Quel joli titre pour mettre en lumière une amitié indélébile ! « La route des lucioles », que vous retrouvez en version poche sous le titre « Toujours là pour toi » (beaucoup moins parlant), existe également en version audio chez Lizzie lu par Claire Tefnin. C’est mon quatrième roman de Kristin Hannah et je ne me lasse pas de plonger dans son univers. Ses récits sont de petits bonbons à savourer.
« La route des lucioles » suit les trajectoires de deux jeunes adolescentes solitaires qui se rencontrent en 1974 alors qu’elles n’ont que 14 ans. Toutes deux habitent à « Firefly Lane », la route des lucioles (titre original). Kate est une jeune femme discrète, excessivement timide, qui passe totalement inaperçue. Tully, plus extravertie, est solaire, voire charismatique : elle connaît tout le monde et tout le monde la connaît. Ces deux-là n’avaient rien pour devenir amies et, pourtant, le pacte d’amitié qu’elles scellent cet été-là va durer plus de trente ans, traverser les tempêtes de la l’existence, les jalousies, les divergences d’opinions, et les choix de vie parfois diamétralement opposés.
Tully est lumineuse, sûre d’elle et rêve de conquérir le monde à la seule force de sa volonté et de son travail acharné pour devenir journaliste. Sa seule faiblesse réside dans l’absence d’amour maternel. Kate est tout l’inverse. Elle cultive l’ordinaire, le bonheur des instants fugaces, son amour pour la lecture. Choyée par ses parents, elle n’aspire qu’à une vie simple, et à un foyer heureux. L’une est une tornade, l’autre une accalmie. Ensemble, elles sont parfaitement complémentaires. Kristin Hannah propose ici une ode bouleversante à l’amitié parfois forte, parfois plus fragile, à la complexité des choix qui génère des zones de friction, et à la puissance des liens.
À travers ces deux portraits de femme, l’écrivaine pose la question fondamentale de la place des femmes dans la société des années 80. Certaines s’émancipent et n’envisagent pas de reproduire le schéma traditionnel de leurs mères, d’autres sont intimement persuadées que la maternité suffira à remplir leur vie. Kristin Hannah montre bien à quel point ces modèles si éloignés se regardent pourtant avec admiration : on souhaite toujours un peu ce que l’on n’a pas. Carrière ou maternité ? Indépendance ou mariage ? Peut-on avoir les deux ?
D’autant que, le modèle maternel est très différent pou Tully et Kate. La première a une mère droguée, marginale, qui disparaît régulièrement jusqu’à se volatiliser complètement. La seconde grandit sous des ailes de protection, choyée par une mère souvent trop présente, qui parfois l’étouffe. Là où Kate finira par s’essouffler sous des carcans traditionnels, Tully ne cessera d’aspirer à s’enraciner. Cette dichotomie engendre de belles réflexions dans « La route des lucioles », telle que cette question récurrente : que transmettent les mères à leurs filles ? Le poids de l’héritage maternel reste un sujet intemporel.
« La route des lucioles » est structuré en plusieurs décennies et épouse les grands mouvements de l’Histoire, notamment à travers Tully. J’ai adoré ça ! Les petites histoires de cette amitié fusionnent avec la grande Histoire. Ainsi, les années 70 et leur insouciance, les années 80 et l’explosion d’un appétit capitaliste colossal, les années 90 et les grandes remises en question suite aux désillusions vécues par tous. Tous les points d’ancrage, comme la guerre du Vietnam, la chute du mur de Berlin, les attentats du 11 septembre donnent à la fiction une texture de réalisme.
Car parallèlement, Kate et Tully continuent leurs vies, grandissent, murissent et se frottent aux injustices, aux désenchantements et aux douleurs. Parfois, même leur amitié est mise à mal… mais, dans les pires épreuves, toujours elles se tiennent la main. Leur amitié est comme un fil d’Ariane qui les garde liée, au-delà du temps et des espaces, des joies et des empêchements.
Miroir de nos existences, « La route des lucioles » est un roman dans lequel on se regarde. En chacune de nous, on retrouve un peu de Kate ou de Tully. On se reconnaît dans leurs errances, leurs joies, leurs questionnements et leurs contradictions. Le récit nous renvoie aux grandes décisions que nous avons dû prendre, aux injustices vécues et aux grands changements de notre époque. L’adolescence, le début de la vie d’adulte, la carrière professionnelle, les choix faits font qu’il nous ressemble. Il reflète la vie telle qu’elle est, jonchée d’épreuves, mais aussi de moments de pure exaltation.
Et puis, l’amitié reste un ancrage solide dans le vacarme du monde. Ce pacte « quoi qu’il arrive » traverse les ans et fait de Kate et Tully des héroïnes inoubliables. Il y a beaucoup de « fausses » relations dans notre monde d’aujourd’hui, de rapprochements par intérêt, d’hypocrisie. L’amitié n’est pas décrite comme parfaite dans « La route des lucioles », Tully commet beaucoup d’erreurs et agace souvent le lecteur par son ambition démesurée, mais à la toute fin du roman, il ne reste finalement que l’amour.
« C’était la particularité avec les meilleures amies. Comme des sœurs et des mères, elles pouvaient vous mettre hors de vous, vous faire pleurer et vous briser le cœur, mais en définitive, en cas de coup dur, elles étaient là et vous faisaient rire, même dans les pires moments de votre existence. »
Ce livre m’a fait beaucoup de bien, car il met en lumière des valeurs auxquelles je crois et des thématiques pertinentes. Écrit en 2008, il résonne dans nos existences contemporaines avec une acuité troublante. Les femmes sont encore confrontées à des choix impossibles, carrière ou maternité, et continuent à lutter contre les apparences, le mythe de la réussite et l’exigence sociale de la perfection.
Kristin Hannah nous offre ici un refuge de papier, pour celles qui doutent, celles qui continuent d’avancer malgré tout, celles qui ont tout perdu, celles qui ont aimé à nouveau et surtout celles qui ont une meilleure amie pour toujours. Quand tout s’effondre, quand tout s’éteint, l’amitié reste un talisman, qui, comme les lucioles, brille dans une nuit d’encre. « À quoi bon illuminer le monde, si elle devait en admirer l’éclat toute seule ? » Un bonheur de lecture !
Traduction : Matthieu Farcot
Titre original : Firefly Lane
Editeur : Michel Lafon – existe au format poche
Sortie : 4 mars 2021
479 pages
Lu par Claire Tefnin pour Lizzie, 17h21 d’écoute
Le paradis blanc, Kristin Hannah.
Le Chant du rossignol, Kristin Hannah.
Décidément, tu aimes beaucoup cette autrice. Ils sont quasi tous dans ma wishlist/pal, mais à force de te lire, je ne sais plus par lequel commencer.
Ça y est ! Je les ai tous lus ! Et tous aimés ! C’est un grand chelem 😉
Chaque année j’aime bien faire un auteur / plusieurs œuvres. Tu peux y aller tranquillement, ils ont tous « le truc » qui te donne envie de continuer.