Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

Ce roman se déroule en Australie. Après des années de bataille, Sasha est enfin enceinte. Son couple en a énormément souffert, elle a déjà perdu deux bébés et fait un métier douloureux qui l’amène à disséquer des corps, notamment de nouveaux nés, puisqu’elle est médecin légiste. Lors du sauvetage d’un kangourou (ça ne s’invente pas), elle perd du sang et les eaux. Tout ce qui se passe ensuite est très flou dans son esprit. Elle sait qu’on lui a fait une césarienne en urgence et qu’elle a accouché d’un petit garçon prématuré. Première surprise : l’échographie annonçait une fille, mais c’est bien un garçon qu’elle a mis au monde. Lors de sa première rencontre avec son fils, Sasha ne reconnaît pas son enfant, ne ressent aucune émotion pour lui et se persuade que cet enfant n’est pas le sien. Ce sentiment devient une obsession qu’elle décide de ne pas cacher : elle en parle à son mari, à son père, à sa meilleure amie, aux infirmières, aux médecins et à la psy de l’hôpital. Tous, lui affirment qu’elle se trompe. Elle va donc se retrouver dans un service psychiatrique mère-enfant pour se faire soigner, mais cette étrange sensation ne va pas la quitter. Toby est-il son fils ? Que s’est-il passé à la maternité après l’intervention chirurgicale ? Va-t-elle être entendue par ses proches ?

Le début du roman est très réussi. Le lecteur est immédiatement plongé dans l’histoire et happé par les retours en arrière fréquents qui donnent la parole à Mark, son mari. Pour celles qui ont des enfants et qui ont eu la joie de les voir par ce miracle qu’est l’échographie (plus encore en 3D aujourd’hui), vous savez qu’il est désormais possible de voir avec précision le visage de son enfant. Il est très extrêmement troublant de ressentir cette angoisse que Susi Fox fait monter lorsque son héroïne ne reconnaît pas son enfant. Lors de ma 3e grossesse, j’ai vu très précisément le visage de ma fille et lorsqu’elle est née, je l’ai reconnue : son menton, son nez en trompette, sa bouche. Quand Sasha ne reconnaît pas son enfant, se sont les tripes de la lectrice féminine qui sont sur la table. Cette sensation unique, de connexion immédiate au moment de la naissance, est une émotion magique et presque inexplicable. Aussi, lorsque Sasha n’éprouve rien, ne ressent pas ce lien sensé l’unir à ce petit garçon, instantanément, le lecteur la croit. Ça y est, Susi Fox vous a mis dans sa poche. Logiquement, elle aborde ensuite le thème de l’instinct maternel. Est-il inné ? S’apprend-il ? Se développe-t-il avec le temps ? Autant de questionnements pour une même thématique qui rendent l’histoire réaliste et crédible.

Le livre entier est donc consacré à cette quête de la vérité, à la recherche de cet enfant par cette maman désespérée, à l’écoute de son instinct. Je dois dire que j’ai été exaspérée au possible par l’attitude du mari qui m’a agacée au plus point, avant qu’on en sache un peu plus sur lui. Agacée aussi par l’attitude du père de Sasha qui semble tellement détaché, si peu enjoué par cette naissance. Agacée encore plus par le personnel hospitalier qui juge, qui la prend pour une dingue, qui l’interne et invente des procédures hospitalières débiles pour l’empêcher de trouver la vérité.

Je modère ensuite mon jugement sur le père de Sasha en milieu de roman, lorsque des révélations primordiales sont faites à la jeune maman sur sa propre relation avec sa mère. Avez-vous remarqué comment une naissance peut totalement faire basculer un équilibre familial, comme si, certains membres de la famille pensaient que c’était le moment idéal de parler de choses totalement taboues et de révéler des secrets de famille dont on aurait pu parler avant cette étape clé dans la vie d’une femme ? Moi, ça m’est arrivé. Enceinte de ma première fille, mes parents ont trouvé que c’était le moment parfait pour m’expliquer les raisons du décès de mon frère, sont rentrés dans les détails de tout ce qui avait « merdé » à l’accouchement, expliqué comment le gynécologue a été mis en congé d’office pour erreur médicale, donné force détails sur un enterrement dont je n’avais aucun souvenir. Autant dire que mon coeur de lectrice s’est serré et que j’y avais déjà laissé entrer Sasha depuis longtemps.

Les qualités de ce roman et l’accent mis sur des thématiques fortes sont du coup également ses défauts. Le propre de ce genre de livre est de balader le lecteur, le faire douter, le faire aller dans le camp de l’héroïne, puis contre, d’osciller entre un point de vue, et son contraire. Susi Fox a si bien développé la charpente de ce livre, le fait de ne pas reconnaître son enfant et l’absence d’instinct maternel que cela a suffi, pour moi, à créer une certitude indéboulonnable: il s’est passé quelque chose de grave au moment de cette césarienne. Je n’en ai pas démordu. Je n’ai pas eu ce doute omniprésent qui rend la lecture savoureuse, et l’empressement d’en connaître la fin. Je n’ai pas été baladée ni trompée par les fausses pistes ou les retours en arrière intempestifs. Avais-je raison ? Je ne peux parler de mes émotions de la fin du livre sans en révéler trop, mais je serai ravie d’en discuter en off avec ceux qui le souhaitent.

Néanmoins, je vous recommande la lecture de ce premier roman pour découvrir la plume de l’auteur, des thématiques fortes très bien exploitées. Lorsque l’on devient mère, c’est souvent l’occasion de se poser des questions sur ses propres relations avec sa mère. Dans ces questionnements, l’auteur offre un joli roman sur la maternité et fait le tour de toutes les interrogations qui assaillent une jeune maman.

 

 

 

5 réflexions sur “L’ERREUR, Susi Fox – Fleuve noir, sortie le 10 janvier 2019

  1. bookliseuse dit :

    Je découvre ton blog et pas mal de lectures communes 😀. A bientôt !

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  2. lespagesdesam dit :

    Ce livre figure sur la liste des romans que j’aimerais découvrir. Malheureusement, à quelques semaines de devenir maman, je préfère éviter… J’aimerais bien avoir ton retour sur la fin et tes impressions car, je suis presque sûre de ne pas le lire. A bientôt

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    1. Aude Bouquine dit :

      Oui avec plaisir, je pourrai te la raconter la fin.
      En effet, vaut mieux accoucher d’abord 😉

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