Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

Tout commence par un simple sms de rupture d’une femme à son mari. À force de lire des polars, j’ai mis en place, il y longtemps déjà, un code secret avec les membres de ma famille au cas où l’un de nous serait kidnappé. (non, ce n’est pas une blague) Ce code est connu de nous seuls et permet de savoir si les sms envoyés proviennent bien de l’un de nous. En cas de doute, le code est demandé. Cela fait la joie de ma fille de 9 ans, toujours soucieuse de savoir si elle parle bien à sa mère ou à son ravisseur ! Oui, je sais, dans le genre parano, j’ai l’Oscar du meilleur scénario d’anticipation. Quand Sandy envoie un message à son mari pour lui annoncer leur rupture en signant Sandra, Marc en est persuadé : ce n’est pas elle qui l’a écrit. Ce n’est pas sa manière de faire. Et la rupture, il n’y croit pas : leur couple est d’une solidité sans failles. Voilà 3 mois que Sandra a disparu et seuls son mari et da fille Lisa continuent de la chercher avec l’aide d’un détective engagé pour la cause, Paul Lombardier qui a malheureusement quelques casseroles aux fesses. Une photo lui est alors envoyée venant d’une adresse mail qu’il ne connaît pas : il découvre une jeune fille qui porte le médaillon de sa femme autour du cou. Quel est le lien entre cette jeune femme et Sandra ?

Le personnage principal de ce roman est un quartier, et les maisons qui le composent. Un quartier de haute sécurité, presque une prison, gardé, où les entrées et sorties sont filmées. Les habitations fonctionnent grâce à une domotique perfectionnée, empreintes et codes sont demandés. Chacune possède une « panic room » dans laquelle se réfugier si besoin. La discrétion est de mise, ne pas faire de vagues, un mantra. J’aime assez l’idée que l’on puisse décider de son propre chef de vivre dans un tel endroit, persuadé qu’il est plus sûr  que n’importe quel autre sous prétexte qu’il semble pallier à toutes les éventualités d’effraction. Quand l’endroit où vous êtes censé vous sentir le plus en sécurité se retourne contre vous, et que la panic room se révèle être détournée de sa fonction première, les choses commencent à devenir intéressantes. Ajoutez à cela, des habitants totalement hantés par une profonde « secrétomanie » et vous obtenez une atmosphère de psychose gratinée où les masques tombent les uns après les autres révélant ainsi les plus bas instincts.

Sébastien Didier n’a pas inventé les codes du genre. Il les a utilisés à bon escient pour qu’ils fonctionnent parfaitement, distillant à chaque chapitre, le petit plus nécessaire au besoin de continuer la lecture. On pourrait tous inventer un roman qui commencerait par une disparition. Certains s’y sont pris les pieds dans le tapis. Pas lui.

J’attribue une mention spéciale à la mise en lumière de la vilenie humaine dans toute sa splendeur. J’ai trouvé quelques relents des démoniaques de Mattias Kopïng ou de Hell.com de Patrick Senécal, bien révélateur de notre monde actuel où le corps humain est une marchandise qui suscite toutes les convoitises, et surtout les moins avouables. Les chapitres écrits dans une police différente apportent une temporalité intéressante que je n’avais pas saisie en tout début de lecture, la suite n’en est que plus jouissive.

Demandez-vous si vous connaissez bien la personne qui partage votre vie. Chacun porte sa part d’ombre et de bonnes raisons de cacher des évènements d’un passé qu’on préfère laisser enfoui. C’est le cas de Sandra, qui, par ses silences engendre des réactions en chaîne impossibles à arrêter. Les spectres du passé et les non-dits finissent toujours par ressurgir même lorsqu’on essaie désespérément de les enterrer.

Enfin, j’aime les auteurs qui prennent leur temps pour travailler une atmosphère et l’épaisseur de certains personnages. Haro sur les portraits d’hommes qui apportent une vraie densité qu’on aimerait voir plus souvent. Ce qui peut apparaître comme des longueurs n’est au final qu’une manière habile d’installer un climat anxiogène qui loin de s’éclaircir, s’épaissit considérablement. Jusqu’à la fin, l’auteur joue avec nos nerfs et semble s’amuser avec son lecteur de plus en plus perdu. Voilà un bouquin qui saura ravir les adeptes d’un bon polar qui se transforme en vrai thriller. Personnellement, cela me donne envie d’approfondir ceux qui, moins connus, en ont dans la plume.

Une belle promesse que ce roman, pour d’autres à venir.

 

Une réflexion sur “JE NE T’OUBLIE PAS, Sébastien Didier – Hugo thriller, sortie le 22 mai 2019

  1. Yvan dit :

    Merci pour cette découverte.
    A suivre alors, talent en construction

    J'aime

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