Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

« Nous rêvions juste de liberté » est l’histoire d’Hugo Felida qui devient Bohem. Né à Providence dans un milieu modeste, Hugo se retrouve envoyé dans un lycée catholique pour lui apprendre la vie (Dieu, famille, école), comprenez l’ordre et la discipline. «Quand j’y repense, ce lycée bon chrétien, c’était une sacrée fabrique à pervers en puissance (…), une vraie usine à frustrations. » C’est là qu’il va rencontrer Freddy, puis deux autres garçons qui deviendront ses amis. Freddy c’est plus qu’un pote, c’est un modèle, un exemple, un avant-goût de liberté. Ensemble, ils vont passer d’une adolescence subie, à une vie de liberté choisie, de l’adolescence ingénue, à l’âge adulte écrasant.

Nous rêvions juste de liberté…d’amitié, de fraternité, d’honneur et de respect.

Cinq mots qui prennent tout leur sens dans ce roman où Henri Loevenbruck a mis ses tripes sur le papier, à travers son héros Hugo, qui devient peu à peu Bohem, celui qu’on n’attache pas, celui qui du fond de sa roulotte de bohémien déploie ses ailes vers un idéal sans lequel, il ne peut concevoir de vivre.

Qu’est-ce que la liberté ?
La liberté c’est faire des choix :
D’abord celui de laisser derrière soi une famille toxique, qui te violente, qui décide de te lâcher à la première connerie à conséquence grave, qui par un geste symbolique te fait comprendre que tu n’existes plus. 
Puis, celui de t’en choisir une autre, faite de potes que tu as adoptés, qui t’ont adopté et dont tu partages les valeurs humaines : honneur, parole, soif de grands espaces, passion commune. Freddy donne l’impulsion à un Bohem déjà en devenir dont les désirs de liberté sous-jacents grouillent sous sa peau.
La liberté c’est d’enfourcher sa bécane, celle construite de tes mains et d’aller où le vent te porte, vers des horizons inconnus,où « (…)  toute (ta) gueule était fouettée par la liberté » sans te préoccuper du lendemain, sans qu’aucune contingence matérielle ou même affective ne te retienne. « La seule fraternité qui tienne, c’est celle de la route. »
De créer un club, avec un nom, les « Spitfires », de graver ce nom sur ton blouson comme un étendard, un signe de ralliement et de l’avoir tellement gravé dans ta chair que tu ne sais plus vivre sans, et ancrer dans ton cœur les 3 premières lettres des 3 mots qui définissent ta philosophie de vie : LH&R, loyauté, honneur, et respect. « La liberté c’est un boulot à plein temps. »

Cette liberté a un prix : le prix de la divergence d’opinions, le prix du courage, le prix de la séparation. Freddy reste à Providence, Bohem part. Quand l’amitié est brisée par la distance, la plaie est béante. « Freddy qu’est ce qu’il me manquait ! Souvent, j’aurais voulu qu’il soit là pour que je puisse lui dire. Lui dire que la vie sans lui, c’était pas tout à fait la vie, et qu’en le perdant j’avais aussi perdu un bout de moi, que je me sentais coupé en deux et que je m’aimais moins. »

Dans notre monde actuel où ces mots sont creux, vidés de leur sens premier, où les valeurs sont salies, où c’est marche ou crève, Henri Loevenbruck leur redonne leurs lettres de noblesse par la voix de Bohem en quête identitaire, spirituelle et existentielle l’entraînant dans un road trip d’où il reviendra plus déterminé encore dans le bien-fondé de ses choix. C’est sur cette route, avec les Biggles, Jack London, Kerouac, Salinger, Steinbeck dans la tête, ces auteurs  « qui savaient mettre tout plein de mots qui coupaient dans mon ventre, et alors ça faisait du bien de saigner un peu », durant un temps passé seul, que le jeune homme rencontré au début du roman devient un homme. Ce périple, presque un pèlerinage ne fait que renforcer ses valeurs, le poids de sa parole, la nécessité de garder son honneur. Il est resté fidèle à lui-même, mais ceux qu’il a laissés derrière lui, eux, sont devenus des étrangers. Il comprend à quel point « Le pouvoir est une entrave ». Quand l’amitié se brise par la trahison, ce n’est plus une plaie béante qui subsiste, c’est une mutilation définitive et irréparable. Malgré le coup de canif dans le contrat, et la douleur monumentale de la désillusion, la tristesse, l’écœurement, seul l’honneur peut encore sauver ton âme.

« Freddy était celui qui m’avait appris la liberté, appris la confiance du dedans, et moi je m’étais forgé sous ses yeux, guidé par l’image qu’il me donnait de ce que je pouvais devenir (…) Je comprenais qu’il n’y avait rien de plus précieux que l’amitié pure, celle qui n’a ni décor ni manière, celle qui roule ni devant ni derrière, mais à côté. »

La liberté est aussi un crève-cœur, une bataille, un combat. 
La liberté c’est la vie qui te rattrape avec ses déboires dégueulasses.
La liberté c’est apprendre à être un homme quand on est encore qu’un gosse, et de l’apprendre violemment. La liberté a un prix :  le prix de la parole donnée. Cette parole-là est non-négociable.

« Tu seras un homme mon fils »,
La liberté tu vas la prendre et l’apprendre chèrement.

Autant vous dire que je partage pleinement cette vision de l’amitié. Ne jamais oublier d’où l’on vient, à qui l’on doit les choses, pouvoir se regarder dans une glace, rester fidèle à ses convictions. L’amitié c’est une question de confiance et de loyauté. Quand elle est trahie, il n’y a pas de retour en arrière possible. L’amitié ça s’entretient, ça se partage, ça fait rire et pleurer, ça provoque parfois des poings dans la gueule, des vérités difficiles à entendre, mais malgré la vie qui parfois nous sépare, elle est toujours là immuable, inébranlable, indestructible. Tout le reste, n’a d’amitié que le nom.

Alors un auteur qui porte si haut les valeurs de l’amitié, moi ça me rassure sur l’espèce humaine et ça me donne sacrément envie de le rencontrer.

 

 

 

6 réflexions sur “NOUS RÊVIONS JUSTE DE LIBERTÉ, Henri Loevenbruck – Le livre de poche, sortie le 29 mars 2017

  1. Lord Arsenik dit :

    Enorme coup de coeur pour ce bouquin.

    Aimé par 1 personne

    1. Aude Bouquine dit :

      Y a des bouquins qui te retournent
      Celui-là en est un !

      J'aime

  2. Yvan dit :

    Oui une sorte d’histoire d’amitié ultime, en contradiction parfois avec cette liberté recherchée. Et puis surtout une sacrée bonne histoire, une écriture incroyable et des personnages inoubliables 😉

    Aimé par 1 personne

  3. etlemondedesosso dit :

    Alors que le thème n’était pas des plus attirants, et au final, une histoire bouleversante pour finir en larmes tant cela était intense !

    J'aime

    1. Aude Bouquine dit :

      Comme quoi parfois c’est chouette de sortir de sa zone de confort 😉
      Pas attirée plus que ça par le monde des bikers, j’ai par exemple adoré la série sons of anarchy !

      J'aime

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :