Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

La nuit au coeur de Nathacha Appanah Lectures incontournables 2025

« La nuit au coeur » traverse des ténèbres intimes au rythme d’une course haletante qui n’a pour objectif que de fuir la folie des hommes. Tant d’entre nous préfèreraient ignorer les maux qui frappent les femmes de nos sociétés contemporaines, mais cela reviendrait à se mettre la tête dans le sable. Cette violence systémique, impossible à neutraliser frappe sans relâche, et chaque jour qui passe laisse d’autres corps meurtris venir nourrir des statistiques. À défaut d’enrayer le problème par des preuves, des procès, des condamnations à la hauteur des préjudices subis, il reste les mots, et des livres écrits avec la langue des blessures et des traumatismes, comme pour survivre à l’indicible. 

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Baignades de Andrée A. Michaud

Avec son titre « Baignades » annonce de belles perspectives. Des journées chaudes d’été, des rires, des éclaboussures, des gouttes d’eau qui viennent perler les cheveux. Il appelle aux vacances et à la tranquillité. C’est d’ailleurs ce que viennent chercher Max, Laurence et leur fille Charlie dans un camping, coin de nature sauvage près d’un lac. Deux semaines rien qu’à eux pour prendre le temps d’être pleinement ensemble. L’endroit où ils posent leur camping-car semble paisible, et leurs voisins charmants. 

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Nous sommes faits d'orage de Marie Charrel Lectures incontournables 2025

Il existe des romans qui, comme des retours aux sources, vous ramènent vers la quintessence de ce que vous aimez en littérature. « Nous sommes faits d’orage » fait partie de ceux-là. Ce qui a fait de moi une lectrice, ivre de romanesque, de plume poétique et de personnages irradiant les pages, se trouve dans ce roman. Je n’ai rien lu d’aussi beau depuis « Toutes les nuances de la nuit» de Chris Whitaker cette année. 

Au commencement, on retient son souffle. Paradoxalement, le vent qui déferle dans les montagnes nous en insuffle quelques soupirs. Déjà, les nuages se déploient sur la vallée du village sans nom, les vieilles femmes chuchotent à la naissance de la petite fille aux yeux d’or, « une chance et une malédiction ». Elora, « la fille-étincelle, l’enfant-feu » est prête à jouer son rôle dans le monde, à affronter les légendes et des mythes et les règles des hommes. « Cette fille-là a deux âmes. (…) Elle aura deux vies, mais attirera deux fois plus de malheur. »

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La cabane dans les arbres de Vera Buck

Direction le Västernorrland, en Suède, pour ce nouveau roman de Vera Buck, « La cabane dans les arbres ». Henrik et Nora, parent du petit Flynn âgé de 5 ans, décident de passer leur été au coeur de la nature dans une maison isolée, un peu comme pour se mettre à l’abri du monde. La forêt est vaste, parfois accueillante, parfois inquiétante, et peuplée de légendes.

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Et toute la vie devant nous d'Olivier Adam

« Et toute la vie devant nous » attire par son titre nostalgique qui fait référence au temps passé de l’adolescence. Et en effet, nous sommes en 1985 à l’aube de nouvelles amitiés. Paul et Sarah sont voisins, allée des Sycomores, à Juvisy, avant d’être amis. Alex est l’ami de Sarah depuis toujours. Une complicité très fusionnelle se noue entre eux, des après-midis à « traîner » dans le lotissement, et à se parler au rythme des standards musicaux de l’époque. Cette amitié, que personne ne semble fracturer, va être mise à mal par un accident qui se transforme en drame. 

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Les ombres du monde de Michel Bussi

« Ce roman puise ses racines dans l’un des génocides les plus terrifiants de l’histoire de l’humanité, celui des Tutsi au Rwanda. » Ainsi se termine « Les ombres du monde » dans les précisions données par Michel Bussi. Ainsi s’achèvent cinq cent soixante-seize pages qui laissent exsangue, tant ce texte est puissant par son propos et formidable par son caractère romanesque. Pour raconter la grande Histoire, Michel Bussi ouvre son roman comme s’il s’agissait d’un conte « Il était une fois un petit royaume grand comme un département français. », mais ce qui va suivre est très différent. Nous sommes en avril 1994, au lendemain de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. Abattu par missile, cet événement devient le déclencheur de l’un des génocides les plus meurtriers de l’histoire de l’humanité. 

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Retour à Little Wing de Nickolas Butler

J’aime les grands romans américains quand ils se déploient sur plusieurs années avec plusieurs personnages. « Retour à Little Wing » est de cette veine-là. Après « La maison dans les nuages » où j’avais découvert l’écriture de Nickolas Butler, je remonte le fil de ses textes. « Shotgun Lovesongs », dans son titre original, est son premier roman, mais il livre ici une histoire à la fois ample et intimiste, teintée de nostalgie, sur le temps qui passe et les incidences qu’il provoque sur l’amitié. Direction une petite ville du Midwest où vivent quatre amis d’enfance que rien ne semble pouvoir séparer. 

Quatre voix masculines se succèdent dans ce roman choral. Tous ont grandi dans la communauté de Little Wing. Hank est fidèle à sa terre. Fermier comme son père avant lui, il trouve son ancrage dans ses champs et la préservation des traditions. A contrario, Lee est devenu une star internationale dans le monde de la musique. Sa vie tourne autour des tournées et des enregistrements, mais son coeur est resté à Little Wing où il essaie de revenir souvent. Kip est courtier à Chicago. Il fait son « Retour à Little Wing » pour racheter un lieu emblématique, une fabrique, et montrer ainsi qu’il a réussi sa vie. Enfin, Ronny est un ex-champion de rodéo dont l’existence a basculé après un très grave accident qui l’a laissé handicapé à vie. 

Ils ont grandi ensemble, et se connaissent par cœur. Nickolas Butler a choisi l’alternance des voix comme schéma narratif pour laisser chacun s’exprimer. Même en amitié, on ne se dit pas toujours tout… et même des amitiés de longue date ne sont pas toujours de longs fleuves tranquilles. Rancune, incompréhensions, secrets ou choix peuvent faire vaciller des liens construits il y a fort longtemps. 

« Retour à Little Wing » explore l’amitié, ce lien éprouvé par le temps, en montrant combien elle évolue, se transforme, résiste ou au contraire capitule face aux épreuves de l’existence. Dans ce domaine-là, je suis toujours assez fascinée par ce qui peut unir, mais aussi désunir. Comme toute relation humaine, l’amitié n’échappe pas aux assauts du temps. Si elle se nourrit de souvenirs communs, comme c’est le cas pour Hank, Lee, Kip et Ronny, les années peuvent apporter des changements, soit parce que chacun évolue, parce que les chemins s’éloignent et les priorités se déplacent, soit parce que les choses tolérées avant deviennent inacceptables, et que les silences et non-dits grandissent pour devenir des fossés. Nickolas Butler passe ses protagonistes dans la grande lessiveuse du temps et observe quelles amitiés plient sans se rompre. Ne dit-on pas « Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien et qui vous aime quand même. » ?

Les romans de l’auteur se déroulent souvent dans l’Amérique rurale, dans des régions où l’horizon s’ouvre sur des champs qui s’étirent à perte de vue. Les communautés y sont soudées, les journées sont souvent rythmées par le travail de la terre, les rendez-vous « after work » dans le seul bar existant, les fêtes locales et les dimanches à l’Église. La vie y est simple, parfois douce, sans réelles surprises. Il émane une fierté sincère d’appartenir à ce lieu, d’y être né, d’y grandir puis de s’y épanouir. « Retour à Little Wing » est le réceptacle de valeurs morales auxquelles beaucoup croient profondément : entraide, loyauté, attachement à la nature. A contrario, Little Wing requiert aussi des défis, tels que l’isolement, la dépendance météorologique, le manque d’opportunités professionnelles. C’est pour cela qu’on la quitte. Les rêves d’ailleurs finissent par obséder…

Cela a été le cas pour Ronny, le premier à quitter les lieux. Puis pour Kip qui s’est éloigné un temps. C’est surtout le cas pour Lee, qui, par son métier, est sans cesse par monts et par vaux. Figure publique admirée, bien au-delà des frontières du Wisconsin, il a conquis le public par ses chansons, qui portent l’empreinte de Little Wing. Cette ville représente ses racines, il ne peut s’en défaire. Même les plus grandes métropoles des États-Unis ne parviennent pas à le conquérir. À travers ce personnage, Nickolas Butler aborde également les travers de la célébrité. L’isolement, le sentiment d’être un intrus partout contraste avec la sérénité qui l’envahit lorsqu’il franchit les portes de sa ville. Dans « Retour à Little Wing », Lee est certainement mon personnage préféré. Ses valeurs sont les miennes. J’ai ressenti ses tiraillements. J’ai aimé sa profonde humanité, sa fidélité indéfectible, et ses contradictions.

A contrario, Hank incarne la stabilité, puisqu’il est le seul à n’avoir jamais quitté Little Wing. Fermier, il a épousé son amour de jeunesse. Viscéralement attaché à sa terre, à ce qu’elle lui apporte, mais aussi aux efforts qu’elle exige de lui, Hank est un homme sur lequel on peut compter, fiable, solide et loyal. Pourtant, comme tous les autres personnages, il cache aussi une certaine vulnérabilité en portant sur ses épaules la responsabilité des récoltes. 

« Retour à Little Wing » confronte présent et passé et se teinte souvent de nostalgie. Le passé affleure sans cesse pour mieux explorer le présent. L’auteur se sert des souvenirs d’adolescence, du début de l’âge adulte comme d’un filtre qui montre bien le temps qui passe, l’importance des liens, la puissance de l’amitié. 
La narration chorale permet d’en savoir plus sur chacun, comme s’il se mettait à l’abri des regards pour mieux se confier. L’ensemble du roman oscille entre mélancolie et tendresse, et permet au lecteur de se laisser porter par le flot de ses émotions. 

Qu’est-ce qui nous définit réellement ? L’endroit dont nous sommes issus ? Nos choix ? Nos réussites ou nos échecs ? Les amis qui nous entourent ? Dans « Retour à Little Wing », Nickolas Butler décortique cette thématique de l’identité. Ce roman est intime, touchant, et tendre. Il fait partie de ceux que l’on n’a pas envie de quitter, ceux qui nous hantent la nuit. Il éclaire nos liens et s’ancre dans l’essentiel. Notre humanité. Nos racines. Un pur moment de bonheur !

Traduction : Mireille Vignol

Titre original : Shotgun Lovesongs

Editeur grand format : Autrement

Editeur poche : Points

Sortie : 20 août 2015

384 pages, 7,95 euros

Découvrez aussi : La maison dans les nuages, Nickolas Butler

D’autres avis sur le roman – Babelio –

La chanson blanche de Gégroire Godinaud

« La chanson blanche » commence véritablement quand le vol AN333 qui relie Boston à Paris disparaît en mer. Quatre cent soixante-dix-huit passagers volatilisés, et avec eux, histoire, identité, secrets et rêves. Une tragédie. Quatre années plus tard, un sac parfaitement hermétique est retrouvé au large des côtes bretonnes. À l’intérieur, le portefeuille d’un passager prénommé Raphaël. Atteint du syndrome d’Asperger, introverti et surtout extrêmement casanier, il n’aurait pas dû se trouver à bord de cet avion. Que faisait-il là ? De plus, il avait pris 2 billets, un pour lui, l’autre pour son frère jumeau Tom qui n’en avait pas été informé. Sur le Boston-Paris, le nom du billet a été changé par celui de Rose Kellerman, une femme que Tom ne connaît pas. 

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 Paris Hollywood Cécile Mury

Take my breath away and let me enjoy « Paris Hollywood », le premier roman de Cécile Mury, journaliste cinéma dans le très sélect et parfois mordant magazine Télérama, comme son héroïne Marianne Corvo, une catastrophe ambulante qui n’a pas peur du ridicule. Lorsque sa rédaction l’envoie interviewer le célèbre Ben Whyte, un avion de chasse du box-office, mauvais comme une carne avec les journalistes, Marianne est en PLS. Vingt minutes de conversation c’est dix-neuf de trop. La pâle copie de Bridget Jones se rend à l’hôtel Meurice, son courage en bandoulière et son anglais en erreur 404. Le mâle néo-zélandais le plus susceptible du métier l’attend avec sa cour, prêt à en découdre et à utiliser l’humiliation publique comme arme de destruction massive. 

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Bilan lecture juillet 2025, Aude Bouquine

Bilan lecture juillet 2025, c’est parti. 

Après juin, marqué par la découverte de Joseph Incardona, ce mois a été marqué par la lecture des romans de Kristin Hannah. Je vous recommande vivement de découvrir ces deux auteurs. En sus, j’ai fait quelques lectures de la rentrée littéraire. Les textes que j’ai eu la chance de découvrir sont variés et ont tous des qualités, mais, pour le moment, seuls trois d’entre eux ont été de vrais coups de coeur. Je vous en reparlerai le moment venu, je ne fais toujours pas partie de celles et ceux qui publient leurs chroniques avant la date de sortie ! Mes trois coups de coeur du mois sont : « La route des lucioles», et le « Paradis blanc» de Kristin Hannah, et «Dans la maison d’été» de Karine Reysset.

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