Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Attention : cette chronique peut contenir des spoils pour qui n’aurait pas lu « Le cri » et « Complot ». « L’île du diable » est la suite des deux opus mentionnés ci-dessus où le lecteur retrouve l’enquêtrice Sarah Geringën que nous avions quittée en très fâcheuse posture dans « Complot ». Le roman s’ouvre par un résumé succinct, mais bien pensé des deux romans évoqués plus haut. Merci à Nicolas Beuglet et aux éditions XO pour cette initiative que je trouve très à propos lorsque le lecteur doit attendre presque 1 an pour découvrir une suite. Dans le chapitre 1, nous retrouvons donc Sarah en prison, enfermée depuis une année pour son implication dans l’affaire du Vatican. Sa libération va l’emmener dans la demeure de son père où le corps de ce dernier a été retrouvé sans vie couvert d’une mystérieuse poudre blanche. Lors de l’autopsie, une clé sera retrouvée dans son estomac. Commence alors une enquête qui va obliger Sarah à découvrir la face cachée de ce père qu’elle pensait si bien connaître. Traversant les forêts de Norvège, puis les territoires hostiles de Sibérie, Sarah devra affronter de terribles secrets de famille.

Ce que j’avais beaucoup aimé dans les deux romans précédents de Nicolas Beuglet c’est la mise en lumière de la force mentale de son héroïne Sarah. Cette femme, froide, forte, brillante, que rien ne semblait pouvoir arrêter, expérimentée et talentueuse dans son métier, faisait de ce portrait de femme un personnage qui suscitait l’admiration, dans les moments où, nous lectrices, traversions des instants de nos vies qui auraient nécessité qu’on en prenne un peu de la graine. Dans « L’île du diable », Sarah est considérablement affaiblie par son emprisonnement, mais c’est surtout psychologiquement qu’elle a morflé. Dans tout le roman, Sarah va rester l’ombre de Sarah. La femme déterminée et volontaire n’existe plus, le lecteur ne sait plus bien qui est cet être dont il suit la route. Je n’ai pas adhéré à ce considérable changement de personnalité. Je n’ai pas aimé ce que l’auteur a fait de son personnage phare (même si je peux entendre que c’est son droit le plus strict). Je n’ai pas supporté les faiblesses de cette femme qui a été un modèle (le lecteur est cruel), encore moins ses tendances aux jérémiades auxquelles elle ne nous avait pas habitués. Les descriptions de ses états de panique, qui sont toutefois compréhensibles (je ne suis pas sans cœur) ne correspondent pas à son portrait initial. J’ai eu l’impression que Nicolas Beuglet avait totalement perdu son pouvoir et qu’elle lui avait totalement échappé.

De cela découle une impression de lassitude qui a suinté dans toutes les pages, comme si l’auteur avait eu un couteau sous la gorge, obligé d’écrire un troisième volet qu’il n’avait pas vraiment souhaité. J’ai ressenti une terrible apathie et un manque considérable d’enthousiasme. J’ose aller plus loin, et cette remarque ne reflète que mon sentiment : Nicolas Beuglet a-t-il eu envie de rédiger ce troisième opus et surtout y a-t-il pris du plaisir ? Personnellement, je n’ai pas retrouvé sa plume ni sa flamme. J’ai même envie de dire qu’il manque une centaine de pages pour que les émotions passent et que la force de l’intrigue portée par de terrifiantes découvertes scientifiques prennent le pas sur une écriture que j’ai trouvée léthargique.

Nous sommes dans une intrigue policière et comme dans toute intrigue de ce type, le « méchant » revêt toujours une importance particulière, tant dans sa personnalité que dans son mobile à faire les choses. Cette personne que je ne nommerais pas a le charisme d’une moule, fadasse à souhait, et sans envergure. Si « La vengeance est euphorisante, source de puissance, de vie. Le pardon, c’est l’enterrement de notre amour-propre, c’est la soumission. Et aucun humain sain ne veut vivre soumis. », ce méchant-là n’a pas assez de personnalité pour la laisser transparaître.

Si l’intrigue possède les twists nécessaires à ce genre d’exercice, chapitre 26 et chapitre 36, cela n’aura pas suffi pour faire de cette lecture un moment agréable qui vous transporte hors du temps. Les notions scientifiques abordées sont intéressantes, mais sont noyées dans cette sensation d’ennui, de flegme, et cette forme de détachement de l’auteur à conter une histoire à laquelle je n’ai pas cru, servie par des personnages étroits et sans éclat. Je ne suis pas parvenue à m’immerger dans cette histoire dont la genèse naît d’une histoire réelle et j’en suis la première affligée.

Je pose ici la question des héros récurrents et les suites données lorsque l’on souhaite maintenir un terreau connu pour les lecteurs. Est-ce nécessaire ? En a-t-on forcément envie ? Le faut-il à tout prix ? Nicolas Beuglet est un auteur de talent qui avait su m’emporter à deux reprises, mais sur ce roman précisément, force est de constater que nous sommes très loin de ce qu’il m’avait l’habitué à me proposer. Cela n’engage en rien mon désir de continuer à le suivre et l’espérance que le suivant sera à la hauteur de mes attentes.

Je remercie les éditions XO de leur confiance.

7 réflexions sur “L’ÎLE DU DIABLE, Nicolas Beuglet – XO, sortie le 19 septembre 2019

  1. Yvan dit :

    Ton ressenti est différent du mien, tu le sais ;-). On est d’accord sur le fait qu’il est trop court, opposés sur ce que l’auteur a fait de Sarah. Ça prouve que, encore plus avec des héros récurrents, c’est une affaire de ressenti et notre différence sur ce livre me passionne ! ;-). J’ai trouvé très touchant ce qu’est devenue Sarah dans ce livre, au contraire de toi. Et ça me fait réfléchir sur ce que j’aime surtout dans les livres avec des personnes récurrents : qu’ils changent, qu’ils me surprennent ! C’est très personnel, mais j’adore ça ! On en reparle autour d’une bière ou deux !

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    1. Aude Bouquine dit :

      Et d’un verre de Gewurtz ? Ça marche aussi ?;-)
      Le moment choisi de lecture a sûrement son importante aussi. Ça ne change pas mon avis mais je suis persuadée que ça joue.

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      1. Yvan dit :

        Ça marche aussi 😉
        Oui ça joue !

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  2. J’ai les deux premiers tomes à lire !

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  3. lespagesdesam dit :

    Je m’étais arrêtée au Cri dont la fin un peu grosse ne m’avais pas vraiment convaincue. Tes avis sur le Complot et l’Île du diable ne me donne pas vraiment envie de continuer non plus. 🙂 Je ne sais pas ce que tu en penses mais quand je commence une série, j’aime bien savoir à l’avance combien de livres elle contiendra. En ce moment, je commence à me lasser des auteurs qui laissent leur héro pendu au dessus d’un gouffre pour te pondre une suite une peu laborieuse. ^^

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  4. Le cri m’avais beaucoup plu. Celui-ci est dans ma liseuse. Je le lirais certainement. 🙂

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