Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

À Los Angeles, la découverte d’un corps débarrassé de toute chair et la présence massive d’insectes de toute sorte sur les lieux plongent les forces de police, dont Atticus Gore dans un abîme de perplexité. « Des escouades qui auraient dû débarquer les unes après les autres sur un cadavre, car elles n’étaient pas censées intervenir au même moment dans le processus de dégradation des corps, souvent séparées par des temps très longs, se réunissaient au même endroit, concentrées les unes sur les autres au point de presque fusionner lorsqu’elles avaient été tuées. (…) C’était bien l’homme qui était intervenu pour les répandre ici… » À New York, c’est la disparition inquiétante d’une jeune femme de 22 ans qui occupe la détective privé Kate Kordell. Insecte, secte ? Ces deux affaires sont-elles liées ? Comment ? Pourquoi ?

Je vous le dis de suite : ce dernier opus de Maxime Chattam est excellent, un très bon cru, un retour aux sources pour l’auteur qui m’a attirée vers le noir avec « L’âme du mal ». Si je n’ai pas toujours eu de coup de cœur pour ses derniers livres, j’ai toutefois apprécié qu’il se mette en danger en proposant des romans très différents de ce qu’il avait l’habitude d’écrire, et prenne des virages intéressants et encore inexploités. C’est le cas par exemple dans « Que ta volonté soit faite », récit plus introspectif, mais pas dénué d’intérêt. Bref, je préfère un auteur qui se mette un poil en danger, qu’un auteur qui ne tente rien !

Dans « Un(e)secte », Maxime Chattam terrorise un large public en utilisant pour trame de fond une arrivée massive d’insectes. «  Savez-vous que pour chaque être humain présent sur la Terre, il y a près d’un milliard et demi d’insectes ? Vous imaginez un peu le ratio ? » Nous avons tous nos phobies, la peur d’au moins une espèce fait partie de nos phobies ordinaires. C’est bien joué. Ça fonctionne à merveille. Je défie quiconque après la lecture du bouquin à ne pas penser à fermer la bouche en allant dormir ! Si comme moi, vous êtes entomophobe, vous allez être servi : coléoptères, histéridés, chélicères  arachnides, scolopendres, abeilles tueuses, fourmis légionnaires… Vous pourrez choisir votre bébête préférée ! Ces petites bestioles, dont certaines bien répugnantes posent le récit et la première enquête. Une autre, a priori plus légère, simple disparition dune jeune femme qui semblait avoir un passif, disons tumultueux, démarre à New York. Si, de prime abord, le lecteur semble bien plus captivé par ces squelettes lisses, lintérêt est tout à fait similaire pour la disparition. Lalternance des lieux, des recherches, des personnages est passionnante, très bien amenée, équilibrée, donc parfaitement réussie. 

Expatriée 6 ans aux États-Unis, j’ai eu le temps de visiter 43 états, dont toutes les grandes villes américaines. Je suis allée plusieurs fois à New York, mais j’ai vécu 4 ans en Californie, dont une année à Los Angeles. « Los Angeles ne pouvait se concevoir qu’en voiture. Tentaculaire, elle se déploie sans fin, des montagnes au désert puis jusqu’à l’océan, et le moindre trajet se comptait en kilomètres. » J’étais évidemment très curieuse de savoir comment Maxime Chattam allait retranscrire mes propres sensations sur cette ville. Je dois avouer que c’est un carton plein : je m’y suis revue, et cela à de nombreuses reprises. Il a su capter la quintessence de cette ville tentaculaire, l’atmosphère des différents quartiers, les spécificités de cette ville bercée par des couchers de soleil de toute beauté, où le soleil rouge s’écrase dans l’océan, le parfum des fleurs, dont celui des hibiscus omniprésent, l’atmosphère de certains quartiers tels que Silver Lake ou Skid Row où une pauvreté crasse frôle une richesse presque nauséabonde. « La société ne pouvait effacer ceux qui ne suivaient plus, alors elle les parquait loin des quartiers résidentiels et regardait ailleurs. Elle laissait s’autodétruire ses plus faibles éléments dans l’indifférence. Personne n’a à se salir les mains, le temps fait le job » Bienvenu en Amérique !

À mon sens, un gros travail a été effectué par l’auteur sur la profondeur de ses personnages principaux dont Atticus Gore, son flic angelin, prototype du mâle californien : la quarantaine, obsédé par le vieillissement du corps qui fréquente salle de sport, spa, instituts de beauté et massage, manucure. Il roule dans une mini Cooper cabriolet bleue à bande noire et écoute du métal. Spécificité ? Atticus est homosexuel… sa crédibilité est donc rudement mise à mal dans un secteur d’activité où une testostérone massive fait rage. Autour de ce personnage, raillé par ses pairs, Maxime Chattam fait d’un « anti-héros » potentiel, un modèle d’une société en mouvance où les lignes d’une pseudo norme bougent, et ça fait un bien fou !

Ce roman est aussi une ode à la musique métal « Il se laissa entraîner brièvement dans ce tunnel d’émotions noires, puissantes, viscérales. Il aimait cette musique pour ça aussi, sa capacité à faire remonter ce qu’il avait de plus nostalgique, de plus fragile, une émotion primaire dont il ne captait pas bien le sens lui-même, un lien entre la cruauté de la vie et l’implacable terreur de la mort. » Pour rédiger cette chronique, j’ai écouté tous les morceaux dont l’auteur fait mention ! (si ce n’est pas de l’implication personnelle ça !!!,sachant que ce genre de musique n’est franchement pas ma came…) Iced Earth, Clandestine, Megadeth, Craddle of fire, Machine Head, Metallica, Sepultura, Faith No More, Obituary: ils y sont tous passés ! Cela donne au roman une ambiance particulière sous le lourd soleil californien. « Son amour adolescent immodéré pour cette musique puissante, sombre, parfois agressive ou mélancolique, n’avait pas cessé d’interroger l’adulte qu’il était devenu, car cette passion ne s’était pas ventilée à mesure que sa personnalité s’affirmait. Au contraire, il en savourait désormais les subtilités, la technique, la profondeur. » Si vous aimez la musique métal, ce livre est pour vous !

Comme beaucoup d’auteurs actuels du noir, Maxime Chattam s’interroge sur le futur de l’homme. Le dernier quart du livre en est une belle démonstration. Vous y trouverez de belles idées, de sombres pensées que je ne peux dévoiler ici sans divulgâcher le cœur du roman. Je ne donne pas cher de notre peau….

En résumé, que vous soyez lecteur de la première heure ou que vous ayez découvert l’auteur sur le tard, ne boudez pas votre plaisir : « Un(e)secte » est un excellent roman qui réveille nos petites phobies, mais pas seulement …

5 réflexions sur “UN(e)SECTE, Maxime Chattam – Albin Michel, sortie le 30 octobre 2019.

  1. Ce roman me fait de l’œil mais ayant peur des insectes, je n’avais pas encore tranché s’il allait ou non finir dans ma PAL, mais en écrivant qu’il s’agit aussi d’un ode au metal, tu viens de me précipiter dans la case PAL ! 😍

    Aimé par 1 personne

    1. Aude Bouquine dit :

      La musique est omniprésente !

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  2. Sandrine Larrouzet dit :

    J’hésitais à lire ce dernier Chattam mais au vu de votre ressenti, je vais suivre vos conseils et me précipiter dessus.

    Aimé par 1 personne

    1. Aude Bouquine dit :

      Il est vraiment très bon 😉

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