Dès les premières pages des « ténèbres de Mörkret », le lecteur reconnaît le style et la patte de Camilla Grebe. Entre atmosphère nordique, tension psychologique et thriller, l’autrice suédoise décortique des problématiques de société qui lui tiennent à cœur.
« Les ténèbres de Mörkret » suit Myra, une adolescente dont la sœur Ella a disparu depuis 1 an. Parallèlement, les policiers Pirjo Lundquist, son collègue Kent et Manfred Olsson, déjà présent dans « L’énigme de la stuga », enquêtent sur un cadavre découvert près de la forêt de Mörkret. Après divers recoupements et investigations, les deux affaires semblent liées par un fil tenu qu’il va falloir remonter. Myra qui ne supporte plus le piétinement de l’enquête, va prendre les choses en main.
Le roman explore les thèmes de la disparition, des secrets de famille, du passage à l’âge adulte.
Certains romans nous emportent et d’autres nous laissent sur le bord de la route. « Les ténèbres de Mörkret » m’a abandonnée avec le cadavre de cette jeune fille en lisière de forêt. À aucun moment, je ne suis rentrée dans cette histoire tant j’ai été frustrée de prendre conscience que la construction des romans de Camilla Grebe était toujours identique. Il faut oublier l’originalité des premières découvertes de ses textes, le calque utilisé reste inchangé. Je regrette ce manque de prise de risque, cette absence d’originalité et cette lenteur narrative qui a déclenché ensuite une belle panne de lecture !
Pourtant, les choses s’annonçaient bien. L’autrice est très ancrée dans les problématiques de société et il m’apparaît toujours important de savoir comment les enjeux sociétaux sont traités dans d’autres pays (Cf : « Les morsures du silence » de Johana Gustawsson). La délinquance sexuelle est l’une d’entre elles et Camilla Grebe est très attachée à la dénoncer. De même, la fin de la période d’insouciance adolescente semble l’inspirer et, comme elle, je crois que le sujet mérite d’être traité. C’est une période où l’on se croit souvent seul au monde à ressentir ce que l’on ressent, à vivre les émotions plus intensément, et à prendre les choses plus à cœur.
Hélas, si l’émotion affleure, elle peine réellement à s’imposer. Je n’ai ressenti aucune empathie pour Myra, malgré la disparition de sa sœur et sa situation familiale très tendue. Le personnage de Pirjo Lundquist m’a excédée au plus haut point tant ses enjeux personnels m’ont semblé relever de la psychiatrie. La volonté de l’autrice de lier l’intime à la fonction de policier ne m’a pas convaincue, et j’ai eu l’impression d’assister à une pièce de théâtre préfabriquée. Les personnages dans « Les ténèbres de Mörkret » sont en carton-pâte, on ne discerne aucune sensibilité ou vulnérabilité, et pas la moindre tendresse auxquelles se raccrocher… Or, dans mes lectures, les personnages doivent être un point d’ancrage, il n’y a aucun compromis possible sur ce sujet.
Alors, quid de l’intrigue ? C’est long, mais long, comme un jour sans fin. Les indices laissés par l’autrice sont tellement gros que c’est tout juste si elle ne nous les met pas en gras. J’avais une idée très précise de la fin (et donc du meurtrier) dans le premier tiers et j’avais malheureusement raison. Certaines pratiques collent difficilement à certaines fonctions ! Il est vrai que, lorsque les enjeux étaient posés, que les fils se croisaient ou s’entremêlaient, l’intrigue aurait pu prendre de la consistance, mais force est de constater que le tout manque de nerf.
L’atmosphère créée dans « Les ténèbres de Mörkret » est un vrai point positif, sauf que… Camilla Grebe s’en sert pour étirer les chapitres. Dans un thriller, l’ambiance n’a de sens que lorsqu’elle fait avancer l’histoire, elle ne se suffit pas à elle-même. (ou alors il faut écrire du « nature writing ») Je peux comprendre le choix assumé de la lenteur contemplative, mais ici, elle m’a laissé sur le bas-côté. Dans un thriller « dit haletant », on suit une enquête plus que des trajectoires humaines. Les quelques rebondissements qui apparaissent dans les cinquante dernières pages et qui permettent d’éclaircir les dernières zones d’ombre arrivent malheureusement trop tard. La fin ne permet pas d’oublier les trois cent cinquante autres pages d’ennui…
« Les ténèbres de Mörkret » semble parfois aussi engourdi que ses personnages, dont les attitudes sont aussi gelées que leurs membres par moins vingt. J’aurais aimé qu’ils s’enflamment, qu’ils prennent des risques, qu’ils restent focalisés sur l’enquête plutôt que sur leurs petites personnes. Il m’aura manqué de l’intensité, du courage littéraire, et du panache. J’en ressors extrêmement frustrée, et je ne suis pas sûre de ce qu’il va m’en rester. Sans doute ce pessimisme latent qui donne une sensation de morosité, de grisaille et de mélancolie semblables aux paysages qui y sont décrits. Rien à voir avec ce que j’ai ressenti à la lecture de « L’horizon d’une nuit ».
Pitié, laissez nos coeurs de lecteurs battre un minimum…
Traduction : Anna Postel
Editeur : Calmann-Lévy
Date de sortie : 30 avril 2025
409 pages, 22,90 euros
Lisez plutôt: Les Morsures du Silence, Johana Gustawsson.
Allez, au suivant. Ma whislist te remercie. Merci à toi pour la chronique 🙏 😘
Oh mince, je suis désolée que tu n’aies pas apprécié ta lecture. J’avais adoré L’horizon d’une nuit.
Ah ben moi aussi !!!
Voilà, au suivant !
Next dans ta seconde langue 😊
Je me disais : encore un nordique… et je constate que je peux passer mon chemin !
Je crois vraiment que certains auteurs, comme les scénaristes, écrivent avec un tableau Excel et ça commende à se voir !
Sans avoir lu le livre, je comprends tellement bien ton ressenti, je ne supporte plus les livres qui ne prennent aucun risque, les histoires vues et revues. Ce n’est plus pour moi ce genre de livres (et pour toi non plus, visiblement)
Ah j’avais pas pensé à ça mais oui c’est exactement ça !
Tu te serais énervé … c’est insupportable ! Bref, elle et moi c’est terminé. Tu sais, le fameux cimetière ?? 😉
ça me dit quelque chose 😉
J’avais peu apprécié son dernier roman, je ne vais pas me précipiter sut celui ci
Ben voilà… c’est dans la même veine. Rien à voir avec ses premiers
parfois c’est à se demander si c’est le même auteur qui a écrit certains romans. J’avais eu la même sensation avec Camilla lackberg avec ses deux thrillers « féministes » en dehors de sa saga avec Erika .