Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

Elin Hilderbrand possède la particularité d’emmener ses lecteurs sur l’île de Nantucket située au sud-ouest de Boston. « Été après été » ne déroge pas à cette règle. Mallory, étudiante à New York, se voit offrir une maison à Nantucket par sa tante Greta. Ravie de fuir la ville et sa colocataire difficile à vivre, elle s’installe avec bonheur dans ce lieu avec vue sur la mer. Son premier week-end, celui de « Labor Day » aux États-Unis, soit le premier lundi de septembre, elle le passera en compagnie de Cooper, son frère adoré et de ses amis les plus proches Frazier et Jake. Dès le premier regard, ce qui se joue entre Mallory et Jake est une évidence. Une osmose parfaite et l’envie de passer du temps ensemble, tout en respectant les choix de vie et les envies de l’autre. Ils se retrouveront chaque année durant 28 ans, tous les week-ends de Labour Day, « no matter what » (quoi qu’il se passe) pour un « même heure, l’année prochaine ».

Le roman commence en 2020, donc par la fin. Un choix qui peut être discutable dans ce cas précis pour des raisons que je tais volontairement. Sauf que, c’est cette entrée en matière qui m’a totalement cramponnée au roman. Quelques pages sur l’année 2020 pour mettre en place le contexte, puis retour en 1993 considéré comme l’été n° 1. Le récit se décompose en quatre parties : la vingtaine, la trentaine, la quarantaine, et la cinquantaine. Chaque chapitre décrypte une année et donc un été… pendant 28 étés. Elin Hilderbrand a eu l’excellente idée en préambule de chaque chapitre de proposer un condensé de l’année qu’elle développe toujours par ces mots « De quoi parle-t-on en (93, 94, etc.) ? » Elle énumère alors tous les faits majeurs de l’année pour placer le lecteur dans une ambiance et un contexte précis. J’ai adoré cette manière de faire. Puis, en fonction des années, c’est parfois le quotidien de Mallory qui est mis en avant, parfois celui de Jake. Parfois leurs retrouvailles, parfois l’attente des retrouvailles. Le schéma n’est jamais le même et laisse vraiment au lecteur la possibilité de découvrir des pans de vie. 

Vous l’aurez compris, Mallory et Jake ont décidé de ne pas vivre ensemble, de ne pas faire leur vie ensemble, de ne jamais prendre contact l’un avec l’autre les autres 362 jours de l’année (sauf cas précis décidés ensemble). Mais, quels que soient leurs contingences personnelles, leurs engagements professionnels, ils se retrouveront trois jours par an, chez elle. Cette parenthèse est réglée comme du papier à musique : le même repas, le même film, le même bonheur de se retrouver. Si j’ai été un peu « gênée » dans les prémices par ce « non-engagement », me demandant pourquoi on pouvait décider de ne pas partager son quotidien avec l’autre lorsqu’on a autant d’atomes crochus et si une forte envie d’être ensemble, j’ai fini par adhérer à ce jeu qu’ils jouent à deux : tu préfères ? « Tu préfères un bonheur absolu de trois jours ou une relation durable mais ennuyeuse à longueur d’années ? » La vie les emporte vers des voies différentes, et des destins vraiment opposés que le lecteur jubile de découvrir. J’ai été autant happée par la musique de leurs trois jours ensemble que par l’histoire de chacun lorsqu’il retourne à sa propre existence. « Chaque été je me dis que c’est impossible que notre week-end soit meilleur que le précédent, et pourtant chaque été me donne tort. »

Si « Été après été » parle d’amour, de sacrifices, d’attente, de frustration, de relations avortées, de secrets et de double vie, il permet également de se plonger dans les grandes phases de l’histoire américaine durant presque trois décennies. L’association des deux fonctionne admirablement bien et a réellement accru mon intérêt pour le roman. Évidemment, c’est l’histoire de Mallory et de Jake qui m’a le plus remuée, le début (qui est en fait la fin), ce désir d’une relation parfaite, sans heurts, sans discordances, sans routine afin de conserver un lien le plus proche possible de la perfection et de l’harmonie. C’est parce qu’elle me semble impossible que cette histoire m’a autant bouleversée. Parce que je n’en aurais pas été capable, parce que je n’aurais pas tenu durant les moments de manque ou de frustration, parce que cette situation m’aurait rendue dingue. « Été après été » est un beau roman, une belle histoire, un moment hors du temps avec deux personnages inoubliables. C’est le rendez-vous des émotions brutes. J’ai adoré !

4 réflexions sur “ÉTÉ APRÈS ÉTÉ, Elin Hilderbrand – Les escales, sortie le 2 juin 2022.

  1. Waouh ! Quelle magnifique chronique !

    1. Aude Bouquine dit :

      Merci beaucoup 😊

  2. J’ai été moins touchée que toi mais c’est un roman que j’ai moi aussi apprécié 🙂

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