Aude Bouquine

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Code Yesterday de Michel Bussi

« Code Yesterday », le nouveau roman de Michel Bussi est construit sur une hypothèse pour le moins surprenante… Une octogénaire de Penny Lane aurait écrit les plus grands tubes des Beatles ! L’auteur tient ce pari sur cinquante et un chapitres sans jamais faiblir ou le laisser tomber. Ce qui me fait dire que l’invention est le vrai sujet du roman et que l’histoire racontée par Yvonne, cette grand-mère fantasque est entièrement dédiée à sa fabrication. 

Michel Bussi imagine un scénario alternatif à l’histoire des Beatles. Il se sert de ce que l’on connaît de ce groupe mythique pour inventer un récit parallèle collé à la réalité. Ainsi, il montre la genèse de chansons devenues sacrées et construit autour d’elles une autre tangibilité. En donnant à Yvonne ce rôle de parolière de toutes les chansons cultes des Beatles, il désacralise le mythe du génie créateur solitaire, car Yvonne écrit ses textes en exécutant toutes sortes de tâches ménagères et en s’occupant de son enfant. L’inspiration lui vient n’importe où et n’importe quand, elle dont personne ne se préoccupe vraiment et qui passe totalement inaperçue. Le mérite de la création ne revient pas aux leaders mythiques du groupe, mais à cette femme de l’ombre.

Pour ce faire, il y a dans « Code Yesterday » une véritable rigueur documentaire. Par exemple, les dates de sortie des albums sont exactes (oui, j’ai vérifié), les anecdotes de studio recoupent la vraie discographie, et les rivalités Lennon-McCartney suivent ce qu’on sait d’elles. Michel Bussi a le culot de l’hypothèse folle, mais la discipline de l’enquête. Et c’est cette association qui rend l’histoire romanesque sans jamais tomber dans le grand n’importe quoi. Le titre choisi, « Yesterday », renvoie à la chanson la plus connue et la plus reprise de l’histoire de la musique, et le roman fait à la légende des Beatles ce que toute reprise fait à un standard : il la rejoue autrement. 

D’ailleurs, le dénouement pousse la logique jusqu’au bout. Et comme Michel Bussi est un grand illusionniste, il fait ce qu’il sait faire de mieux : il manipule son lecteur jusqu’à la toute fin. C’est un vrai régal de se faire avoir de cette manière. 

Dans « Code Yesterday », Yvonne a la part belle. Épouse d’un marin taiseux, mère d’un fils indifférent à la musique, elle occupe cette place de femme au foyer construite par son époque. Elle ne manque pas de talent et confère au roman sa colonne vertébrale. 

Mais pour raconter, il lui faut un auditoire. Elle le trouve dans sa petite-fille Lonely. Car le prénom Lonely apparaît dix fois dans « Eleanor Rigby » et son nom de famille « McKenzie » renvoie au Father McKenzie de la même chanson. 

Est-ce une coïncidence ou un gage de la véracité de ses dires ? Preuve ou hasard onomastique ? L’incertitude entretenue jusqu’au bout tend le lecteur qui veut savoir. 

De plus, contrairement à son père, Lonely est musicienne. Et comme sa grand-mère, une musicienne anonyme. Elle joue devant des salles clairsemées et appartient à cette génération de talents qui perceront difficilement, mais en ont l’espoir. Or, Yvonne le lui dit sans détour : les portes sont ouvertes pour elle là où elles étaient fermées pour sa grand-mère. C’est à Lonely que le lecteur s’identifie le plus, car, comme elle, il cherche à démêler le vrai du faux. Elle enregistre les confidences de sa grand-mère sans y croire tout à fait… jusqu’à ce que la réalité la rattrape. Son parcours de scepticisme vers la conviction rejoue exactement le mouvement qu’on demande au lecteur de suivre, et le procédé est assez jubilatoire. Je vous laisse découvrir comment Yvonne va achever de la convaincre, quels lapins elle sortira de son chapeau et quelles en seront les conséquences. 

J’ai pris un plaisir fou à suivre ce « Code Yesterday » dont j’ai écouté plusieurs chapitres en version audio, version d’ailleurs très réussie. Je me suis laissé embarquer dans cette musique que je connais évidemment sans connaître toute la discographie des Beatles. Au-delà des deux protagonistes, j’ai aimé le personnage de Smoky Slug, ce critique macho et réactionnaire qui trouve que tout était mieux avant. J’ai souri souvent, et j’ai été émue plusieurs fois. 

Michel Bussi est décidément un auteur qui n’est jamais là où on l’attend. Ses récits sont tous différents. De la tragédie au Rwanda dans « Les ombres du monde », à son récit d’anticipation dans « Nouvelle Babel », ou encore à ses intrigues plus policières telles que « Maman a tort » ou encore « Nymphéas Noirs », il me surprend à chaque fois. Parfois, cela fonctionne, parfois un peu moins, mais avec « Code Yesterday », j’ai été conquise par cet incroyable pouvoir de l’imagination qui se greffe autour de faits réels. 

Achat personnel – Chronique non rémunérée

Editeur : Presses de la Cité

Sortie : 3 septembre 2026

360 pages, 22,90 euros

Existe au format audio pour Lizzie, lu par Jérémy Bardeau et Marie-Eve Dufresne, 7h54 d’écoute.

 

Découvrez aussi : Les ombres du monde, Michel Bussi – disponible en poche

D’autres avis sur le roman – Babelio –

18 réflexions sur “Code Yesterday, Michel Bussi.”

  1. Yvan dit :

    « Michel Bussi a le culot de l’hypothèse folle, mais la discipline de l’enquête », voilà une belle définition de son univers. Ton enthousiasme est communicatif

  2. Encore un roman de Michel Bussi qui a l’air fort sympathique.

  3. Laurence D dit :

    Terminé hier et j’ai vraiment aimé. J’ai eu la chance d’assister à une soirée musicale avec l’auteur sous forme d’interview. 2H30 de bonheur. Je vais en parler très bientôt

  4. laplumedelulu dit :

    Je biens de recueillir « toutes les ombres du monde », nuance, il est tombé dans mes bras la semaine dernière 😂. 1) trouver du temps pour le lire, et 2) on verra pour celui-là. Merci à toi pour le partage de la chronique 🙏 😘

  5. Patricia Brassinne dit :

    Pas pour moi malgré ta belle chronique.
    Par contre mon père et ma compagne pourraient apprécier.
    Je transmets l’idée.
    (Je me permets de te tutoyer sinon dis le moi).
    A bientôt

  6. Philippe D dit :

    Bien que je lis tous les Bussi, comme je ne suis pas fan des Beatles, je pensais faire l’impasse sur celui-ci, mais j’ai déjà lu des avis très positifs qui me poussent à le lire quand même.

  7. J’attendais ton avis avec impatience ! Je suis rassurée 😊

  8. Aude Bouquine dit :

    Objectivement, je le trouve très bon. Rien à dire que la manière dont il tisse le vrai avec le reste. Remarquable d’inventivité.

  9. Aude Bouquine dit :

    Ah ben non ! Faut pas faire l’impasse 😉

  10. Aude Bouquine dit :

    Ils réussiront peut-être à te convaincre 😉

  11. Aude Bouquine dit :

    Les ombres du monde est génial, tu vas te régaler !

  12. Aude Bouquine dit :

    Ça devait être super 👍

  13. Aude Bouquine dit :

    Et en audio, top 👍

  14. Aude Bouquine dit :

    Chouette alors 😉

  15. laplumedelulu dit :

    C’est grâce à toi et à ce que tu as écrit quand il est sorti en broché. 🫶

  16. Exuline dit :

    Ah me donne vraiment envie de découvrir ce titre qui au premier abord ne me tentait pas plus que ça !!! Bravo !!!

  17. Aude Bouquine dit :

    Quel plaisir de lecture !!! J’aime quand un auteur est capable d’autant d’inventivité !

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