Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

« Jeu de peaux » est un thriller qui parle de l’art du tatouage. Autant dire que c’était loin d’être gagné. Je ne suis ni tatouée, ni en réflexion pour le faire, ni spécialement attirée par cet art, ce qui ne m’empêche pas d’admirer ceux des autres lorsqu’ils sont bien réalisés et surtout d’écouter les histoires qui les accompagnent. Juliano Rizzoni est « une star mondiale de la peinture contemporaine ».Incroyablement riche, internationalement reconnu, beau gosse aux multiples frasques racontées dans la presse à scandale, il est aussi à la tête d’un empire familial qui le place dans une situation de « happy few, où l’argent n’est pas un problème, juste une solution. » Sa signature est l’empreinte de son pouce droit qu’il plonge préalablement dans une teinte se rapprochant du bleu Klein. Un jour, il disparaît des radars. Nous le retrouvons au Japon à Hokkaido où il va suivre durant 2 années une formation complexe : l’art de l’Irezumi-so. « Un tatouage traditionnel, dont la technique violente, en contrepartie de la douleur, valorisait dans toute sa délicatesse la dimension picturale du dessin. » Mais le roman commence par une convocation de Juliano au 36 rue du Bastion par 2 enquêteurs chevronnés. En effet, dix tatouages sur peaux sont mis aux enchères. Dix tatouages réalisés sur la quasi-totalité de dix dos… arrivés chez Sotheby’s Paris… sans leurs propriétaires, mais qui valent « (…) compte tenu de leur rareté et du matériau utilisé, entre cinq et dix millions. »

Jeux de peaux et jeux de temporalité, oscillation parfaite entre le moment présent et le rappel des faits du passé, ce premier roman va et vient entre 2019 et d’autres temporalités qui nous font voyager : 2010 au Japon, 2012 en Californie, et l’enquête en fil rouge. Que sont devenues les dix personnes porteuses des tatouages ? Un véritable jeu de piste s’engage au cœur d’un milieu artistique où tous les coups sont permis pour satisfaire un besoin de possession. J’ai d’ailleurs adoré cette immersion dans le monde de l’art contemporain qui personnellement me fascine énormément. 

Sans vouloir trop en révéler, je dois dire que ce premier roman est sacrément culotté ! Anouk Shutterberg y fait preuve d’une audace rarement égalée dans ce genre littéraire et s’y donne à cœur joie. Rien n’est épargné au lecteur. Elle va si loin dans son scénario qu’il est impossible de savoir comment elle va s’en sortir sans se prendre les pieds dans le tapis. Elle ose tout. Avec audace et aplomb qui amènent souvent à sourire tellement, elle ne recule devant rien. Aucun personnage n’est ménagé, aucune situation édulcorée : elle fonce littéralement dans le tas. Et vous savez quoi ? Ça fonctionne incroyablement bien ! Honnêtement, je pensais qu’elle ne tiendrait pas sur la longueur et qu’elle finirait par s’essouffler d’avoir trop imaginé, trop donné, d’être allée si loin. Au lieu de cela, les cent dernières pages vous arrivent en pleine figure avec un nombre de rebondissements et de révélations qui laissent pantois. Et tout cela, sans tomber dans l’invraisemblance, car dès le début, l’auteur parvient à nous faire entrer des deux pieds dans l’histoire sans méfiance. Elle nous balade allègrement, mélange les indices et les points de vue, nous perd pour mieux nous retrouver. Ce roman est rythmé, nerveux, parfois convulsif. Anouk Shutterberg maîtrise tous les codes du genre, nous emporte dans son univers, sans jamais nous laisser prendre une seule respiration. J’ai littéralement dévoré ce roman en me demandant tout le long où elle allait s’arrêter… Dernière page, dernière phrase, elle ose encore ! On dirait bien que pour un premier thriller, elle s’est totalement lâchée et qu’elle en a été bien inspirée.

J’ai aimé l’absence d’unité de lieu et l’invitation aux voyages qui nous fait si cruellement défaut, l’impression de tournage caméra à l’épaule, l’originalité de son intrigue et surtout, ce qu’elle ose faire à ses personnages. Un sacré tempo et une belle audace !

Affaire à suivre puisque je suis totalement sous le charme de cette nouvelle plume. 

Je remercie les éditions Plon de leur confiance.

2 réflexions sur “JEU DE PEAUX, Anouk Shutterberg – Plon, sortie le 1 avril 2021.

  1. Voilà qui est tentant !

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