Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

On le savait scientifique, capable de rendre la science accessible et passionnante, doué pour l’Histoire et les allers-retours dans le temps jouant avec différentes temporalités, on le supposait féministe tant il avait formidablement bien développé son propos dans « Le dernier Hyver», on connaissait ses préoccupations écologistes narrées dans « Régression ». Le voilà dans un nouveau registre notre grand Papillon qui pollinise le paysage littéraire français : le récit d’anticipation. « ALIENés » est un thriller qui associe roman policier, roman historique ET effets spéciaux cinématographiques. Certains y verront un James Bond à ses meilleures heures, j’y vois plutôt un Bourne capable de changer de lieu comme il change de flingue. « ALIENés » est mené tambour battant, de la première à la dernière ligne, avec des scènes dignes des meilleurs films d’action.

L’action se situe en 2022. Deux lieux (pour commencer), deux meurtres, deux personnages centraux. La station spatiale internationale et « les arêtes de poissons de Lyon », le cadavre d’un astronaute et celui d’un chercheur tous deux éviscérés, Louise Vernay sur terre et Ethan Miller dans les airs pour mener l’enquête. Autant vous dire qu’un cadavre dans l’ISS c’est assez improbable, mais celui situé dans les profondeurs de Lyon, aussi. Louise Vernay est le genre de femme brut de décoffrage, elle n’a pas sa langue dans sa poche, jure comme un charretier, fume des pétards, boit comme un trou, occupe ses rares soirées à « binge-watcher » des séries Netflix jusqu’à l’écœurement. Ethan Miller a le charme discret et suranné anglais, de la distinction, de l’ambition, des armes secrètes pour accélérer sa carrière, une obéissance toute militaire, un savoir-être « so british ». La rencontre de ces deux-là, c’est du bonheur en barre à regarder. Deux personnages bien ancrés dans leur époque, aux références culturelles différentes, mais finalement complémentaires et aux buts communs : démêler coûte que coûte cet imbroglio dans lequel ils sont tombés. Qui a fait le coup ?

Il ne s’agit pas ici d’un simple divertissement, même si divertissement il y a. Si vous connaissez un peu les œuvres précédentes de Fabrice Papillon, vous savez bien qu’il y a toujours un message sur lequel il souhaite nous interpeller. Pour ce faire, il a introduit dans « ALIENés » des personnages célèbres et emblématiques qui existent vraiment, dans la « vraie vie ». Ce choix narratif permet de plonger le lecteur dans une réalité qu’il connaît, d’apporter du poids et de la crédibilité à son histoire. En choisissant l’alternance de lieux, il apporte du rythme. Mais l’essentiel est ailleurs… David Vincent sort de ce corps ! Qui a pu tuer cet astronaute de la plus horrible des façons ? Toutes les hypothèses sont ouvertes, y compris celle de la présence dans l’espace d’une autre forme d’humanité… La probabilité d’être seuls dans l’univers s’amenuise pendant que l’auteur, lui, s’éclate à ouvrir le champ des possibles en menant de front plusieurs enquêtes, dans différents lieux, de la Californie au Yucatan, du 444 Ocampo Drive ancienne résidence de Henry Miller (Plexus, Nexus, Sexus, Tropique du cancer et Tropique du Capricorne, je voyage dans mes années de fac) à l’Agua Dulce, un cénote magnifique situé hors des sentiers battus. Mais où veut donc nous emmener Fabrice Papillon ? Et pourquoi ce titre, « ALIENés » ? Vous le comprendrez bien assez vite… à coup d’explications vulgarisées sur un procédé parfaitement bâti qui fonctionne admirablement bien. Et toute la petite fourmilière humaine se précipite allègrement dans ce piège tendu à dessein. Pour être baignée depuis plusieurs années dans l’imagination des futurs visionnaires de ce monde, par l’intermédiaire de la voiture autonome, j’en viens à me demander où s’arrêteront les idéaux de ces savants fous. Ce fut exactement ma pensée en refermant « ALIENés ». De quand date cet abandon de notre réelle liberté, ce renoncement à nos jardins secrets, cette capitulation face aux sirènes d’être vus et entendus ? comment avons-nous pu donner aussi facilement nos accords tacites ? En attendant, n’oubliez pas : une question ? Google. Un appel FaceTime ? Apple. Une humeur ? Facebook. Un besoin quelconque ? Amazon. De l’ennui ? Netflix. Une location ? AirB&B. Un déplacement ? Uber. 

Dans l’intervalle, lisez « ALIENés », parce que c’est rythmé, cinématographique, addictif, et intelligent et que « L’intelligence on croit toujours en avoir assez, vu que c’est avec ça qu’on juge. » Coluche 

RÉGRESSION, Fabrice Papillon – Belfond, sortie le 10 octobre 2019

LE DERNIER HYVER, Fabrice Papillon – Belfond, sortie le 5 octobre 2017

8 réflexions sur “ALIENés, Fabrice Papillon – Plon, sortie le 14 octobre 2021.

  1. laplumedelulu dit :

    Ben dis donc Aude. Ça dépote côté chronique. Je le note. Merci à toi. 🙏😘

    1. Aude Bouquine dit :

      C’est la dernière du mois 😉
      Maintenant, je me tais 😘

      1. laplumedelulu dit :

        On dit ça, on dit ça. 😜❤️

  2. Yvan dit :

    « David Vincent sort de ce corps » : ahahah tu m’as fait rire, merci ! Tu le sais combien je suis content de savoir que tu as apprécié ce livre que je trouve hors norme !

    1. laplumedelulu dit :

      Je dis « Gilou sors de ce corps » . J’ai la musique des envahisseurs dans la tête maintenant 😂😂

  3. En cours de lecture

    1. Aude Bouquine dit :

      Bonne lecture 📖

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