Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

Ces livres qu'on n'ose pas offrir pour la fête des Mères (et qu'on devrait)

Avant d’aborder ces livres qu’on n’ose pas offrir pour la fête des Mères, je voudrais vous raconter une anecdote.

A Noël 2025, j’ai offert des livres à deux jeunes filles. Pour la première fois, depuis que j’offre des livres, elles m’ont demandé pourquoi j’avais choisi ces titres-là, spécifiquement pour elles. J’ai trouvé ces questions pertinentes, car oui, avant d’arrêter mes choix, j’ai bien réfléchi à leurs personnalités et à ce qui pouvait leur plaire parmi mes coups de cœur.

Pour la fête des Mères, je pars sur la même idée : pourquoi ces livres-là ? D’abord parce qu’ils parlent des femmes sans retenue, de leurs corps, de leurs fureurs, mais aussi de ce qu’on leur a pris, de ce qu’elles ont refusé de donner. Ces romans dérangent, questionnent, et refusent la douceur trop souvent associée à la féminité.

C’est exactement pour ça qu’ils méritent d’être offerts.

Voici dix romans qui ne promettent pas de résilience à outrance ni de morale en bonne et due forme. Ils parlent simplement de femmes, dans toute leur complexité. Et, dans chacun d’eux, les mots sont à la hauteur des femmes qu’ils portent.

Et la joie de vivre de Gisèle pelicot

Elle aurait pu se taire, elle aurait pu disparaître dans le statut de victime que le monde lui avait cousu sur le dos. Elle a choisi de rendre public ce qu’on lui avait fait, et de retourner la honte contre ceux qui auraient dû la porter. On n’ose pas toujours offrir ce livre parce qu’il oblige à regarder en face ce qu’une société entière préfère ne pas voir. Ce livre se transmet et doit se transmettre. 

Le retour de un livre_unetisane

La nuit au coeur de Nathacha Appanah 
Ces livres qu'on n'ose pas offrir pour la fête des Mères (et qu'on devrait).

Deux féminicides et une autrice qui a survécu à la violence d’un homme. « La nuit au coeur» ne sépare pas l’intime du politique, le témoignage de la littérature. On hésite à l’offrir parce qu’il ne laisse nulle part où se réfugier… Depuis ses tremblements intérieurs, Nathacha Appanah raconte. 

La nuit au coeur, Nathacha Appanah.

La maison vide de Laurent Mauvignier Ces livres qu'on n'ose pas offrir pour la fête des Mères (et qu'on devrait).

Trois femmes… Une musicienne dont on a étouffé le talent. Une tondue de la Libération murée dans la honte. Une mère gardienne d’un silence qui a traversé les générations. Un écrivain qui les ressuscite toutes les trois avec une précision telle qu’on jurerait les avoir croisées quelque part. On n’ose pas l’offrir parce qu’il fait 750 pages et qu’il a reçu le prix Goncourt, souvent effrayant par son exigence. C’est le seul roman de cette liste écrit par un homme, pourtant, c’est celui qui parle des femmes le plus intensément. 

La Maison vide, Laurent Mauvignier.

Betty de Tiffany McDaniel Ces livres qu'on n'ose pas offrir pour la fête des Mères (et qu'on devrait).

Betty grandit en marge, fille d’un père Cherokee et d’une mère blanche, dans une Amérique qui ne sait pas quoi faire d’elle. Elle apprend très tôt que le monde blesse, et que les mots sont la seule chose qu’on ne peut pas lui arracher. On hésite à l’offrir parce qu’il ne fait grâce ni de violence, ni de racisme, ni d’inceste. On ressort de ces 600 pages un peu abîmée, mais étrangement vivante.

BETTY, Tiffany McDaniel

Je voulais vivre de Adélaïde de Clermont-Tonnerre
Ces livres qu'on n'ose pas offrir pour la fête des Mères (et qu'on devrait).

Milady de Winter a toujours été un personnage qui dérange. Trop libre, trop intelligente, trop peu disposée à se laisser réduire. Ce roman lui redonne la parole, et elle s’en saisit avec une férocité absolue. On n’ose pas l’offrir parce qu’il réhabilite celle qu’on a toujours diabolisée, et parce qu’il pose une question gênante : et si les femmes qu’on a jugées dangereuses étaient simplement celles qui refusaient d’obéir ?

Je voulais vivre, Adélaïde de Clermont-Tonnerre.

Les courants d’arrachement de Elise Lépine

Reine, un prénom qui résume tout ce qu’elle n’a jamais eu le droit d’être. Toute une vie emportée par des forces qui la dépassent, et une femme qui résiste, coûte que coûte, par le seul fait d’exister. On hésite à l’offrir parce que c’est un premier roman qui cherche à dire vrai. Et la vérité de Reine est celle de milliers de femmes dont personne n’a jamais raconté l’histoire. 

Les courants d’arrachement, Élise Lépine.

Nous qui avons connu Solange de Marie Vareille

Quatre générations de femmes, quatre façons d’être étouffées, brisées, mais aussi quatre façons de rester debout et de résister. Au centre, Solange, celle dont on parle à voix basse, celle autour de qui tout s’organise sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. On n’ose pas toujours l’offrir parce qu’il dit des choses difficiles sur ce que les femmes se transmettent malgré elles. Et parce qu’en refermant le livre, on pense inévitablement à sa propre lignée.

Nous qui avons connu Solange, Marie Vareille.

Nous sommes faits d'orage de Marie Charrel Ces livres qu'on n'ose pas offrir pour la fête des Mères (et qu'on devrait).

Dans l’Albanie de Hoxha, être une femme indomptable n’est pas une qualité : c’est un danger. Elora le sait, mais dans ses yeux, le feu de la rage ne s’éteint jamais. On hésite à l’offrir parce qu’il ne cherche pas à attendrir, mais plutôt à embraser. La dictature comme toile de fond, et une adolescente qui refuse d’être contenue. Un livre qui vient titiller notre instinct de révolte. 

Nous sommes faits d’orage, Marie Charrel.

Obsolète de Sophie Loubière
Ces livres qu'on n'ose pas offrir pour la fête des Mères (et qu'on devrait).

2224, les femmes de cinquante ans sont retirées de leur foyer, remplacées par un modèle plus jeune et fertile. On appelle ça le Grand Recyclage. Rachel a presque l’âge. Elle se dit prête pour ce nouvel eldorado, mais personne n’en est jamais revenu. On n’ose pas l’offrir à une mère parce qu’il dit, sans détour, ce que la société murmure déjà tout bas… qu’une femme qui ne peut plus enfanter est une femme dont on n’a plus vraiment besoin. Glaçant précisément parce que notre société invisibilise les femmes de plus de 50 ans. 

Obsolète, Sophie Loubière

Dors ton sommeil de brute de Carole Martinez

Eva a fui un mari violent, une vie qui voulait la broyer. Elle s’est réfugiée en Camargue avec sa fille, dans une maison au bord du marais, dans un monde qui s’effondre doucement. La nature lui répond. On hésite à l’offrir parce qu’il ne ressemble à rien d’autre. Ni polar, ni roman écologique, ni conte, mais tout ça à la fois. Carole Martinez écrit dans une langue qui dérange la syntaxe autant que les habitudes. Un texte stupéfiant. 

Dors ton sommeil de brute, Carole Martinez.

4 réflexions sur “Ces livres qu’on n’ose pas offrir pour la fête des Mères (et qu’on devrait).

  1. Yvan dit :

    Très intéressants choix ! Tu as raison, c’est sans doute courageux de choisir de tels titres, mais ils le méritent !

  2. Aude Bouquine dit :

    Les dix sans exception ♥️

  3. laplumedelulu dit :

    Sympa comme tout cette idée. Ne pas résumer un livre à la quatrième de couve. Mon fils aîné a instauré autre chose : je choisis pour eux, deux livres dont ils ne savent rien. Ma belle fille a adoré  » rêver », quant à mon fils, j’attends toujours de savoir ce qu’il pense « d’entre deux mondes « , 😂
    Merci à toi pour le partage 🙏 😘

  4. Anonyme dit :

    J ai beaucoup aimé le livre de Caroline martinet  » dors ton sommeil de brute » et recommandé à plusieurs copines!

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