Avec « Le printemps reviendra », Nour Malowé livre un roman qui explore les conséquences humaines et sociales de l’arrivée des talibans à Kaboul en août 2021. À travers le regard lucide de Marwa, une femme médecin, l’auteure capture avec une précision poétique saisissante la transformation progressive d’un monde déjà fragile en un étau d’oppression. Ce roman est un voyage au cœur des espoirs et des luttes intimes face à une liberté menacée. Malgré la menace des pertes de libertés fondamentales, l’écrivaine offre ici une ode à la résilience et à la beauté des lieux qui survivent malgré tout.
Dès le commencement, « Le printemps reviendra » place son intrigue au bord du gouffre. Nous sommes le 4 juillet 2021. La chute imminente de Kaboul aux mains des talibans est dessinée comme une ombre grandissante, un danger qui s’infiltre dans chaque geste du quotidien. Une tension sourde gagne peu à peu les habitants de la ville. Les informations rapportées par les radios, les rumeurs de voisins, et les décisions politiques internationales s’entremêlent pour former un climat d’attente insoutenable.
Marwa, l’héroïne, observe avec inquiétude les premiers signes de cette invasion : les femmes commencent à se dissimuler davantage, les regards des hommes changent, et la ville perd peu à peu son rythme naturel. Nour Malowé détaille comment ce basculement affecte les gestes les plus ordinaires : choisir un foulard, coiffer ses cheveux, acheter du pain, parler à un collègue masculin. La menace n’est pas encore là physiquement, mais elle est omniprésente, tapie dans les esprits.
Marwa, chirurgienne et mère a conscience de ce qui est sur le point d’arriver. Elle anticipe les changements que cela imposera dans sa vie et dans celles de toutes les femmes autour d’elle. Ses pensées font écho à l’Histoire : le précédent régime taliban en place, de 1996 à 2001, avec à sa tête le mollah Mohammad Omar avait déjà durement transformé la société afghane en une prison à ciel ouvert, particulièrement pour les femmes. Et cette fois, est-ce que le « Le printemps reviendra » ?
Comment appréhender la perte progressive des libertés lorsque la ville tombera ? Nour Malowé s’attarde sur ces libertés fragiles que Marwa, comme tant d’autres femmes afghanes, a conquises à force de courage : travailler comme médecin, éduquer ses enfants, parler avec un homme sans chaperon. Ces droits, qui semblent si évidents dans d’autres contextes, en d’autres lieux, deviennent soudain précaires, volatils.
À travers des scènes du quotidien, l’auteure de « Le printemps reviendra » explore comment ces libertés s’érodent d’abord psychologiquement, puis physiquement, avant même que les talibans ne prennent possession de la ville. Marwa note que certaines de ses collègues ont cessé de porter des vêtements colorés, ou qu’un collègue homme n’ose plus la regarder dans les yeux. Ces détails, presque insignifiants, trahissent la peur croissante qui s’installe dans les esprits.
Le plus tragique reste le regard de Marwa sur ses enfants. Pour ses fils, elle s’inquiète de l’endoctrinement à venir, et pour sa fille adolescente, elle redoute une vie de contraintes, d’interdictions et d’effacement. Et d’un mariage imposé. « Le printemps reviendra » décrypte avec une justesse glaçante cette transmission des peurs, mais aussi des espoirs entre les générations, en montrant comment chaque parent tente de protéger ses enfants d’un avenir incertain.
S’offre alors un choix : partir ou rester. Cette décision, que tant de familles afghanes ont dû affronter en 2021, déclenche une compassion d’une intensité bouleversante. Partir, c’est sauver sa vie et celle de ses enfants, mais c’est aussi abandonner ses racines, sa maison, et un pays qu’on aime malgré tout. Rester, c’est résister, mais au risque de perdre sa liberté et peut-être sa vie.
Alors que les forces américaines quittent le pays et laissent derrière elles un vide sécuritaire, que les districts tombent progressivement aux mains des talibans, la peur s’insinue dans chaque fissure et par tous les pores de la peau. Et pourtant… Malgré la dureté du sujet, Nour Malowé parvient à insuffler une douceur presque onirique à son écriture. Sa plume poétique enveloppe les moments les plus sombres d’une lumière fragile, mais tenace. Telles les hirondelles qui habitent encore le ciel de Kaboul, « Le printemps reviendra ». La poésie, omniprésente dans les gestes et les pensées de Marwa, son amour incommensurablement de la littérature, reflètent une puissante métaphore de la richesse intérieure que nul oppresseur ne peut ravir.
Dans « Le printemps reviendra », l’invasion talibane devient une expérience intime et viscérale, vécue à travers les yeux d’une femme ordinaire et extraordinaire. Mais, le roman met également en lumière la fragilité des libertés que beaucoup tiennent pour acquises et montre avec quelle rapidité un monde peut basculer dans l’obscurantisme.
« Le printemps reviendra » m’a bouleversée par son intensité émotionnelle. J’ai ressenti cet étouffement progressif d’une société, particulièrement pour les femmes. Cette privation des libertés individuelles a déclenché une vraie colère, mais aussi une profonde compassion. Quand on aime son pays, ce n’est pas si facile de le quitter… Nour Malowé dépeint avec réalisme et sensibilité, les femmes invisibilisées, et les hommes devenus bourreaux. Je referme le livre avec mélancolie pour un monde qui s’efface progressivement, le sentiment que nos filles devront se battre pour tout. Et pas seulement à Kaboul… Regardez à l’ouest ce que promet la nouvelle ère du nouveau président élu pour le droit des femmes, il y a vraiment de quoi s’inquiéter.
« Le printemps reviendra » de Nour Malowé est paru le 22 août 2024 aux éditions Récamier – 288 pages.
La situation à Kaboul après août 2021 et l’oppression des femmes
Découvrez un autre roman paru chez Récamier : Après elle, Ariane Bois.
La couverture est magnifique tout comme ton ressenti
Ça donne envie…
Pas pour moi, mais ça serre le cœur rien que de penser à ces femmes…
J’ai bcp aimé cet espoir à la fin, malgré toute la noirceur de l’effacement des femmes décrit.
Je crains en effet que demain, soit bien pire qu’aujourd’hui.
À chaque fois que le droit des minorités a progressé, le retour à plus d’obscurantusme s’est manifesté. Alors, à l’est, puis maintenant à l’ouest, combien de temps, ici, va tenir la démocratie ?
Gardons quand même espoir comme cette femme téméraire et courageuse de ce roman !
Le printemps reviendra, sûrement, mais en attendant, elles en bavent les Pauvres. 😥
Merci à toi pour la chronique 🙏 😘
Terrible ce qu’il se passe là-bas… Dans le désintérêt grandissant des autres pays…
Il est déjà dans ma liste d’envies et j’espère le lire avant la fin du mois.
L’audio est vraiment génial 👍
C’est vrai que la situation actuelle est très préoccupante… je pense tout particulièrement à mes filles…
Oui c’est un récit difficile
Ça brise le cœur…