Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

« Dans la culture basque, l’eguzkilore était un antique symbole de protection, que l’on plaçait à la porte des maisons pour les protéger des sorcières et autres démons. » Dans « le silence de la ville blanche », c’est tout un univers fait de légendes, de traditions, et de fêtes religieuses qui s’ouvre sous nos pieds. Nous sommes bien dans un thriller, au cœur du Pays basque. Des meurtres sauvages ternissent les quelques jours de fête ayant lieu dans la petite ville de Vitoria et terrorisent les habitants en passe de fêter leurs anniversaires. Des victimes anonymes ayant quelques points communs : l’âge, le nom de famille, la posture dans laquelle les enquêteurs retrouvent les corps, et surtout la présence d’abeilles dans leurs bouches. Des décès par suffocation dus aux nombreuses piqûres données par des insectes affolés. Autant vous dire que si vous êtes phobiques, terrorisés par le moindre bourdonnement, vous allez être servis ! Ces crimes ressemblent à s’y méprendre à d’autres, perpétrés vingt ans plus tôt par Tasio, arrêté à l’époque par son frère jumeau Ignacio, alors policier. Nous sommes face à un meurtrier très inventif qui sélectionne ses victimes par tranche d’âge, 5 ans, 10 ans, 15 ans, etc.

L’auteur a mis l’accent sur la création de ses personnages. Les deux enquêteurs, Unai et Estíbaliz portent le récit chacun à leur manière. Il faut bien les 555 pages du roman pour appréhender leurs histoires personnelles, leurs failles et le moteur qui les pousse à résoudre cette affaire. Personnellement, j’ai été très touchée par Unai, le personnage masculin qui prend réellement une vraie densité en milieu de roman. Rien ne laissait présager l’horreur de son vécu personnel et je dois dire que j’ai été saisie aux tripes. Les personnages secondaires ne sont pas laissés en reste, bien au contraire. Le traitement de la gémellité est superbement abordé, autant sur les relations passées liées à l’enfance, que dans le présent de l’enquête. J’ai beaucoup aimé le personnage du grand-père, un peu taiseux, celui qui transmet la mémoire de la région et qui surgit tel un fantôme de mémoire lorsqu’on s’y attend le moins.

L’intrigue, redoutable, est au cœur de ce récit. L’auteur prend un temps précieux et nécessaire à l’installer. Elle la place avec intelligence dans l’histoire d’une région. L’immersion a été totale pour moi, ignorante de ces fêtes et rites méconnus. Les descriptions, les scènes de liesse ou celles des meurtres mettent en lumière une certaine sensibilité du raffinement esthétique. Indiscutablement, l’auteur possède ce don : comme un peintre, elle appose les couches, affine les détails, peaufine les éléments secondaires et berne le lecteur en attirant son attention sur des détails qu’il pense nécessaires à la résolution de l’enquête. Autant vous dire que deviner la fin est un vrai challenge.

Ce roman se vit plus qu’il ne peut réellement se décrire. C’est un thriller d’excellente facture, bien mené, crédible, dans lequel on plonge assez rapidement, même si l’on est un peu décontenancé par les noms « à rallonge » des protagonistes, auxquels il faut s’adapter. Mais, sachez que tout à une raison d’être et que rien n’est laissé au hasard. 

En résumé, je recommande fortement ce thriller, dépaysant, doté d’une vraie âme, à l’atmosphère à la fois anxiogène et douce parfois. Un roman qui vous transporte ailleurs…En la matière, il devient de plus en plus difficile de se démarquer du genre, mais celui-ci le fait avec panache.

Je remercie les éditions Fleuve de leur confiance.

#Lesilencedelavilleblanche #NetGalleyFrance

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