Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Amaury Marsac est le personnage récurrent d’Elsa Roch depuis « Ce qui se dit la nuit ». Véritable raconteuse d’histoires noires dont la plume incandescente illumine les nuits les plus sombres, Elsa Roch la magicienne glisse de la poésie dans son noir à travers cet homme, terriblement humain, qui vit avec des monstres perpétuant toute sorte de -Ide.

Dans « Oublier nos promesses », elle décryptait le syndrome du stress post-traumatique à travers Jérôme, dans « Le baiser de l’ogre» elle s’était attelée à parler de la différence grâce à une princesse, Liv, Miss Butterfly. Dans « La fureur des mal-aimés », elle s’emploie à décortiquer les blessures de l’enfance, symbolisées par deux personnages dont Alex que Marsac retrouve souvent sur un banc, square du Vert-Galant à Paris. « La fureur des mal-aimés » est la rencontre de ces deux personnages-là, le flic fatigué par son métier de chien et hanté par son histoire personnelle, et Alex un jeune homme qui vit dans la rue et que «(…) l’errance bousillait à vitesse démoniaque.»

Par de fréquents retours dans le passé, l’histoire d’Alex s’éclaire peu à peu, et avec elle, l’histoire d’un autre personnage emblématique dont je tairais le nom. Dans le présent, Marsac est confronté à des meurtres particulièrement sanglants dont les mises en scène posent question et les réactions des familles proches interrogent. 

Ce roman aurait pu s’appeler la fureur de vivre, ode à l’enfance. 

Elsa Roch est psy de formation. Dans ce récit, elle choisit d’aborder les blessures de l’enfance et les différentes façons dont elles peuvent être gérées, émotionnellement parlant. Il y a celui qui s’y confronte et celui qui choisit de l’effacer. Comme pour le deuil, chacun gère selon ses moyens, échappatoire ou confrontation.

J’ai trouvé très intéressante la façon dont l’auteur met en contraste les souvenirs de Marsac lors de la disparition de sa sœur, et le passé d’Alex qu’il préfère oublier, mais que le flic veut/doit déterrer. «Pour lui, le passé est un territoire oublié dont il s’éloigne un peu plus chaque jour. Il ne veut pas voir, pas saisir.» Marsac est aussi une âme perdue sous bien des aspects, et entre « âmes perdues », on se reconnaît. Il est hanté par un fantôme, comme la ville est hantée par un meurtrier fantomatique aux motivations qu’il peut presque toucher du doigt. Il y a comme un fil tenu qui les relie, une sensation de se comprendre sans se connaître. 

Écriture solaire pour personnages torturés, la violence dévore autant que la lumière réchauffe, Elsa Roch est une équilibriste qui navigue entre le bien et le mal. Du côté obscur, elle trouve le moyen d’embraser la flamme de la bienveillance et de la tolérance. «La plus grande chute est celle que l’on fait du haut de l’innocence».Face à Marsac, plongé dans les ténèbres, Elsa lui appose toujours un personnage plus lumineux (Emma dans « Oublier nos promesses », Liv dans « Le baiser de l’ogre », Alex dans ce roman-ci.).

Vous êtes bien dans un polar, ne vous y trompez pas, mais les personnages sont toujours plus forts que l’enquête chez Elsa Roch. Ce sont eux qui mènent la danse, eux qui donnent naissance aux émotions, eux qui nourrissent le canevas du scénario, eux qui renvoient la lumière du cœur de l’obscurité. 

Je remercie les éditions Calmann-Lévy de leur confiance. 

LE BAISER DE L’OGRE, Elsa Roch – Calmann-Lévy, sortie le 9 octobre 2019

OUBLIER NOS PROMESSES, Elsa Roch – Calmann-Lévy, sortie le 7 février 2018

3 réflexions sur “LA FUREUR DES MAL-AIMÉS, Elsa Roch – Calmann-Lévy, sortie le 12 mai 2021.

  1. Yvan dit :

    « Écriture solaire pour personnages torturés, la violence dévore autant que la lumière réchauffe » : joliment dit ! Et bien vu pour parler de ce livre et de l’écriture

  2. laplumedelulu dit :

    C’est tout à fait ça. Merci Aude. 🙏❤️

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