Aude Bouquine

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Les hommes manquent de courage de mathieu Palain

« Les hommes manquent de courage » trouve sa source dans une histoire vraie racontée à Mathieu Palain qui recueille les confidences d’une femme et en fait ce roman. Ce texte explore les complexités des relations humaines, les questions de consentement et les dynamiques de pouvoir en société, mais aussi les relations mère-fils dans des situations ardues lorsque les enfants commettent des actes répréhensibles. Les deux personnages principaux, Marco, et sa mère Jessie, sont les vecteurs des problématiques centrales du récit, proche du huis clos. 

Marco est un adolescent de quinze ans à problème, en rupture avec sa famille et toute forme de communication. Il est décrit comme un jeune homme en proie à des troubles personnels et familiaux. Son parcours scolaire chaotique, ses vols et ses frasques témoignent d’un mal-être profond et d’un comportement sur le fil du rasoir… jusqu’à ce fameux soir où affolé il appelle sa mère, pour lui demander de venir le chercher immédiatement. Jessie, sa mère est tiraillée entre son amour maternel et la reconnaissance des actes de son fils. Elle représente une mère qui se veut protectrice, mais qui est aussi consciente de la réalité de la personnalité de son fils. Tous les jours, elle tient, essaie de rétablir le contact… Jusqu’à cette fameuse nuit où il avoue qu’il vient de violer sa petite amie. Jessie et Marco partent (s’enfuient ?) alors pour un road trip sans destination et sans but. « Les hommes manquent de courage » se teinte alors de confidences… Celle d’une mère à son fils. 

La mère de Marco se confie pour plusieurs raisons. D’abord, il y a un besoin profond de vérité et de transparence. Elle veut que Marco comprenne ses propres blessures, ses erreurs, et comment son passé à elle a façonné leur présent. Cette démarche, aussi louable soit-elle, est une tentative de rapprochement, un moyen d’établir une connexion authentique avec son fils, d’instaurer un dialogue basé sur la compréhension/confiance mutuelle. Ses confidences apparaissent être une forme de thérapie personnelle, elle cherche à expliquer ses propres souffrances et ses décisions. En partageant ses expériences douloureuses sur le fait que « Les hommes manquent de courage », elle cherche à alléger son propre fardeau émotionnel.

Et c’est précisément là que le bât blesse. La nature des confidences maternelle est brute : tous les sujets y passent et rien ne nous est épargné. Peut-on parler du choix du moment ? Était-ce le bon moment ? Il me semble que les révélations liées à l’histoire privée de Jessie brouillent la frontière entre l’autorité parentale et la dépendance émotionnelle. Les adolescents ont besoin de repères clairs pour développer leur propre sens moral et leur identité. Quand ces repères sont affaiblis par des confidences trop personnelles, surtout face à un acte aussi grave, cela peut perturber la compréhension du fils concernant sa responsabilité et la gravité de ses actes.

En se concentrant sur son propre état émotionnel, la mère semble détourner l’attention de la responsabilité de son fils pour le crime commis. Or, Marco doit faire face aux conséquences de ses actes. Ici, les discussions sont dominées par les luttes personnelles de la mère et non pas le crime, cela réduit la prise de conscience de l’adolescent quant à la gravité de la situation et à l’impact de ses actions.

À plusieurs moments, j’ai même eu l’impression que les confidences de la mère pouvaient involontairement « justifier » les comportements immoraux de son fils en les intégrant dans un récit de luttes émotionnelles personnelles. Les schémas de pensées négatifs sont renforcés, amenant le fils à rationaliser ses actions plutôt qu’à en tirer des leçons.

Je rappelle qu’en amont, Marco a commis un crime. Je n’ai pas réussi à comprendre comment il était possible, pour un garçon de 15 ans, d’absorber toutes ces confidences extrêmement personnelles ni pu envisager ce qu’il pouvait concrètement en faire. C’est comme si entrer dans l’intimité de sa mère lui permettait « d’effacer » son acte et d’ignorer définitivement l’éventualité d’aller se dénoncer aux autorités. C’est évidemment ma perception des choses, mon ressenti.

Cette situation soulève d’importantes problématiques sur plusieurs niveaux, tant sur le plan éthique que psychologique et sociétal. Tout d’abord, il est crucial de reconnaître la gravité de l’acte de violence sexuelle. Le viol est un crime contre l’intégrité d’une personne, et le fait que le garçon ne mesure pas la gravité de son acte, en appelant simplement sa mère pour qu’elle vienne le chercher, témoigne d’une déconnexion alarmante avec la réalité des conséquences de ses actions. Son comportement marque une absence de culpabilité et de responsabilité, qui sont des éléments fondamentaux dans la construction d’une conscience morale.

« Les hommes manquent de courage » pose un problème éthique majeur dans la façon dont Mathieu Palain traite le sujet. Si ce n’est son titre, et un conseil que Jessie donne à la petite amie violée de son fils, il n’est jamais question de se dénoncer. Les confidences de la mère, loin de permettre un rapprochement des situations entre son propre vécu et l’acte de son fils, font passer sous silence le viol commis. Elles auraient pu s’apparenter à une tentative d’éducation ou de mise en garde, mais ce n’est absolument pas ce que j’ai ressenti. Ainsi, ce crime est comme banalisé, et la mère se retrouve dans une posture de complice silencieuse au nom de son propre vécu et d’une pseudo « loyauté maternelle ».

Ainsi, dans « Les hommes manquent de courage », les messages sont totalement brouillés : une certaine relativisation d’actes graves, la non-reconnaissance d’un crime, l’absence de conséquences réelles, sanctions judiciaires ou au moins morales suggérant qu’il est possible de se soustraire à ses responsabilités.

En lisant « Les hommes manquent de courage », j’ai été submergée par une immense colère et une véritable incompréhension. Ce texte qui évoque des actes de violence sans dénonciation frustre au plus haut point. Comment, en tant que mère, témoin de la réalité des faits, peut-on accepter l’idée que son propre fils n’assume pas ses responsabilités ? J’ai été renvoyée à mes propres angoisses, à la difficulté d’être à la fois protectrice et juste, aimante, mais ferme, en accord avec mon « compas moral ». Comment élever des enfants dans une société où le silence sur les violences est encore trop souvent la norme ? Que dire de la mère qui, d’une certaine façon, cautionne, puisqu’elle ne dénonce pas ? Jessie, mère aimante, mais dépassée, accablée par ses propres blessures et par un schéma familial et social qui ne lui laisse que peu de place pour se reconstruire, pourrait rappeler à Marco les défis quotidiens des femmes qui portent le poids du monde sur leurs épaules, sans recevoir en retour le soutien qu’elles méritent. Non pas en racontant sa propre histoire, mais en allant droit au but sans passer par des ellipses personnelles.

Seul le titre, « Les hommes manquent de courage» laisse entrevoir la dure réalité de notre société sans jamais mettre l’acte sur le devant de la scène, sans jamais le condamner. La portée du texte souligne un problème sociétal plus large : la culture du silence entourant la violence sexuelle et la protection des agresseurs au détriment des victimes. La fin m’a achevée tant j’ai été horrifiée que l’auteur me laisse les bras ballants face à ses derniers mots.

Une lecture extrêmement problématique pour moi où inaction et impunité prennent toute la place.

Publié aux éditions de l’Iconoclaste, le 22 août 2024 – 289 pages

Découvrez plutôt un autre roman de la rentrée littéraire de l’Iconoclaste : Tombée du ciel, Alice Develey.

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17 réflexions sur “Les hommes manquent de courage, Mathieu Palain.

  1. Yvan dit :

    Oui, et la victime dans tout ça ? Visiblement c’est plus intéressant de tourner autour de son nombril que de s’en préoccuper

  2. Aude Bouquine dit :

    Oui… et c’est un énorme problème.
    Moi je me demande si toutes celles qui ont écrites des chroniques positives sur ce livre ont eu à vivre le drame d’un enfant agressé sexuellement.
    Ce qui me questionne vraiment c’est la manière dont il le fait et le résultat ne va pas.

  3. Yvan dit :

    ce que tu en dis me pose un énorme problème aussi. Aucune chance que je lise ce livre, ça me rendrait malade

  4. Bon, c’est un livre qui m’intriguait, justement pour son sujet, mais finalement, je n’ai pas du tout envie de ça en ce moment.

  5. laplumedelulu dit :

    Pas pour moi ce genre de lecture. Surtout si on ne parle pas des Victimes. Je comprends ta colère 😡. Merci à toi pour ton honnêteté 🙏😘

  6. Aude Bouquine dit :

    Très très déçue et en colère !! C’est pas possible d’écrire un truc pareil..

  7. Aude Bouquine dit :

    Ben passe ton chemin pour le moment, ou essaie peut-être un autre de l’auteur …

  8. laplumedelulu dit :

    J’ai bien compris ta colère et ta déception. Peut être que l’auteur a voulu faire passer le message comme quoi, un ado, surtout quand c’est le nôtre, a tous les droits.

  9. Aude Bouquine dit :

    Sauf que… il y a l’autre ado en face, la victime. Et la victime peut être ton ado aussi…

  10. laplumedelulu dit :

    Tu as entièrement raison, je cherchais juste un truc un peu positif là, où il n’y en n’a pas.

  11. Aude Bouquine dit :

    Je sais… et je te remercie
    Pour être honnête j’ai vu des interviews de l’auteur où il explique ce qu’il a voulu faire.. sauf que, ça ne fonctionne pas et je ne suis pas d’accord avec sa manière de faire.
    Bref, on va focaliser sur autre chose. Bises 😘

  12. laplumedelulu dit :

    Voilà, focalisons nous sur autre chose. Des bises à toi également 😘

  13. PHILIPPE D dit :

    J’ai lu « Sale gosse » de cet auteur et celui-ci, je l’ai déjà vu passer à plusieurs reprises.
    Je pense que c’est la première fois que je lis une critique de ce genre sur ce bouquin…

  14. Aude Bouquine dit :

    Oui… bcp de chronique positives mais moi je n’adhère pas à son message ni à comment il a organisé son récit… sans parler du message très problématique

  15. Nivelle dit :

    Bonjour
    Je suis surprise de cet article car pour moi, la mère qui déverse tout le récit de sa vie détruite suite au viol qu’elle avait subit, montre justement à son fils l’horreur de ce qu’il a commis et qui dépasse cete seule nuit.
    Elle lui fait porter un poids immense énorme. Son acte n’est en rien banalisé

  16. Aude Bouquine dit :

    Je comprends ce que vous dites mais pour moi:
    1. Les détails que donnent la mère sont bcp trop détaillés et laissent cette impression que jamais une mère ne confierait autant de détails sur une agression qu’elle aurait subie.
    2. Il n’y a pas de condamnation directe du fils. À aucun moment elle le place devant ses responsabilités en l’emmenant au poste de police. Il n’y a pas d’action directe, ferme et sans appel de sa part vis à vis de lui. D’ailleurs la fin le montre bien.
    J’ai été très très gênée par ce texte qui navigue entre deux eaux. De plus les détails sexuels donnés ont rendu la véracité du récit impossible. Mais je comprends votre avis.

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