Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Chaque début d’année a tendance à commencer avec des parutions d’auteurs dont les romans sortent toujours en janvier. Lisa Gardner en fait partie. En 2018, elle publiait « Lumière noire » aux éditions Albin Michel, roman dans lequel on retrouvait l’enquêtrice D.D Warren, mais où l’on découvrait aussi Flora Dane. Cette précision m’apparaît importante à souligner, car son nouveau roman « Retrouve-moi » peut être associé à une duologie dont le premier volume est « Lumière noire ». Dans « Retrouve-moi», vous allez découvrir le passé de Flora, comprendre pourquoi elle devient le bras droit de D.D Warren et surtout quel est son rôle dans la reconstruction des victimes. Cet opus est donc susceptible de vous divulgâcher le précédent. À vous de décider si vous préférez lire les deux à la suite ou uniquement lire celui-ci, ce qui est tout à fait possible.

Nous sommes à Boston. Une famille entière est massacrée à son domicile… tous sauf Roxanna alors sortie promener les chiens du foyer. Les accusations se portent naturellement vers elle, même si le mobile est loin d’être évident. Alors ? Victime ou coupable ? Le roman est l’histoire de cette enquête. Le pitch peut sembler simple, presque classique : 468 pages d’une enquête de police peuvent sembler rebutantes, manquant d’originalité, un thriller distrayant, sans plus… C’est sans compter le talent de Lisa Gardner qui développe toujours une thématique centrale autour de laquelle se construit son intrigue. Cette thématique est décortiquée, développée sous plusieurs angles, analysée avec précision et détaille systématiquement avec force propos différents points de vue. Dans « Retrouve-moi », ce n’est pas seulement le crime qui est développé, mais l’aspect de victime. 

Comme dans « Lumière noire » où Lisa Gardner détaillait les 472 jours de captivité de Flora, les horreurs subies, les humiliations, la cruauté psychologique, l’enfermement, la faim, la soif, la crasse, et l’obsession de cette jeune femme à aider à retrouver d’autres disparues, l’auteur met ici l’accent sur « l’après », la reconstruction.

Flora est une battante, une survivante, une victime « métamorphosée en justicière ». Après avoir survécu au pire, il lui apparaît comme un devoir d’aider d’autres jeunes femmes ayant vécu des situations identiques. Par-delà même, elle explique au lecteur ce qu’est une survivante, comment les souvenirs paralysent, comment il faut avancer, comment retrouver une place dans la société des vivants est vital.

«Être une survivante ne fait pas seulement de vous quelqu’un de solide. Cela fait de vous quelqu’un de seul. De foncièrement, profondément seul. Un être qui sait des choses que les autres ne sont pas censés savoir. Qui garde des souvenirs qu’il voudrait à tout prix oublier, mais qu’il ne peut se sortir de la tête. Et puis il y a ce sentiment de culpabilité. Les raisons ne manquent pas. Remords, regrets, occasions manquées.» Curieusement, elle fait prendre conscience que, parfois, être libre peut s’avérer bien plus difficile que d’être enfermée puisqu’il faut supporter le regard des autres : les questions osées, la curiosité malsaine, la pitié. «Voulaient-ils savoir ce que ça fait exactement de survivre dans une caisse de la taille d’un cercueil et de n’en être libérée que pour découvrir que ce qui vous attend à l’extérieur est encore pire?» Le récit est d’ailleurs construit sur une alternance : un chapitre consacré à l’enquête, le chapitre suivant consacré à Flora, écrit à la première personne. L’autre point extrêmement captivant soulevé par Flora revient à savoir si son kidnappeur a fait d’elle qui elle est désormais. Serait-elle différente sans « cette parenthèse » ? «Mon kidnapping était-il mon acte de naissance?», ou encore «Il faut un méchant pour faire un héros. Et il avait fallu un monstre pour faire qui j’étais.»

Autre manière de faire que j’ai trouvée vraiment judicieuse de la part de l’auteur c’est d’intercaler dans le récit les pages d’une rédaction de Roxanna, alors en classe de seconde dont le sujet est « Qu’est-ce qu’une famille parfaite ? » De nombreuses réflexions sont proposées ici, mais ce que j’ai réellement trouvé passionnant c’est de voir les choses à travers les yeux d’une gamine de 16 ans. «Je pense qu’une famille parfaite, ça tombe pas du ciel. Ça se construit. Au prix d’erreurs. De regrets. De réparations. C’est tout un travail.»

Alors, vous avez compris ? Lire Lisa Gardner ce n’est pas simplement lire un bon thriller, c’est pousser le curseur au-delà de l’enquête en développant des thématiques un peu plus profondes, un peu plus intimes, un peu plus psychologiques. Quant à l’enquête, elle est au cordeau : précise, rigoureuse, méthodique. Un très bon page turner et un très bon cru !

Je remercie les éditions Albin Michel de leur confiance.

3 réflexions sur “RETROUVE-MOI, Lisa Gardner – Albin Michel, sortie le 6 janvier 2021

  1. Yvan dit :

    C’est vrai que tu n’es pas facile à trouver 😁. Toi tu as Lisa, moi j’ai Dean Koontz en début d’année 😉

    1. Aude Bouquine dit :

      Aujourd’hui encore plus difficilement avec toute cette neige 😂

      1. Yvan dit :

        Blond sur blanc, camouflage 😉

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