Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

 

Nous sommes à Bristol, sud du Royaume-Unis.
Noah et Said se rencontrent au lycée : ils ont 15 ans. 
Dans ce lycée, l’un y est parce que sa famille est aisée, l’autre parce qu’il a eu une bourse.
Noah a tout pour être heureux sauf qu’il est atteint d’un cancer très agressif et en traitement depuis son plus jeune âge.
Said, lui, fait partie de la communauté somalienne. Sa famille a fui son pays, s’est retrouvée  dans un camp de réfugiés et a décidé d’émigrer vers l’Angleterre. 
L’histoire commence par la fin, un drame se produit dont le lecteur essayera de comprendre les tenants et les aboutissants.
Que s’est-il passé ? Que faisaient Said et Noah près de ce canal en pleine nuit ? Se sont-ils disputés ? Chacun à leur manière, ils seront plongés dans un profond mutisme…

Parlons d’abord des points positifs du livre.
Il y a des qualités certaines au niveau de la narration. J’ai beaucoup aimé par exemple le fait qu’on ne sache jamais qui va parler. Le lecteur peut ainsi être confronté à l’un des 2 amis, ou aux parents, ou à la famille. Celui qui prend la parole livre alors sa perception de l’histoire, sa manière d’analyser les événements, ses doutes ou ses certitudes. Cela offre au récit un peu de mouvement même si le rythme des événements est finalement assez lent. 
La construction du récit se résume à 5 jours et à un épilogue. Le jour 1 pose les faits, les autres n’apportent pas beaucoup de révélations mais permettent de ficeler l’histoire.
Les thèmes sont plutôt intéressants même s’ils ont déjà été exploités (et plutôt brillamment) dans d’autres livres à la fin 2017 ou au début 2018.
On s’attend à un cliché bien politiquement correct : le petit blanc qui se lit d’amitié avec le petit noir. Ce n’est pas le cas. L’auteur s’en sort relativement bien sur ce sujet.
« La victime est blanche et l’autre appartient à la communauté somalienne. L’affaire est extrêmement sensible. » Je m’attendais au pire… Le pire n’est pas arrivé, ouf !
Les thèmes abordés ne sont pas inintéressants : 
  • La vie dans le camp de Hartisheikh, un camp de réfugiés.
  • La communauté somalienne en elle-même. 
  • L’exploration des tensions raciales quand une communauté réfugiée  arrive en masse dans une petite ville.
  • Les différences culturelles entre une famille d’immigrés et une famille aisée bien installée dans sa communauté.
  • Le poids du passé et de ses secrets. 
Au début du livre, l’auteur nous fait de belles promesses par la voix d’un policier chargé de l’affaire 
« … Car ni lui ni moi n’avons su déceler la vraie nature de cette affaire : menaçante, puissante et sournoise, le genre que l’on ne voit pas venir, mais qui est capable de faire volte-face et de vous surprendre avec sa morsure acérée. »
Alors là, il va quand même falloir se calmer 2 minutes. 
L’intrigue est conventionnelle, sans originalité transcendante et parfois sans réel fil conducteur notamment dans la seconde partie du livre. 
J’explique : la problématique de base est de savoir ce qui est arrivé à Noah. 
Puis, au fur et à mesure, on s’égare en circonvolutions qui finissent par nous faire perdre notre latin tant d’autres problématiques (dont moi je me foutais comme d’une guigne) finissent par apparaître. Mais encore, à la limite, je veux bien concevoir qu’on puisse y trouver un fil conducteur même s’il est ténu, et donc un certain intérêt.
Non, le reproche majeur que je fais à ce livre est tout simplement son manque d’émotions. 
En ce qui me concerne, je n’ai rien ressenti du tout : ni compassion, ni empathie. 
C’est un récit linéaire, presque de l’ordre d’un rapport de médecin légiste. 
C’est froid, imperméable, détaché, neutre et passif. 
Je n’ai ressenti aucune empathie : ni pour la famille de Noah dont les parents sont terrassés par leur enfant malade, ni pour la famille de Said dont le fils est suspecté parce qu’il est l’Etranger.
Pas non plus pour les situations évoquées dans le camps de réfugiés  (on est à des années lumière du Norek pour ce qui est de l’affectif),
Ni pour la liste faite par Noah des choses qu’il veut faire avant de mourir (je vous renvoie au livre de Julien Sandrel qui est d’un autre niveau émotionnel)
Je me suis demandée pourquoi…
Certes, c’est lent, mais en général ça ne me pose pas plus de problème que cela quand l’auteur prend son temps pour asseoir l’histoire.
Certes, c’est sans effet de manche : pas de grosse révélation, de twist final de dingue, de renversement de situation…
Simplement, ça ne m’a pas atteint. Le texte a littéralement glissé sur moi sans m’interpeller une seule fois, et surtout, sans déclencher le moindre battement de coeur.
Je n’ai pas détesté,
Mais je n’ai pas aimé non plus. 
Ca m’a simplement laissée de marbre et pour moi c’est un très mauvais signe…
Difficile de croire que c’est le même auteur qui a écrit l’excellent « Ne pars pas sans moi. »

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