Isabelle Lagarrigue m’avait charmée avec « C’est l’histoire d’un amour » paru en mai 2025 chez Récamier. Il me fallait découvrir « Promis, juré », son roman précédent. Il suffit parfois d’une lettre pour bouleverser une trajectoire de vie. La perspective de devenir juré d’assises suffit à fissurer les façades patiemment construites et à révéler toutes nos fragilités. Imaginez un peu ce que la justice est capable de faire sur des êtres ordinaires, à quel point elle peut secouer des vies bien rangées, comment elle met en présence des individus qui, sans ce hasard institutionnel, ne se seraient jamais adressé la parole. Imaginez également le poids de la responsabilité de juger ses pairs… Derrière la mécanique judiciaire de « Promis, juré », le récit s’écrit à trois voix. Celles de Norma, Dylan et Martine, tous convoqués.
Les voici au tribunal, tirés de leur quotidien. Ils entrent en terre inconnue, sans se douter qu’ils en ressortiront transformés. Leur mission est de juger une femme accusée d’avoir tué son patron. Sans précédent avec la justice, Camille a pété les plombs. Et c’est cet événement non prémédité qui agit comme révélateur des anciennes blessures de nos jurés. Car, le cas de Camille agit comme une loupe posée sur des zones d’ombre cachées au monde. Dépouillés de leur vernis social et de leur statut, citoyen parmi d’autres, ils se retrouvent obligés de porter un regard neuf sur l’affaire, mais aussi sur ce que la vie a fait d’eux. Dans ce tribunal, chacun rejoue sa propre histoire, et, forcément, rester impartial devient périlleux. «
« Promis, juré » repose principalement sur trois personnages finement brossés.
Norma incarne la réussite. Elle exerce un métier valorisant, possède une maison où tout semble à sa place, est mère de famille. Elle coche toutes les cases avec efficacité. Mais, derrière cette (re)présentation parfaitement contrôlée se cache une femme épuisée de vouloir être parfaite. Elle ne cesse de vivre sous pression, avec ce sentiment de ne jamais être « assez ».
Dylan, le lumineux cabossé, cherche obstinément à rendre le monde meilleur. Servir les autres était devenu une manière de panser ses propres fêlures. Sa patience et sa douceur lui viennent d’un passé qui ne l’a pas épargné.
Martine sillonne les routes pour ne pas rester immobile, car l’immobilité la confronterait à son veuvage et à sa solitude. Alors, elle conduit un taxi, et tente, par une parole ou un geste, de rendre ses passagers heureux.
Lors de cette expérience commune, ces trois protagonistes se rapprochent, même s’ils viennent de mondes qui ne se croisent jamais. Dans ce huis clos émotionnel de quatre jours, leurs failles, soigneusement dissimulées, remontent à la surface. Et par ce biais, ce qu’ils ont de plus vulnérable. « Promis, juré » raconte l’histoire de cette amitié, mais développe également l’idée que l’on peut se réinventer grâce aux autres. Ils y gagnent une confiance en eux toute neuve.
Dans ce procès qui a pour but un verdict, coupable ou non coupable, ce trio crée un contrepoint émotionnel fait de nuances. Il concernant à la fois Camille, mais aussi leurs chemins personnels. Ainsi, le procès agit comme déclencheur, et leur amitié sert de révélateur. Les rencontres imprévues sont parfois celles qui nous impactent le plus.
En toute circonstance, je crois profondément à la force du collectif capable de faire émerger chez chacun ce qu’il n’aurait jamais pu affronter seul. Entre eux, ils ont instauré un climat de confiance où il est autorisé de tomber sans se briser, de trembler sans honte et de flancher sans perdre la face. Chacun devient le miroir de l’autre en créant cet espace de sincérité et de confiance. « Promis, juré », on guérit rarement seul…
Cependant, je dois vous avertir, « Promis, juré » ne raconte pas un procès, ce n’est pas un roman judiciaire. Le véritable sujet n’est pas l’affaire criminelle, ni la mécanique judiciaire, mais l’impact intime que cette expérience a sur trois personnes ordinaires. Vous ne trouverez pas ici d’interrogatoires, de plaidoiries à toutes les pages, et de révélations transcendantes. Isabelle Lagarrigue se détourne du procès pour déplacer le centre d’intérêt sur les jurés. L’affaire sert à réveiller des émotions ou des blocages du passé. Néanmoins, l’autrice s’intéresse davantage à ce que signifie devenir juré et ce que cela implique. Cela lui permet ensuite de nous faire entrer dans la psyché des personnages.
J’ai choisi d’écouter « Promis, juré » dans sa version audio, lue par Anne-Sophie Marie, Céline Menville, Jean-Baptiste Fillon, et Pénélope Perdereau. Quatre narrateurs pour quatre personnages (avec Camille) qui donnent encore plus d’humanité au récit. J’ai aimé ces êtres qui doutent, trébuchent, se relèvent et l’audio permet de mieux capter leurs dialogues intérieurs. Très immersif, il autorise à voir la naissance d’une amitié, et de retrouver la trace du « moi » égaré.
Editeur : Charleston
Sortie : 16 mai 2025
304 pages, 8,90 euros
Existe au format audio chez Thélème, lu par Anne-Sophie Marie, Céline Menville, Jean-Baptiste Fillon, Pénélope Perdereau, 6h5 d’écoute
Découvrez aussi : C’est l’histoire d’un amour, Isabelle Lagarrigue.
Merci à toi pour le partage de la chronique 🙏 😘
Je l’avais repéré mais je pense plutôt la découvrir avec « C’est l’histoire d’un amour ».