Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

Un week-end à Nantucket de Elin Hilderbrand

Chaque fin de printemps, un nouveau roman d’Elie Hiderbrand apparaît de façon quasi métronomique. Ses intrigues se déroulent toujours à Nantucket, une île située au sud de la presqu’ile de cap Cod. « Un week-end à Nantucket» ne déroge pas à cette règle, seuls les personnages changent. En général, les récits de l’écrivaine ont le parfum sucré des crèmes solaires. On y côtoie tout le gratin de la côte est, femmes aux garde-robes soignées, aux grands chapeaux qui protègent du soleil et aux problèmes de divas qui n’en sont pas. 

Le roman commence par un drame. Hollis, influenceuse « lifestyle », perd son mari brutalement dans un accident de voiture. Après plusieurs semaines à l’arrêt, personnellement et professionnellement, elle décide d’organiser un  «Five-Star Weekend» dans sa maison de Nantucket où elle invite quatre amies qui symbolisent quatre périodes de sa vie. De l’enfance à l’âge adulte, en passant par le début de la vie professionnelle, chacune représente une époque dont Hollis a envie de se souvenir. En sus, une femme que personne ne connaît, même pas la maîtresse de maison, mais qui commente très souvent les posts de Hollis est invitée à se joindre à cette aventure. 

Pour immortaliser ce «week-end à Nantucket», Hollis demande à sa fille de venir filmer des séquences clés et de monter un film pour la postérité. Les relations entre mère et fille sont tendues, et cette « mission » a pour but caché de resserrer un peu les liens. 

En somme, les premières pages de « Un week-end à Nantucket» accrochent le lecteur en lui fournissant drame, idée de base séduisante pour divertir, et promesses de « dramas » à la « Desperate Housewives ». Vous remuez le tout de réseaux sociaux avec un métier en vogue, vous saupoudrez de normes ultra américaines (« dress code » pour chaque moment de la journée, par exemple) et vous obtenez un condensé d’émotions et de lâcher-prise aussi chouette qu’une série Netflix. 

Sauf que… les promesses émotionnelles et l’intrigue se dégonflent très vite comme un ballon de baudruche. Que de clichés et d’accumulation de détails futiles ! 

Parlons d’abord de l’intrigue qui ne décolle pas. La promesse faite sur la 4e de couverture d’« Un week-end à Nantucket» est implicitement de faire rejaillir des émotions dans le coeur d’une femme qui a vu son univers pulvérisé. Lesdites amies invitées dans cette maison n’ont « d’amies » que le nom. En tout cas, avec de telles langues de vipère, on n’a pas besoin d’ennemies ! Seule une de ces minettes se réjouit de venir, et encore, ce n’est pas pour les bonnes raisons. Chacune cache un secret (censé faire monter la tension), mais les fils narratifs sont tellement gros que le lecteur les devine peu ou prou. 

Ensuite, le texte est truffé de descriptions qui ne servent à rien : la gastronomie et les plats servis durant TOUS les repas, et les vêtements décrits sous toutes leurs coutures étouffent le récit. Ça fait un peu penser à une vitrine qui devrait nous encourager à rentrer dans un magasin, mais rebute par son accumulation de couches qui ne vont pas ensemble. Des pages et des pages de vide jusqu’à la nausée…  

Je ne parle même pas de la superficialité des propos qui m’a donné envie de hurler. « Un week-end à Nantucket» coche toutes les cases des sujets « trendy » : trauma adolescent, #MeToo, santé mentale, maternité, réseaux sociaux, privilèges de classe, tout y passe. Ad nauseam. Aucune de ces thématiques n’est décortiquée en profondeur, elles sont simplement là pour « faire joli », et surtout, elles ne mènent nulle part ! Un vide abyssal.

J’ai attendu un renversement de situation, un nouvel élément pour relancer l’intrigue, une révélation susceptible de transformer mon ressenti en quelque chose de plus positif… J’attends toujours. Telle que vous me voyez, je suis dans mon fauteuil avec mon livre, et j’attends que quelqu’un vienne me délivrer de cet envoutement. Du vide, du rien avec du vide, des prunes à la sauce néant. 

Restent les personnages… Ces cinq héroïnes d’« Un week-end à Nantucket » m’ont rappelé mes grandes heures de tentatives d’apprivoisement des richissimes Californiennes qui passaient leur temps à se faire des peelings faciaux au laser, entrecoupés par leurs séances de yoga ashtanga et de salutations au soleil, perpétuellement en legging anti transpirant et légèrement compressif qui n’avaient aucun sujet de conversation à part leurs mixtures faites à base de chou « kale ».

Jamais un « casting » de roman n’aura suscité autant d’antipathie ! Carton rouge pour la fille de Hollis, Caroline à qui j’aurais bien mis quelques baffes pour la remettre sur le chemin du respect. Même leur façon de s’exprimer dans un langage « de jeune » est ridicule au regard de leurs âges. On se croirait dans une série pour adolescents attardés. 

Je n’irai plus en « week-end à Nantucket ». Son roman précédent ne m’avait déjà pas emballée… La mécanique est éculée et nous sommes très loin de « Été après été » qui avait un charme fou. Il y a dans « Un week-end à Nantucket » trop de trop : trop d’intentions mal gérées, trop d’intrigues éparpillées, trop de thématiques effleurées, trop de clichés, trop de désordre, trop de « je me repose sur mes lauriers ».

C’est vrai, je suis un peu énervée … mais, nom d’un chien, il y avait quand même matière, à partir de l’idée de départ, à déployer au moins un peu de romanesque. Que nenni ! Jusqu’au bout, ce roman est un fiasco qui surfe sur une vague brisée. 

Il ne s’agit que de mon avis, faites-vous le vôtre. Et lisez « Été après été » si ce n’est pas encore fait ! Je pars faire ma séance de yoga bikram, 40 degrés pour protéger mon cerveau de la surchauffe…

Traduction : Alice Delarbre

Titre original : The Five-Star Weekend

Editeur : Les Escales

Sortie : 5 juin 2025

448 pages, 23 euros

Chronique de ÉTÉ APRÈS ÉTÉ, Elin Hilderbrand

Avis sur le roman – Babelio –

6 réflexions sur “Un week-end à Nantucket, Elin Hilderbrand.

  1. miraclechocolate9544f2b9ff dit :

    Bonjour Aude,

    Je n\’avais déjà pas envie de lire ce livre (pas plus qu\’un été à Nantucket) mais votre chronique achève de me convaincre que ce roman n\’est pas pour moi. Le dernier roman de Philippe Gérin me touche beaucoup plus profondément. Merci pour la qualité de vos chroniques ! Amicalement.

    Aline.

  2. laplumedelulu dit :

    Bon, ben ça, c’est fait 😂 on a bien compris le message. J’aime bien quand tu manifestes ta désapprobation. Merci à toi pour le partage de la chronique 🙏 😘

  3. Oh ben dommage, moi qui voulait un roman qui fleure bon l’été… J’avais bien aimé celui de l’année dernière, qui m’avait bien divertie. J’essaierai plutôt « Été après été » !

  4. Yvan dit :

    Je cours en acheter trois ! 😉
    Juste « un peu » énervée ? 😁

  5. Aude Bouquine dit :

    😂😂😂

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Aude Bouquine

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur Aude Bouquine

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

Aller à la barre d’outils