Dans son ouvrage « La femme invisible », Maïtena Biraben s’attaque avec justesse et profondeur à un sujet trop souvent relégué au silence : la place des femmes de plus de 50 ans dans nos sociétés. À travers un récit à la fois personnel et universel, elle dépeint les multiples assignations sociales qui pèsent sur les femmes, avant et après la ménopause, tout en offrant une réflexion intéressante sur la liberté et l’identité. Cet « âge du milieu », entre-deux souvent oublié, où les femmes doivent jongler avec les bouleversements physiques, émotionnels et sociaux liés, soulève des changements et des questions cruciales.
Maïtena Biraben semble avoir toujours figuré dans mon giron. D’abord en tant que jeune mère, attentive aux conseils distillés dans l’émission « Les Maternelles », puis comme spectatrice de ses analyses percutantes sur Canal+. Aujourd’hui, je découvre ses réflexions sur Instagram à travers sa chaîne média « Mesdames ».
Dès les premières pages, Maïtena nous invite dans son enfance, marquée par une dualité entre ce qu’elle est et ce que l’on attend d’elle. Entourée d’un père autoritaire et de quatre frères, elle grandit dans un monde où les rôles sont rigoureusement définis. « Incrédule et éberluée parce que j’ai très vite compris qu’on attendait de moi une attitude, un regard sur la vie, une attention aux autres qui n’avaient aucun rapport avec QUI j’étais mais avec CE QUE j’étais : une fille. Mes frères, eux, avaient tout loisir d’être eux-mêmes. Moi. Pas. Voilà deux mots qui auront été un mantra silencieux dans ma vie jusqu’ici : Moi. Pas. » Ces deux mots résonnent et témoignent de son refus de se laisser enfermer dans les cadres imposés par son sexe. Dans « La femme invisible », elle décrit un environnement où les femmes sont programmées pour être utiles, réduites à leur potentiel reproductif.
Mais que devient une femme lorsque cette fonction biologique disparaît ? Maïtena éclaire la manière dont la ménopause signe souvent le début de « l’invisibilisation » sociale, un tunnel où les femmes ne sont plus perçues comme porteuses de promesses, mais comme des êtres « finis ».
L’autrice n’épargne rien à son analyse des constructions genrées qui assignent les femmes à des rôles précis. Elle raconte avec mordant l’héritage d’une époque où le corps féminin était un terrain de contrôle politique et religieux. La loi Neuwirth de 1967, introduisant la contraception en France, devient un tournant dans sa réflexion : enfin, la sexualité féminine est dissociée de la procréation. Et pourtant, malgré cette avancée majeure, le récit collectif continue de marginaliser les femmes qui vieillissent.
Maïtena Biraben pointe un doigt critique sur les injonctions permanentes à rester jeunes, belles, désirables. À 50 ans, elles deviennent, dit-elle, des « sous-femmes ». Avec ironie, elle s’interroge : pourquoi les femmes devraient-elles constamment lutter pour conserver une place dans un monde qui les éjecte dès qu’elles ne remplissent plus leurs fonctions initiales ?
Pour elle, la cinquantaine n’est pas un déclin, mais une libération. « C’est une adolescence équipée d’un cerveau » (ou d’une carte bleue, comme le dit Florence Foresti). Alors que la société veut leur imposer le silence, les femmes de cet âge ont tout à dire (et à faire !) : elles portent en elles la richesse de l’expérience, une connaissance accrue de leur corps et une liberté d’esprit que peu osent revendiquer. Au placard « La femme invisible » !
Dans ce livre, Maïtena se dresse contre le jeunisme ambiant, mais sans nier les réalités du vieillissement. Oui, les seins tombent, l’ovale du visage se floute, mais pourquoi réduire les femmes à ces seuls aspects physiques ? Elle réclame un droit à la complexité pour les femmes, à être vues comme des êtres complets, riches de leurs contradictions et de leurs expériences.
« La femme invisible » exhorte et valorise un ancrage dans une sororité assumée. Maïtena s’adresse directement aux autres femmes pour leur rappeler leur valeur. Elle les encourage à ne plus accepter les injonctions patriarcales, qu’il s’agisse de rester belles à tout prix, de taire leurs douleurs (comme lors de la ménopause), ou de ne pas demander une augmentation par crainte de « déranger ».
Elle dénonce également l’absence des femmes de plus de 40 ans dans les médias et la publicité, où elles sont soit invisibles, soit caricaturées. À contre-courant, elle célèbre la beauté des « vies multiples » qu’incarnent ces femmes : mères, professionnelles, amies, amantes, artistes, entrepreneuses. Elles sont bien plus qu’une fonction biologique ou un rôle social.
Ce livre est une invitation à reprendre le contrôle de son histoire. Maïtena ne cherche pas à embellir la réalité, mais à la rendre plus vraie, plus juste. Elle propose une alternative au silence et à la résignation : « Devenez ce que vous êtes », écrit-elle en écho à Nietzsche, affirmant que les femmes ménopausées sont en réalité les véritables « Übermensch », les surhommes de notre époque.
« La femme invisible » est un cri du cœur contre l’effacement des femmes dans la société. À travers son regard acéré et ses anecdotes personnelles, Maïtena Biraben offre à ses lectrices une clé pour sortir de l’ombre et embrasser leur pleine lumière. Ce livre, à la fois militant et introspectif, est une ode à l’audace de vieillir en restant pleinement soi.
Belle invitation à suivre
Y’a du boulot pour faire changer les mentalités. Jolie chronique. Merci à toi 🙏 😘
Ça, c’est rien de le dire !! 😘