Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Hasard de lecture, « Inspection » est un roman qui se déroule dans le Michigan, une région dans laquelle j’ai vécu mes premières années d’expatriation et que je connais donc très bien. Pour définir l’endroit où ils vivent, les habitants se servent de la paume de la main droite, « D’une main, elle imita la forme de l’État » fidèle représentation de la silhouette de l’État. (voir photo plus bas)

C’est donc dans le nord du Michigan que se trouve une institution unique en son genre qui abrite des garçons Alphabet, dont les prénoms vont de A à Z. Ils ont presque 13 ans. « La parentalité » créée par P.È.R.E se charge de leur éducation. Tous les matins, les garçons Alphabet doivent se plier à des Inspections sous les yeux scrutateurs de différents inspecteurs, intervenant dans l’institution où rien ne peut être tout à fait dissimulé, même pas ses pensées les plus intimes au risque d’être envoyé au Coin. Parfois, un discours du fondateur « chargé de transmettre la philosophie de la Parentalité » a lieu dans la salle des Corps. Les garçons Alphabet vivent avec l’idée qu’ils sont nés des Arbres Vivants. Ils évoluent surtout en n’ayant aucune idée de l’existence du sexe opposé…

Josh Malerman crée ici un univers singulier, qui ne ressemble à aucun autre : une élaboration pointue d’un univers créé de toute pièce où il construit chaque pierre d’un édifice de A à Z, comme ses personnages. Il faut un peu de temps pour s’immerger dans l’histoire, je ne vais pas vous le cacher : j’ai frôlé l’abandon. Le début est si étrange que le lecteur se retrouve fort désarçonné devant le langage, les idées, les personnages et les lieux propres à cette institution où le sexe opposé est tout simplement effacé de la surface de la Terre. L’auteur nous décrit la salle des Corps, les Tourelles, le Coin, parle d’Inspections matinales où l’on peut constater des purules, des moisures, des vairs ou des nécrotiques, du Tournoi des Effigies, de la Parentalité. Tous ces lieux, ces termes, propres au roman laisse le lecteur perplexe et sur le qui-vive, forcé de lâcher prise pour pénétrer dans ce monde étrange où l’imagination débridée de l’auteur s’est exprimée. L’éducation est au cœur de cette institution, mais une éducation basée sur l’ignorance de certains mots, de certaines idées, de concepts, et surtout sur l’absence totale du mot « fille » « (…) les garçons alphabet ont vocation à devenir les meilleurs ingénieurs, scientifiques, et mathématiciens du monde. »

Le roman s’ouvre sur cette période délicate que tous s’apprêtent à vivre, la puberté, appelée les « années délicates ». Les garçons vont être enclins à penser par eux-mêmes, a fortiori à vouloir « tuer le père » d’un strict point de vue freudien. Cependant, à chaque rébellion ou mensonge envisagés plane le souvenir de A et Z, envoyés au Coin et jamais revenus.

« Avec les années délicates venait le temps des garçons perspicaces. Des garçons intelligents. Des garçons capables et désireux d’analyser chaque mot qu’il utilisait. » Les garçons Alphabet dont certains ont l’esprit bien affûté vont découvrir peu à peu la magie de la littérature et par ce biais, s’ouvrir bien des horizons. 

Fallait-il en rester là ? Une telle histoire pouvait-elle se suffire à elle-même ? Certainement, quand les épouses des écrivains n’y mettent pas leur grain de sel. L’épouse de Josh Malerman lui suggère d’aller plus loin en racontant la même perspective, mais du côté des filles. C’est ainsi que sont nées les filles Lettres, mais appréhendées sous un autre angle…. Et voilà comment cet incroyable récit prend de l’épaisseur, offre une vraie densité, avec de belles thématiques et un véritable enjeu. Les deux institutions créées par ces scientifiques mégalomaniaques, P.È.R.E et M.È.R.E ne forment plus qu’un seul et même projet surprenant, ayant une portée très spécifique. 

Ce conte original devient un rêve d’idéal, bien loin de toute réalité existante, le dessin d’un monde totalement idéalisé « Le génie est distrait par le sexe opposé. Alors que faut-il faire ? Bannir le sexe opposé. » 

Ce roman est une expérience inédite de lecture qui vous demandera une forte concentration. Elle est nécessaire pour entrer dans cet univers. Mais une fois que vous y êtes, vous ne voudrez plus le quitter.

Je remercie les éditions Calmann-Lévy de leur confiance.

Une réflexion sur “INSPECTION, Josh Malerman – Calmann-Lévy, sortie le 23 septembre 2020.

  1. Lord Arsenik dit :

    Je viens de le commencer, effectivement c’est assez déconcertant de prime abord… mais je vais persévérer.

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