À l’occasion de la sortie de la série « Le parfum du bonheur » tirée du roman de Virginie Grimaldi, « Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie », je voulais remettre un peu de lumière sur ce texte après avoir visionné la mini-série de quatre épisodes. Autant vous le dire d’emblée, cette adaptation m’a bouleversée à un point que je n’anticipais pas. J’en ai littéralement parlé à tout mon entourage. Pour être honnête, je ne me souvenais plus de tous les détails du récit, mais je dois dire que la réalisatrice Baya Kasmi a su capter avec une intensité saisissante les messages forts que j’avais retenus. Quel bonheur de les voir en images !
Pauline et Ben s’aiment. Jusqu’au jour où Ben annonce « Je ne t’aime plus ». Sous le choc, percutée de plein fouet, Pauline sombre. Des larmes s’infiltrent dans toute son existence. En perte totale de repères, paumée, en exil chez ses parents, Pauline ne peut se résigner à perdre l’homme de sa vie. Comment Ben a-t-il pu oublier pourquoi ils se sont aimés ? Décidée à le récupérer, elle entreprend de lui écrire des lettres. Dans chacune, elle évoquera un souvenir qui a fait de leur couple un mariage heureux et solide. Lentement, elle refait surface, mais « Le parfum du bonheur » est fugace. Lorsque Ben finit par répondre à ses lettres, il s’avère que ses souvenirs à lui sont bien différents…
« Le parfum du bonheur » est une histoire de rupture, mais aussi de reconstruction. Le récit est centré sur le personnage de Pauline. Dans la série, il est incarné par Caroline Anglade qui joue ce rôle à merveille. Je n’aurais pas pu imaginer une autre actrice pour cette interprétation. Il émane d’elle une humanité et une bienveillance qui donnent envie de la prendre dans ses bras. Son regard est tellement doux qu’il exprime à lui seul toutes ses émotions. Son jeu d’actrice est d’une délicatesse et d’une finesse incomparables. Elle crève l’écran en transmettant au spectateur tous les sentiments qui la traversent. On souffre avec elle, on pleure avec elle, on rit avec elle. Et on espère…
Le personnage de Ben est incarné par Xavier Robic. Si, dans le premier épisode, il est difficile de saisir ses motivations pour mettre fin à ce mariage, la compréhension se fait de plus en plus nette au fur et à mesure du récit. On le déteste de faire souffrir cette femme, on ne capte pas son changement d’attitude. Pourtant, lorsqu’il décide, lui aussi, de prendre la plume et de raconter sa version de leur mariage, tout s’éclaire. Ceux qui n’ont pas lu le livre risquent fort de ressentir une terrible déflagration face à sa vérité. Il est bouleversant de justesse dans sa manière de raconter les évènements et les silences. « Le parfum du bonheur » renverse alors la dynamique conjugale.
Ce qui m’a vraiment frappée et laissée sidérée dans mon canapé, c’est « the elephant in the room », comme on dit outre-Atlantique. Ce souvenir, cette révélation, qui jaillit de la plume de Ben, a fait chavirer mon cœur de femme, de mère et de petite fille… je n’avais rien oublié du regard de mon père devant ce qui aurait dû être et qui n’a pas été. Je n’ai pas oublié l’interdiction d’en parler. Je n’ai pas oublié le silence, pesant, suffocant et omniprésent qui régnait dans la maison après ça. « Le parfum du bonheur » avait définitivement disparu de ma maison et n’y était jamais revenu… Il aurait fallu se séparer, prendre le temps de se guérir individuellement pour accepter. Il n’en a rien été. Pour moi, Ben est alors apparu alors comme celui qui sauve par sa décision. Et dans les faits, il porte secours même si c’est difficile à voir.
Vient ensuite le temps de la reconstruction et cette image de la piscine qui ne me quitte pas, une métaphore qui me parle tellement, si bien trouvée pour expliquer ce qui se joue. Si vous ne deviez retenir qu’une seule idée de cette chronique (hormis de vous précipiter sur la série), ce serait celle-là.
L’image de la piscine se métamorphose en chambre d’échos où les moments de la vie se décantent. À la surface, tout paraît bleu et net. Il suffit d’y plonger la main pour que l’aspect lisse s’efface. Mais qu’en est-il du fond ? C’est au sol que s’accumulent les poussières et les algues vertes. C’est au fond qu’il faut nettoyer pour que l’eau soit claire. C’est en allant au sol pour débarrasser le bassin de ses impuretés qu’on peut réapprendre à flotter. Ainsi, Pauline va récurer le fond de cette piscine pour reprendre son souffle et finir par accepter l’inacceptable. Cette métaphore dit la patience, le courage, la résilience pour retrouver « Le parfum du bonheur ».
Lorsque l’existence nous bouscule trop fortement, et que « je » devient un autre, que de minuscules grains de sable viennent gripper la machine si fort que l’on perd son identité, il est temps d’agir. Comme dans le roman, la série montre fort bien que cette guérison se produit grâce aux autres. Et pour Pauline, la convalescence passe par sa famille, qu’elle avait longtemps tenue à distance. Son père est joué par Michel Boujenah et sa mère par Michèle Bernier. Je dois dire que ces deux-là rayonnent chacun dans leur rôle. J’aime la sensibilité de Boujenah, les maladresses de Bernier, et la parole qui se libère peu à peu.
Dans « Le parfum du bonheur », le soutien familial est un savant mélange d’humour tendre (le frère et la sœur joués respectivement par Félix Moati et Julia Faure – et la grand-mère, exceptionnelle interprétée par Michèle Moretti), et de maladresses touchantes. La famille fait bloc, bouscule et oppose au couple séparé, l’importance des racines. On sourit autant que l’on pleure… Ce filet dense de voix aimantes endigue la chute libre.
Enfin, le roman et la série accordent une place primordiale à la mémoire et au fonctionnement du cerveau. Il est saisissant de constater à quel point on ne se souvient pas des mêmes choses de la même façon. Comment Pauline efface certains souvenirs pour ne pas souffrir, et comment Ben vit avec les mêmes pensées obsédantes, tous les jours. En ce sens, l’échange de lettres, et le fait de voir Pauline et Ben les lire dans la série établissent bien à quel point la mémoire est souvent un coffre plutôt qu’un miroir. Pour se souvenir du « parfum du bonheur », il est nécessaire de se retrouver d’abord Soi. Or, cette redécouverte nous force parfois à admettre ce que l’on était dans l’impossibilité de voir.
Cette série m’habite. J’y pense tous les jours depuis que je l’ai visionnée. Elle est à la fois bouleversante, empreinte d’humanité et d’une sensibilité qui peut difficilement laisser indifférent. Les dernières minutes de l’épisode 4 ouvrent les vannes de toutes les émotions ressenties lors du visionnage. Ce qui me reste c’est cette certitude qui vient du fond des tripes et qui, par temps de tempête, nous engage à nous souvenir pourquoi nous nous sommes aimés. « Le parfum du bonheur » est une réussite totale, une adaptation fine et intelligente du roman. « La vie, ce n’est pas attendre que l’orage passe, c’est apprendre à danser sous la pluie. » Vivian Greene.
Série « Le parfum du bonheur » réalisée par Baya Kasmi avec Caroline Anglade et Xavier Robic dans les rôles principaux.
Éditeur : Le livre de poche
Sortie : 2 mai 2018
416 pages, 9,40 euros
tes mots sont touchants, vraiment
Merci Yvan ☺️. J’ai été très très touchée…
ça se sent, oui !
J’ai lu le livre. Je sais que j’ai aimé. Je ne savais pas qu’il y avait eu une adaptation pour la télévision.
Dommage, je l’ai ratée !
Je rentre dans un de tes articles avec un « je lis, mais c’est pas pour moi »… et j’en ressors avec l’envie d’allumer la télé ! Mais comment tu fais ???
À l’écrit, c’est vraiment le genre d’histoire que j’évite, mais à l’écran, ça pourrait bien me plaire…
Quel retour extrêmement touchant, merci !
Écoute cette série est tout simplement magnifique. Pour moi, une réussite totale ! Tout es très bien amené et si tu ne connais pas le livre, prépare les mouchoirs. Les acteurs sont fabuleux !!!
Naaaan, je vais pas pleurer, j’ai pas de cœur !!!
Bah voilà ! Je ne comptais pas du tout regarder cette série, et maintenant j’ai l’impression que c’est la chose la plus urgente que j’ai à faire ! 😂
J’adore 😊
Tu me fais rire
Coucou ! Je ne connais ni le livre ni la série mais ta chronique fait envie. Je reste bloquée sur la citation de Vivian Greene qui est si juste…
Je recommande vraiment ! Inutile d’avoir lu le livre, la série est géniale ♥️