissance avec des personnages charismatiques de l’Histoire du monde, en suivant parallèlement une enquête de police, nous sommes pourtant dans une thématique très différente : la quête de nos origines et une mise en perspective de ce que nous avons fait de notre monde.

Il est très difficile de parler des romans de Fabrice Papillon, tant ils sont denses et touffus. Je préfère vous parler de mon expérience de lectrice et surtout de ma réticence à y plonger. D’abord, et c’est un point de vue tout à fait personnel, les 4e de couverture me font peur. La plongée historique ajoutée aux informations scientifiques me donne des sueurs froides. Ce n’est pas ma zone de confort, pas mon domaine de prédilection. Peur de ne pas comprendre ? Peur d’être perdue ? Peur de ne pas avoir le niveau intellectuel pour appréhender de tels romans ? Exactement ! Alors, après plusieurs sommations, et plusieurs avis éclairés dont un fameux « tu n’as jamais lu un truc pareil », je me suis décidée à attaquer « Le dernier Hyver », sans relire le résumé, sans le commencer à 23 h à l’heure où habituellement mes yeux se ferment. J’ai procédé de la même manière avec « Régression ».

Historien de formation, journaliste, Fabrice Papillon apporte un soin particulier à la traversée de l’Histoire du monde. Nourri de détails pointus, de personnages emblématiques comme Homère, Platon, Michel-Ange, Rabelais pour ne citer qu’eux, le roman s’articule autour de ces époques par des anecdotes passionnantes et, surtout, la transmission d’un secret à travers les âges. La vulgarisation historico-scientifique chère à l’auteur permet de tisser un lien, précis, méthodique et scrupuleux avec l’enquête qui se joue en 2020. Dans ce présent-là, je voudrais insister sur l’hyperréalisme des scènes de crime, la précision des détails, une volonté d’exactitude des éléments dépeints pour l’avancée de l’enquête, qui font que le lecteur devient lui aussi un Sherlock Holmes en puissance.

La force de ce roman est qu’une fois encore, les parties historiques sont aussi captivantes que les parties « instants présents ». L’effervescence est à son comble lorsque s’affiche en tête de chapitre, une date différente de 2020, car le lecteur, indubitablement, se réjouit de savoir où l’auteur va l’emmener cette fois encore, et surtout quel personnage historique il va pouvoir mettre sur sa route. Le récit passé-présent est un mécanisme qui fonctionne très bien chez moi, quand aucune des parties ne prend le pas sur l’autre, qu’elles suscitent le même intérêt, et surtout, le même attachement. Rajoutez à cela un petit côté mystique, ésotérique, une écriture adaptée à chaque époque décrite sans verser dans la pédanterie, et la volonté que donne l’auteur de s’interroger sur notre monde, et vous obtenez une recette inouïe qui fait la marque de fabrique de Fabrice Papillon.

Enfin, et c’est une information importante, on sort de ses romans moins stupides, on ne va pas se le cacher. Entre « Le dernier Hyver » et « Régression », j’ai appris une foule de choses. J’ai adoré découvrir des anecdotes truculentes au sujet de personnalités de notre Histoire, imaginé comment les choses pouvaient se passer alors, comprendre des chantiers tels que la cathédrale de Strasbourg ou la basilique Saint-Pierre, m’imprégner des ambiances, des coutumes, des mythes et croyances régionaux, et des lieux, d’imaginer les traces d’un message laissé pour les générations futures dans « les récits de Rabelais, les peintures de Michel-Ange ou les cartes d’Oraux Magnus », car oui, ce roman ouvre les portes de l’imagination et amène à rêver les yeux ouverts.

Vous l’aurez compris, ce livre est truffé d’une substantifique moelle qui amène à des questionnements bien légitimes : qu’avons-nous fait de notre monde ? « Que veulent nous dire ces hommes et pourquoi maintenant ? » Qu’est-ce que cette régression dont nous parle l’auteur ? À travers multiples lieux, agrémentés de photos, de symboles, ce roman est certes ambitieux, mais à la portée de tous. L’immersion est jouissive, trépidante et génère un plaisir de lecture sublime. Laissez l’histoire vous envahir, sans crainte et avec délice, vous ne serez pas déçus du voyage que vous offre Fabrice Papillon.

« Si l’homme était né bon et pur, avant de dégénérer, c’est alors que la civilisation l’avait perverti. L’homme serait naturellement bon, mais aurait perdu toute son innocence en raison des méfaits de la société. »

4 réflexions sur “RÉGRESSION, Fabrice Papillon – Belfond, sortie le 10 octobre 2019

  1. Yvan dit :

    On est donc bien d’accord au final : « tu n’as jamais lu un truc pareil » ;-).
    Quel plaisir de lire ton enthousiasme et les explications de ton ressenti ! ça va être communicatif !

    Aimé par 2 personnes

  2. Mais arrêtez de faire grossir ma wish-list !! (Quoi que… Je peux toujours la filer au père noël ?)

    Aimé par 1 personne

    1. Aude Bouquine dit :

      C’est même recommandé 😉

      J'aime

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